L'art de chercher le trouble

CHRONIQUE / Alors, qu’est-ce que ça va sentir dans Charlevoix ?

C’est que voyez-vous, avec le G7 qui s’y tiendra dans les prochains jours, c’est comme si le destin avait décidé d’aligner les planètes afin que ce soit plus facile que jamais d’énerver les plus grands dirigeants du monde, et ce, sans même faire quoi que ce soit d’illégal.

D’ailleurs, j’ai de plus en plus l’impression que les personnes qui sont derrière l’organisation du G7 sont des plaisantins qui sont parvenus à s’infiltrer et qui tentent subtilement de crinquer la population.

Je vous dis ça, car voilà qu’Affaires mondiales Canada a demandé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec de prier les agriculteurs de ne pas épandre de fumier entre le 1er et le 9 juin afin de ne pas déranger le bien-être des grands dirigeants de la planète qui seront dans le secteur au cours de la fin de semaine prochaine.

En toute honnêteté, je vous écris ça et j’ai l’impression d’inventer une nouvelle débile pour un site de fausses nouvelles.

C’est qu’en premier lieu, le simple fait d’effectuer une telle demande, c’est comme si un patron s’invitait à souper chez son employé à qui il donnait constamment des claques en arrière de la tête et que juste avant d’arriver chez lui, il l’appelait pour lui dire : « Ah ! Et en passant, ne mets surtout pas de cachous dans ton pesto parce que je suis intolérant et ça va me donner un foutu mal d’estomac pendant deux jours. »

Entre vous et moi, si j’étais le gars en question qui recevait toujours des claques en arrière de la tête, il n’y a aucun doute que je servirais du pesto avec des cachous à mon patron. C’est comme si on vous offrait la chance de vous venger au moins une fois dans votre vie, et sur un beau plateau d’or en plus.

Alors hop, que feront nos amis les agriculteurs de Charlevoix ?

La question peut évidemment sembler amusante, et même futile à la limite, mais en ce qui me concerne, c’est la question qui m’obsède le plus quant au G7.

Ce qui est encore plus hilarant dans tout ça, c’est que même avec tout l’argent du monde, si un type à 2 kilomètres de vous décide d’épandre du fumier, vous ne pourrez tout simplement rien y faire, car à la différence de l’argent, le fumier, lui, a une odeur et elle est inévitable. En fait, tout ce que l’argent peut faire pour vous quand ça pue, c’est de vous prendre un billet d’avion et de prendre la poudre d’escampette.

En fait, plus j’y pense et plus je n’arrive pas à trouver une seule raison qui pourrait encourager les agriculteurs à faire autrement que d’épandre leur fumier cette semaine, et ce, spécialement pour le bonheur des participants du G7.

C’est légal et en plus, c’est essentiel, étant donné que la date limite des semis de La Financière agricole est le 15 juin.

Je vous le dis, c’est comme si le gars des vues avait besoin de voir un film dans lequel les plus grands dirigeants de la planète devaient endurer une odeur de merde pendant une fin de semaine. 

Bien entendu, vous me direz qu’entre accorder de l’importance à cela plutôt qu’aux enjeux dont il sera question lors du G7, ça relève de l’enfantillage, mais quand les personnes au pouvoir prennent des décisions dangereuses tout en nous les présentant comme si nous étions des gamins qui ne comprenaient rien à rien, ne serait-ce pas là un juste retour des choses de les mettre au parfum de ce que nous pensons trop souvent de leurs décisions ?

Mais bon, ce qui est le plus ironique dans tout ça, c’est que si Affaires mondiales Canada avait évité de faire une telle requête, le pire des scénarios aurait été qu’un ou quelques agriculteurs décident d’épandre du fumier avant ou pendant la tenue du G7. Mais avec cette histoire de requête, peu importe les réelles motivations des agriculteurs, on interprètera le moindre épandage comme un geste de désobéissance civile. C’est à croire que les dirigeants n’ont vraiment pas besoin d’ennemis avec des organisateurs de la sorte.