Charles Plourde a publié une photo de cette oeuvre qu’il a peinte, qui accompagnait l’annonce de sa décision à ses proches et à son réseau, sur Facebook.

Je ne t’oublierai pas, Charles

CHRONIQUE / Je vous mentirais si je vous disais que je connaissais bien Charles, mais il y avait tant de trucs qui nous liaient que c’était comme si.

Chaque fois que je pense à lui, je revois toujours la même scène dans ma tête.

Ce jour-là, l’une des nombreuses « tempêtes du siècle » avait frappé la province alors que je devais me rendre à Montréal. J’avais pris l’autobus et tout au long du trajet, j’entendais à tout moment une mère ou un enfant éclater en sanglots, de peur que nous n’arrivions jamais à destination. Je sais que c’est difficile à croire, mais oui, j’ai vraiment vécu un truc du genre dans cet autobus.

C’était un collègue qui travaillait chez Radio-Canada qui m’avait fait venir afin que je participe à une réunion qui aurait peut-être pu aboutir par un projet d’émission et même si je me doutais bien que ce genre de truc ne finirait jamais par se concrétiser, je m’étais dit qu’une petite virée à Montréal ne me ferait pas de mal.

D’ailleurs, je ne pourrais même pas vous dire de quoi nous avions parlé pendant la réunion, car j’avais passé tout le temps de notre entretien à me demander si j’avais fait les bons choix dans la vie. Le truc, c’est que je me trouvais devant deux types qui semblaient carburer au bonheur et visiblement, l’avenir leur appartenait.

Les deux types en question, c’était Jean-Philippe et Charles. Et puis hop, je sais bien que ça va gâcher un peu la magie, mais lorsque j’ai serré la pince de Charles, il m’avait dit qu’on s’était connu plusieurs années avant cela «au temps du secondaire» et il m’avait tellement semblé sympa que je n’avais même pas essayé de faire semblant que « ah oui, ok, oui c’est beau, ça me revient ». À la place, je lui avais seulement répondu que j’étais bien navré de ne pas avoir mémorisé un gentleman de la sorte.

Je vous disais que les deux gars semblaient carburer au bonheur et ici, je pèse mes mots. Non seulement ils faisaient le boulot dont ils rêvaient, mais l’atmosphère dans laquelle ils vivaient était trop chouette pour qu’on tente de reproduire ça dans une série télé, étant donné que le public aurait suspecté que c’était arrangé avec le gars des vues.

Grosso modo, si ma mémoire est bonne, Jean-Philippe demeurait à l’étage du haut avec son amoureuse et sa fille, tandis qu’au rez-de-chaussée, il y avait la demeure de Charles et sa magnifique famille. Je me souviens que lorsque nous sommes entrés dans la maison, ça débordait de vie, mais surtout, je revois encore dans ma tête la mine très enjouée des gamins de Charles qui nous avaient fait un de ces comités d’accueil devant le regard attendri de sa conjointe, Lucie.

« Bordel, ce gars a décidément joué les bonnes cartes pour être heureux dans la vie », que je m’étais dit, et ce, sans aucune jalousie ou amertume.

Peu avant qu’on débute la réunion, on était reparti tous les trois jusqu’à un dépanneur à proximité et dans la rue, il y avait tous ces gens qui marchaient dans la neige, visiblement désireux de bien profiter de leur vendredi soir. Charles et Jean-Philippe se partageaient les dernières nouvelles du jour tout en rigolant et je me disais que ça aurait peut-être été le genre de vie que j’aurais aimé mener.

Le projet de radio s’est arrêté là, mais par la suite, il m’est arrivé à quelques occasions de reparler avec Charles et chaque fois, ce gars me confirmait qu’on pouvait faire sa place dans la vie tout en demeurant humble et à l’écoute des autres.

Après, ça s’est passé très vite. Il y a eu la nouvelle comme quoi il souffrait d’un cancer. Il y a eu la nouvelle comme quoi il était en rémission. Et ça aurait dû s’arrêter là.

Au moment de vous écrire ces lignes, je viens d’apprendre, comme plusieurs autres de ses connaissances, que son combat prend maintenant fin. Après une campagne de sociofinancement qui lui avait permis de recueillir plus de 100 000 dollars pour un traitement qui aurait pu prolonger son espérance de vie, le corps de Charles n’a plus la force de se battre.

Charles Plourde, 36 ans au compteur et père de trois enfants, a demandé l’aide médicale à mourir, demande qui lui a été autorisée.

Bon voyage à toi mon pote. La prochaine fois, je ne t’aurai pas oublié. Promis.