Le paradoxe du fusil à mouches

CHRONIQUE / On n’est pas à un paradoxe près.

Presque chaque fois que j’en ai l’occasion, je suis là à maudire la société de consommation, puis, l’instant d’après, je m’enthousiasme d’apprendre que je vais recevoir par colis une connerie que j’ai commandée un soir en ligne.

À titre d’exemple, au moment où je vous écris ces lignes, je m’apprête à recevoir dans quelques heures un fusil à mouches. Et là, ça n’a rien d’une blague. C’est pas une tapette à mouches en forme de pistolet, mais bien un vrai fusil à mouches.

Maintenant, au risque d’avoir l’air de faire une fixation sur ce gadget, je dois vous avouer que j’ai vraiment passé au moins deux heures à regarder diverses vidéos à propos de ce fusil à mouches.

Le concept est plutôt simple : vous versez du sel de table dans un petit réservoir et ensuite, vous pompez le fusil, vous visez la mouche et pouf ! Une fraction de seconde plus tard, votre amie la mouche tombe au sol, et c’en est fini pour elle. Et puis hop, pas d’écrabouillures ou de traces de sang, juste une mouche dont l’âme est partie au paradis des insectes.

J’avais découvert ce truc par hasard sur le Web l’an dernier, et ça m’avait fait passer par toute une gamme d’émotions.

Au début, je me disais que ça ne se pouvait juste pas et que j’étais en train de me faire piéger par un mauvais gag, mais quand j’ai compris que cette chose était réelle, c’était encore trop beau pour être vraie.

Alors, j’ai commencé à visionner des vidéos de gars et de filles qui avaient acheté ce machin et qui le testaient devant la caméra, et chaque fois, on pouvait ressentir leur satisfaction intense d’avoir enfin sous la main l’outil ultime afin d’en finir avec les satanées mouches.

Et puis, pendant tout l’été dernier, j’ai dû chasser des centaines et des centaines de mouches et j’ignore si ce sont mes réflexes qui commencent à me faire défaut ou si ces mouches ont acquis de nouvelles compétences en matière d’esquive, mais quand je vous dis que je les ai chassées une après l’autre, ce n’est pas une figure de style.

Et pendant chaque chasse aux mouches que je menais, je n’arrêtais pas de me dire : « Il va te falloir ce fusil à mouches mon pote sinon tu finiras par perdre la boule ».

Alors, quand je vous dis que je suis actuellement fébrile à l’idée de recevoir ce fusil à mouches, c’est non seulement le cas, mais si je pouvais payer pour que la saison des mouches commence plus tôt cette année, je le ferais.

J’avais repensé à ce fusil à mouches à quelques reprises pendant l’hiver, mais c’était toujours dans des moments inappropriés. Par exemple, en marchant dehors alors qu’il faisait -30 ou en conduisant.

Mais voilà qu’il y a quelques jours, j’ai reçu un « signe ».

Mon amoureuse regardait la télé et tandis qu’elle zappait, elle est arrêtée sur une émission de télé-réalité dans laquelle une dame chassait les mouches à l’aide d’un fusil à mouches.

« Bordel, c’est mon fusil à mouches ! Regarde Julie ! », que je criais.

Julie était là à me dire que « oui », elle l’avait vu.

« Regarde ! Il fonctionne ! Julie ! Ça fonctionne vraiment ! », que je disais d’une voix très forte sans m’en rendre compte.

L’instant d’après, il fallait que je retourne bosser sur un truc à l’ordinateur, et cette fois-là, j’étais enfin prêt à faire le grand saut.

Demain, plus rien ne sera jamais pareil pour les mouches sous mon toit.

Il y a quelques semaines, je vous faisais part d’une théorie plus ou moins farfelue dans laquelle j’avançais que de faux appels de sécurité jouaient parfois dans les systèmes de son de certains commerces.

Une ancienne caissière m’a écrit pour me dire qu’à une certaine époque, elle et ses collègues avaient des codes spéciaux pour signaler la présence d’un beau gars dans un secteur x.

Sinon, j’ai appris récemment en discutant avec une employée du Maxi que là-bas, c’est un CD qui joue, et la compagnie enverrait un nouveau disque par mois. Si tel est le cas, j’imagine qu’on doit avoir très hâte aux nouveaux tubes du prochain mois…