Devrais-je être vraiment soulagé?

CHRONIQUE / C’était un gars avec qui je travaillais chez Sondages BBM qui m’avait raconté qu’il allait à cette école-là. « Ça prend juste un an pis après, tu as ton diplôme pis ça va te ploguer dans les meilleurs studios d’enregistrement et tout le kit », que mon collègue m’avait raconté à propos du cours qu’il suivait.

J’étais là à l’écouter et ça me semblait décidément être la meilleure solution qui pouvait s’offrir à moi. Non seulement je rêvais alors de travailler dans l’univers des studios et des sons, mais en plus, si je ne retournais pas à l’école d’ici quelques semaines, j’allais devoir commencer à payer le 2000 dollars de prêts et bourses que je devais.

Alors hop, après avoir effectué un brillant calcul, j’en suis venu à une décision complètement absurde : m’endetter de 16 000 dollars supplémentaires pour ne pas avoir à payer immédiatement les 2000 $ que je devais déjà.

Il faut savoir que les administrateurs de l’école privée nous faisaient miroiter des taux de placement extraordinaires, ce qui me faisait voir ce 16 000 dollars comme un investissement, m’imaginant que cette attestation d’études collégiales m’ouvrirait grandes les portes vers des emplois très payants.

Puis, quelques semaines après avoir débuté ce cours intensif, je ne sais pas trop comment on avait atterri dans cette fête, mais il y avait deux gars sur la cocaïne qui me racontaient qu’ils avaient fait le même cours que moi deux ans auparavant et que depuis ce temps, leur existence était misérable. Maintenant, pour être bien franc avec vous, j’ai longtemps pensé que c’était davantage leur consommation plutôt intense de cocaïne qui leur avait nui, mais bon, c’est une autre histoire.

Quelques mois plus tard, je me dégottais un petit travail dans un club vidéo et pendant que j’étais en formation avec Patrick, je lui ai raconté dans quoi j’étudiais. « Tu n’aimeras pas ce que je vais te dire, mais je suis allé à cette école-là et si j’étais toi, je partirais pendant qu’il est encore temps. C’est choquant parce que tu vas devoir payer une partie du cours, mais tu vas t’endetter encore plus pour rien si tu finis ton cours. J’avais les meilleures notes et j’ai jamais réussi à me placer nulle part parce que les studios et les entreprises s’en foutent de ce cours-là. »

Les mots de Patrick m’ont ensuite hanté pendant longtemps, mais j’avais tellement fondé d’espoir sur ce cours (et j’étais tellement déjà endetté) que je me suis rendu jusqu’à la fin. Par contre, je n’ai jamais soumis ma candidature dans un studio ou une entreprise du genre.

L’année suivante, alors que je débutais mon bac en études littéraires, j’allais apprendre que j’avais atteint la limite en matière de prêts et bourses et qu’en plus, j’allais devoir signer une convention qui ferait en sorte que le gouvernement aurait droit de percevoir toutes les sommes d’argent que je recevrais du provincial afin de les déduire de ma dette d’études.

Ainsi, pendant de nombreuses années, chaque fois que je recevais un bon retour d’impôts, il servait automatiquement à éponger ma dette et pour être bien franc avec vous, pendant de nombreuses années, je maudissais chaque jour cette décision de m’être entêté à fréquenter cette école privée.

Et pour ajouter à l’injure, la technologie avait tellement fait un bond de géant dans les quelques années qui me séparaient de ce cours privé qu’une grande partie de ce que j’avais appris par le passé était désormais désuète. Et ce, sans compter qu’il était maintenant possible de faire une formation similaire en ligne de façon presque complètement gratuite en fouillant ici et là dans des forums.

Puis, il y a quelques mois, j’ai reçu une lettre du gouvernement qui m’annonçait que j’avais enfin réglé complètement ma dette d’étude. Toutes ces années, je m’étais imaginé qu’à ce moment précis, je bondirais dans les airs en hurlant de joie, mais non.

Cette année, c’est donc la première fois que je fais mes impôts et que je n’ai plus de dettes d’études et vous savez quoi ? Je ne me suis jamais senti aussi vieux pour vous dire vrai.