Le parano déchiré du Tim Hortons

CHRONIQUE / Ce soir-là, une petite pluie s’était mise de la partie, et j’avais décidé de relever la capuche de ma veste afin de ne pas mouiller mes cheveux, que je ne coiffe jamais soigneusement.

Comme tous les soirs, lorsque je vais marcher, j’ai fini par m’allumer une cigarette artisanale faite de tabac de course, puis après une ou deux bouffées, je me suis souvenu qu’on avait oublié d’acheter du café et qu’étant donné que les épiceries étaient fermées, je devrais effectuer un détour vers un Tim Hortons pour y acheter un sac afin d’éviter un de ces matins apocalyptiques où IL N’Y A PLUS DE CAFÉ.

J’ai donc dévié de mon trajet pour me rendre dans l’établissement, tout en ne faisant pas vraiment attention à ce qu’il y avait autour de moi, complètement absorbé par la musique.

L’instant d’après, les clients présents au Tim Hortons allaient voir entrer un gars trempé par la pluie, dont les yeux étaient extrêmement vitreux, puis la caissière allait se retenir d’exploser de rire en croisant le regard joyeusement rougeâtre du gars.

Le truc, c’est que les clients en question étaient en fait une quinzaine de policiers qui discutaient ensemble en buvant un café.

Je vais vous avouer que je n’ai pas osé soutenir leur regard, mais je crois avoir perçu deux ou trois regards amusés du genre : « On sait tellement ce que tu arrives de faire. »

Tout ça, c’est plutôt con, car dans les faits, je ne contrevenais aucunement à la loi en allant m’acheter du café à pied tandis que j’étais déchiré, mais depuis la soi-disant légalisation du cannabis, je ne me suis jamais senti autant criminel.

Il faut savoir qu’avant la légalisation, le mot d’ordre entre les consommateurs de cannabis, c’était qu’à moins de croiser un policier « extrême », tant qu’on ne faisait pas de trouble, les forces de l’ordre « toléraient » cette pratique. Or, depuis l’opération médiatique de diabolisation du cannabis qui a précédé la légalisation, et surtout en raison de la réaction très conservatrice du gouvernement caquiste, qui a littéralement tout fait pour mettre des bâtons dans les roues de cette nouvelle industrie, on se sait plus trop ce qui est légal.

Je vous le dis, tandis que j’attendais que mon paiement par carte débit soit approuvé et que j’échangeais des regards amusés avec la caissière, je me posais intérieurement un tas de questions du genre : « Est-ce qu’on a le droit d’être déchiré dans un Tim Hortons ? Est-ce que c’est illégal de consommer un soir où il n’y a pas de pleine lune ? Est-ce que je devrais acheter aussi des beignes au cas où je devrais m’en servir en tant que pot-de-vin ? »

Puis, alors que je repartais avec mon café et que la porte du commerce se refermait derrière moi, j’ai cru entendre rigoler au loin. Peut-être que les policiers rigolaient d’un truc qui n’avait absolument rien à voir avec moi, car voyez-vous, le tabac de course, ça peut parfois rendre légèrement parano.

D’ailleurs, peut-être que tout ça s’est juste passé dans ma tête, après tout.

Mon voisin Cédrick est un sacré chic type. Par exemple, quand on part à l’extérieur, il vient faire des tours à la maison pour s’occuper de Billy le chien et s’assurer que tout va bien. Alors hop, quand il nous a demandé si on pouvait garder Sammy le chien pour la fin de semaine, on a sauté de joie.

Il faut savoir que Sammy, c’est probablement le chien le plus incroyable de la planète et ici, je pèse mes mots. Cette petite bête doit peser 500 grammes, mais bordel, vous la mettriez entre les mains de l’homme le plus dangereux du monde, et je vous jure que son coeur flancherait en une fraction de seconde.

Mais ce qui est très drôle dans tout ça, c’est que le samedi soir, on s’est tous rendu compte que depuis que Sammy était à la maison, on agissait « comme si on avait de la vraie visite à la maison ».

Maintenant que Sammy est repartie de l’autre bord de la rue, Billy semble très heureux d’avoir retrouvé sa place de chien officiel de la maison, et j’imagine que d’ici la publication de cette chronique, il trouvera le temps de démolir encore quelques trucs.

Son dernier exploit ? Manger un enregistreur numérique d’une valeur de 150 $. Très hâte de connaître la suite.