François, Roi du Bongo

CHRONIQUE / Il était souvent là sur la scène, souvent un peu en retrait, jamais sous le « spotlight », mais on pouvait entendre ses bongos et ses percussions, et même s’il était légèrement dans la pénombre, on pouvait voir briller son regard à la fois solennel et amusé.

Ici, je serais de mauvaise foi d’oser prétendre que je le connaissais très bien, mais j’oserais quand même dire que c’était un ami. En donnant des coups sur son bongo, François contribuait, à sa manière, à faire battre le cœur de la scène culturelle régionale. On le voyait souvent se pointer le bout du nez, même dans les concerts à des endroits improbables. Visiblement, ce n’était pas un truc qui semblait grandement le déranger.

Et puis hop, quand c’était vous qui aviez occupé la scène ce soir-là, c’était toujours très cool de le voir s’approcher lentement vers vous et l’entendre dire, avec sa voix douce et grave : « C’était ben bon ! On sent que vous avez du fun. » D’ailleurs, je me limite à vous dire ce que moi je savais de lui, mais je me souviens aussi qu’il était souvent du genre à s’impliquer dans de nombreux trucs pour la justice sociale. Je sais aussi qu’il était un père et un amoureux. Et évidemment, l’ami de bien des amis et amies.

Maintenant, j’imagine que vous avez tout pigé depuis un bon moment, mais bon, François est décédé. Je l’ai appris à la sauce 21e siècle, c’est-à-dire entre un statut rigolo et la nouvelle photo de profil Facebook d’un ami. 

Voici une blague, voici ma nouvelle photo et hop, en passant, François, il est mort. Et voici une publication commanditée et une photo de mon chien. Alors voilà, je voulais qu’il existe encore un peu ici dans ces lignes.

À plus, Roi du Bongo !

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Puisqu’on parle de ceux qui s’en vont, la semaine dernière, je vous racontais l’histoire de Roméo, ce chat orange qui mettait de la vie dans le quartier et qui laisse maintenant orphelins tous les rebords de fenêtre du voisinage. Tout d’abord, je tenais à remercier les lecteurs et les lectrices qui m’ont fait part de leurs histoires à eux, concernant la disparition d’un animal. Certes, c’est un sujet qui peut sembler bien anodin, mais pour ceux et celles qui ont partagé un moment de leur vie avec ces animaux, elles signifient toutes quelque chose qui va bien au-delà de la simple anecdote.

Mais bon, ce n’est pas du tout là que je souhaitais en venir avec tout ça.

Le truc, c’est qu’en faisant plus ample connaissance avec Michel, le maître de feu Roméo, ça m’a fait prendre conscience à quel point on vivait trop souvent chacun dans notre bulle. D’ailleurs, la dernière fois où l’ami Judes m’avait rendu visite ici pour venir me prêter une pile de magazines tous plus intéressants que l’autre, il m’avait parlé de son fils qui vivait à Montréal tout en me disant : « Personne ne se connaît là-bas. Mon gars reste là depuis quelques années et il ignore le nom de ses voisins. Moi, à la fin de la journée où je suis arrivé chez lui, je savais déjà tout ça. »

Puis, voyant que son histoire m’amusait, il m’avait défié en me disant : « Pis toi, tu le sais-tu comment que tes voisins s’appellent ? »

C’est plutôt choquant, car deux ans avant cela, j’aurais pu fièrement répondre par un « oui » bien assuré, mais depuis que madame Pauline et monsieur Hubert sont partis, je n’ai aucune idée de qui sont mes nouveaux voisins. À noter qu’ici, j’emploie « nouveaux » pour m’apaiser la conscience, car ça fait quand même deux étés qu’on vit à quelques mètres de distance seulement.

C’est con, parce qu’avec ma mauvaise mémoire des visages, je pourrais très bien croiser mon « nouveau » voisin à l’épicerie et ignorer complètement que c’est lui. Il faut quand même savoir qu’à l’arrivée des « nouveaux » voisins, on avait tenté une première approche, mais comme ils étaient débordés dans leur aménagement, nous n’avions finalement pas eu la chance de leur parler et puis hop, deux ans se sont passés. Ça va vite la vie.

Pas grave, je demanderai à Cédrick, notre plus « nouveau » voisin, de s’occuper des présentations un de ces quatre.