Hommage aux déneigeurs

CHRONIQUE / Aujourd’hui, j’aimerais rendre hommage à des héros.

Je tiens à leur rendre hommage, car même s’ils nous facilitent la vie pendant tout l’hiver, j’ai la curieuse impression que les seules fois où on prend le temps de parler de leur travail, c’est pour les critiquer.

Les lecteurs et les lectrices les plus perspicaces l’auront compris: je vous parle, bien entendu, de ceux et celles qui opèrent des déneigeuses.

L’idée de leur rendre hommage m’est venue par un bel après-midi de neige. J’étais en voiture avec Julie et nous nous dirigions vers notre maison quand nous sommes arrivés dans une petite rue du quartier où un déneigeur s’affairait à libérer une entrée de maison de la quinzaine de centimètres de neige qui était tombée dans les heures précédentes.

Comme le gars en question avait peu de marge de manoeuvre en raison de l’étroitesse de la rue, on a donc décidé d’attendre calmement qu’il en ait fini pour continuer notre route, mais de toute évidence, le déneigeur semblait croire que nous ragions derrière notre volant, pestant contre lui, parce qu’il était sur notre chemin.

Le pauvre gars était donc là à tenter de finir de déneiger l’entrée le plus rapidement possible, tandis qu’il devait s’assurer que personne ne se trouvait dans son périmètre. Pour être bien franc avec vous, je n’aurais pas changé de place avec lui.

Par la suite, chaque fois que j’ai croisé un déneigeur en action, je n’ai pas pu m’empêcher de méditer pendant un bref instant à propos de tous les éléments auxquels ces opérateurs doivent faire attention, comme les enfants qui sortent de nulle part, les chiens et les chats qui sont trop curieux ou les voitures qui passent juste derrière leur imposante machine.

Mais bon, si on y pense un peu plus longtemps, on se rend vite compte que les éléments de stress vont bien plus loin, car il ne faut pas oublier que presque chaque client a ses petites exigences. Quand ce n’est pas un client qui veut à tout prix que sa cour soit grattée au grand complet, et ce, jusqu’au moindre centimètre, ce sera un client qui frôlera la crise de panique s’il reçoit un seul flocon en provenance de son voisin. Et là, pardonnez mon manque d’imagination, mais je suis certain qu’on pourrait facilement dresser une liste d’autres exemples d’exigences particulières du genre.

Il ne faut pas oublier, non plus, les clients pour qui leur entrée n’est jamais déneigée assez tôt. Je pense notamment à ce gars qui avait publié sur Facebook un statut enflammé dans lequel il avait littéralement démoli l’entreprise de déneigement dont il était client, parce que « le gratteux n’était pas encore passé », alors que la neige avait commencé à tomber quelques minutes auparavant. Et ça, sans compter les dizaines et les dizaines de statuts que je vois passer pendant l’hiver, alors que des internautes pestent contre leur service de déneigement parce que « le gratteux est juste passé trois fois aujourd’hui ».

Certes, dans un monde idéal, tous les gens qui ont recours à des services de déneigement auraient une entrée immaculée chaque matin, mais la réalité, c’est que même le meilleur de service de déneigement de la planète ne peut quand même pas se payer une déneigeuse pour chaque client. Et puis hop, si, une année, presque tout le monde décide de faire affaire avec le même service parce qu’il est soi-disant « le plus fiable », ça fera juste en sorte que plus de gens se partageront le même service et, ainsi, changeront probablement l’année suivante pour une autre entreprise « plus fiable ».

En fait, le seul service de déneigement qui est vraiment fiable à 100 %, c’est vous.

Alors, voilà, je souhaite à tous ces hommes et toutes ces femmes qui passent l’hiver dans leur déneigeuse de pouvoir profiter pleinement des mois à venir alors qu’ils ne seront plus à la merci des moindres intempéries. Je leur souhaite aussi de ne pas avoir à se taper des journées de travail de 20 heures à déneiger éternellement les mêmes entrées.

Et enfin, je leur souhaite de troquer la chaufferette de leur camion pour la vraie chaleur du soleil. Je crois qu’ils le méritent.