Joël Martel

Gagner à la loterie de l’amour

CHRONIQUE / Ça m’a pris beaucoup de temps avant de réaliser que j’étais chanceux dans la vie.

Au début, on le sait tellement qu’on voudrait le crier sur tous les toits, mais est-ce qu’on le réalise vraiment que la vie vient de nous faire le plus précieux des cadeaux ? J’imagine que certaines personnes en prennent immédiatement conscience, mais en ce qui me concerne, je suis longtemps resté au stade où je ne réalisais tout simplement pas l’ampleur de ma chance.

Là, j’imagine qu’il y a deux ou trois lecteurs qui doivent maugréer en lisant ces lignes, tout en se demandant : « Bon, où c’est qu’il veut en venir à matin lui ? »

Eh bien, ce dont je vous parle ce matin, c’est de l’amour. Ben oui, quétaine de même, en plein de mois de juin.

Ce qui m’a notamment encouragé à vous parler d’amour, c’est que j’ai récemment visionné l’excellente série Afterlife (La vie après la mort), une série télévisée conçue et interprétée par Ricky Gervais, et je pense sincèrement que ça fait partie des trucs essentiels à voir une fois dans sa vie. Rien de moins.

Grosso modo, Afterlife nous propose de suivre le quotidien de Tony, un homme au milieu de la cinquantaine qui doit composer avec le décès tout récent de sa femme des suites d’un cancer. Après avoir sérieusement envisagé de mettre fin à ses jours, Tony décide de ne pas laisser tomber son pauvre chien et de continuer sa vie, tout en utilisant le nouveau superpouvoir qu’il a acquis, celui de se foutre de pas mal tout.

Je dois avouer que comme ça, sur papier, ça ne semble pas très jojo, mais croyez-moi, même si on pleure très souvent, on en retire principalement que du positif. Tout d’abord, ceux et celles qui sont déjà familiers avec le travail de Ricky Gervais ne seront pas surpris d’apprendre que malgré toute cette grisaille, on parvient toujours à parsemer tout ça de bonnes blagues diablement efficaces, mais au-delà des rires et des larmes, Afterlife frappe directement dans le mille, car il s’adresse directement à notre tête et à notre coeur.

Ainsi, au cours des deux saisons d’Afterlife, on se surprend à se poser à soi-même un tas de questions qui nous amènent ensuite à des réflexions qui peuvent se révéler très enrichissantes. À titre d’exemple, on peut se demander comment fait-on pour s’engager auprès de l’être aimé en sachant que même dans le meilleur des mondes, le destin finira par nous séparer. Et sinon, pourquoi certaines personnes pourtant très douées préfèrent-elles consacrer toute leur énergie au profit de l’être aimé au lieu de tout faire en leur possible pour arriver à grimper les échelons dans le « jeu de la vie professionnelle » ?

Évidemment, je n’apprendrai probablement rien à personne en vous disant que les débuts de réponses qui naissent de ces questionnements finissent toujours par converger vers l’amour, mais ici, on ne parle pas de l’amour à grand déploiement avec musique hollywoodienne en prime.

Juste de l’amour en vrac. Cet amour qu’on peut percevoir dans le regard de celui ou celle qui pose ses yeux sur l’être aimé. Cet amour qui teinte un bout de phrase ici et là, quand on se met à parler de ceux et celles qu’on aime. Cet amour qui jaillit de chaque fou rire de douce complicité. Cet amour qui se cache habilement dans un « Ça va ? » bien senti.

Pour ma part, je dois le reconnaître, j’ai touché le gros lot dans la loterie de l’amour. Il y a un peu plus de 17 ans de ça, j’ai rencontré Julie et ma vie n’a jamais cessé d’être meilleure depuis. J’ai toutefois gaspillé plusieurs de ces années à croire que je serais plus heureux en réalisant de vieux accomplissements auxquels je m’accrochais depuis mes jeunes années, alors qu’au fond, tout finissait toujours par me ramener à la même chose : la chose qui me rend le plus heureux et le plus fier, c’est lorsque je fais rire mon amoureuse.

Je ne vous raconte pas tout ça dans le but de vous dire : « Hey, regardez à quel point j’ai compris le sens de la vie. » C’est juste que des fois, on oublie qu’on a déjà ce qu’on veut le plus au monde.