L’appel du vrai gars

CHRONIQUE / Ça me fait toujours un drôle d’effet chaque fois que j’entre au Canadian Tire. En fait, dès le moment où les portes s’ouvrent devant moi, j’ai comme cette impression d’entrer dans le royaume des « vrais gars ».

Au fond du magasin, il y a tous ces trucs de mécanique, un peu plus au centre, on retrouve tous ces outils qui n’attendent qu’à servir et c’est sans compter tous ces articles de chasse et de pêche qui doivent faire rêver bien des adeptes de plein air.

Je me souviens encore que cette fois où je m’étais rendu au Canadian Tire avec mes cousins et mon oncle Gaétan alors que j’étais enfant, c’était comme si la vie m’avait envoyé un avertissement quant au futur. « Écoute mec, t’es probablement le seul à ne pas triper du tout d’être ici et je ne voudrais surtout pas te faire peur, mais tu ne ressentirais jamais ‘‘l’appel du vrai gars’’ monter en toi en voyant toutes ces drills et ces compresseurs ».

Alors hop, à quelques semaines d’atteindre la quarantaine, je peux compter sur les doigts d’une seule main les fois où je suis allé au Canadian Tire de mon plein gré.

Or, voilà que la semaine dernière, j’ai vécu une espèce d’épiphanie en réalisant que j’avais mon propre Canadian Tire, c’est-à-dire un commerce où je me rends plusieurs fois par semaine pour y faire le tour des rayons, à la recherche d’un nouvel outil qui m’inspirerait peut-être à me lancer dans un nouveau projet.

En fait, c’est alors que j’achetais un ordinateur que l’employé du commerce en question m’a lancé : « Je crois que vous venez souvent ici. Est-ce que je me trompe? » Non seulement le gars ne se trompait pas, mais ça m’a fait réaliser que j’étais devenu l’équivalent de ces hommes qui viennent faire leur ronde habituelle au Canadian Tire, sauf que dans mon cas, ça se passe au Bureau en Gros.

J’ai donc partagé cette remarque à l’employé, puis il m’a confirmé que je n’étais pas le seul. Maintenant, vous allez rire, mais ça m’a vraiment encouragé d’apprendre ça.

Quelques heures plus tard, j’étais aussi excité qu’un gamin à Noël quand j’ai sorti mon nouvel ordinateur de sa boîte. À l’aide d’un couteau, j’ai soigneusement découpé les rubans adhésifs sur la boîte et comme si celle-ci contenait un Monet, j’ai soigneusement pris le temps de retirer chaque article, les déballant lentement tandis que je luttais contre une partie de moi qui elle, voulait faire ça en toute vitesse.

Puis, quand est venu le grand moment d’appuyer sur le bouton d’alimentation, ça a fait le même son que si j’avais démarré un F-18 dans la maison.

Au cours des 36 heures suivantes, chaque fois que j’avais deux ou trois minutes à moi, je fouillais sur tous les forums afin de trouver une façon de calmer le ventilateur fou qui se trouvait dans mon nouvel ordinateur, mais en vain.

Je me suis finalement décidé à retourner au magasin avec mon ordinateur et ce jour-là, le gérant avec qui j’avais complété la transaction la dernière fois n’était pas là, alors c’est un autre employé qui est venu à ma rescousse. Je vais vous avouer que j’avais un peu la trouille, car je craignais que le gars me réponde tout simplement qu’étant donné que j’avais acheté un ordi puissant, je devrais m’habituer à ce son de réacteur, mais à mon grand soulagement, je n’avais pas du tout faux. L’ordi était vraiment défectueux et on m’a donc proposé de le remplacer sur-le-champ.

Quelques heures plus tard, quand je suis (encore) retourné au magasin pour venir récupérer mon nouvel ordi, j’ai dû repasser à la caisse pour procéder à l’échange et au moment de tout conclure, le gars m’a dit que si le moindre truc clochait avec l’ordi, de ne surtout pas hésiter à revenir, tout en ajoutant que « de toute façon, vous savez où on est, on vous voit tout le temps ici ».

J’ai roulé vers la maison avec mon nouvel ordi sur la banquette arrière et au moment d’activer mes essuie-glaces, il y en a un qui s’est envolé.

Ça, ils n’en vendent pas au Bureau en Gros, je crois.

Va falloir aller vérifier ça.