Bong Joon Ho a remporté quatre statuettes lors de la 92e cérémonie des Oscars, dont la récompense du meilleur film avec Parasite.

Deux films boudés aux Oscars

CHRONIQUE / Je capote sur le cinéma depuis ma tendre enfance.

D’ailleurs, si ma mémoire ne me joue pas de vilains tours, je crois que ç’a débuté le soir où mes parents m’avaient amené voir E.T., l’extra-terrestre au ciné-parc. Dans ce qui est fort probablement l’un de mes plus vieux souvenirs, je me revois encore à l’arrière de la voiture en train d’annoncer à mes parents que lorsque je serai grand, je deviendrai réalisateur de cinéma.

J’ai longtemps cru à ce rêve, mais à la fin de mon adolescence, tout ça a pris fin quand j’ai compris qu’une grande partie du travail d’un réalisateur de cinéma, c’était de planifier un tas de trucs tout en élaborant avec des producteurs des stratégies de financement. Cette prise de conscience a peut-être mis un point final à mes ambitions cinématographiques, mais cela m’a toutefois permis de ressentir encore plus d’admiration quant à la détermination des artisans qui donnent vie au septième art.

Tout comme bien d’autres cinéphiles, j’ai suivi avec intérêt la soirée des Oscars et contrairement aux deux ou trois années précédentes, j’étais plutôt excité à l’idée de savoir quels seraient les films qui en ressortiraient triomphants. Peut-être que je me trompe complètement en y allant d’une telle déclaration, mais à mon humble avis, 2019 fut une année de cinéma plutôt unique en son genre.

Mais ce qui est le plus chouette avec les résultats de la dernière soirée des Oscars, c’est de savoir que dans les prochaines semaines, de nombreuses personnes accepteront de se laisser tenter en s’aventurant vers des œuvres « moins accessibles ».

Le grand gagnant de la 92e cérémonie des Oscars, Parasite, de Bong Joon-ho, en est un exemple parfait. Son scénario extrêmement riche fait en sorte qu’il est pratiquement impossible d’en absorber toutes les subtilités en un seul visionnement et je suis convaincu que ce récit continuera de m’habiter encore très longtemps. Ce fut notamment le cas avec l’une des œuvres précédentes de Joon-ho, le troublant Okja, qui a presque fait de moi un végétarien, et j’espère sincèrement que Parasite aura un effet similaire sur certains spectateurs quant à leur façon de percevoir les inégalités entre les classes sociales.

Il n’en demeure pas moins que malgré tout cela, deux de mes films favoris de 2019 ont été boudés par les Oscars et pour être bien franc avec vous, ça m’a pas mal chicoté à plusieurs reprises alors que je visionnais la cérémonie.

Pour ce qui est de Midsommar, du réalisateur Ari Aster, je peux facilement comprendre que ce film ait été exclu. Bien qu’il s’agisse là d’un véritable bijou cinématographique, Midsommar est une expérience qui peut grandement diviser le public et je n’ai aucune difficulté à imaginer que plusieurs personnes aient été tout simplement horripilées par cette œuvre. Or, le récit qui nous est raconté par Ari Aster comprend peut-être plusieurs éléments typiques du cinéma d’épouvante, mais il demeure avant tout un constat effrayant d’un monde en quête de sens, alors que l’individualisme se fait de plus en plus écrasant.

Mais en ce qui concerne Uncut Gems, des frères Joshua et Ben Safdie, je dois vous avouer qu’il m’est très difficile de comprendre comment une œuvre aussi percutante a pu être ignorée par un événement censé célébrer le cinéma.

Tout d’abord, je suis de ceux et celles qui croient fermement que la prestation d’Adam Sandler aurait dû lui valoir au moins une nomination pour meilleur acteur, tandis que d’un point de vue scénaristique, on a ici droit à un véritable diamant. Tout ça fait donc en sorte que dans mes Oscars 2020 à moi, c’est Uncut Gems qui s’en sort avec les plus grands honneurs cette année.

Enfin, si vous êtes de ceux et celles qui n’ont pas encore vu Joker, je vous suggère fortement d’investir votre précieux temps dans The King of Comedy de Martin Scorsese à la place. Et puis si vous désirez vraiment profiter du talent unique de Joaquin Phoenix dans le rôle du pauvre gars désabusé par la vie, il me semble que You Were Never Really Here de Lynne Ramsay est beaucoup plus efficace en ce sens.

Bon cinéma !