De pauvre à riche et de riche à seul

CHRONIQUE / C’est l’histoire d’un gars qui était sur le point de tout perdre. Mais là, ne sortez pas vos mouchoirs tout de suite, car ça finit mieux que ça débute.

Alors hop, notre gars est tellement dans la ‘‘dèche’’ que son commerce sera saisi dans les deux prochaines semaines par sa banque et voilà qu’il décide d’investir les derniers dollars qu’il lui reste dans un billet de loto.

La suite, vous en conviendrez, elle est plutôt prévisible, du moins, pour vous qui la lisez, car à quoi bon écrire l’histoire d’un type qui achète un billet de loto si le billet en question n’était pas gagnant.

Donc le lendemain, notre gars se rend au commerce où il avait acheté son billet de loto, puis l’instant d’après, il apprend qu’il est multimillionnaire.

Certes, cette histoire semble sortie tout droit d’un de ces films qui passent à la télé l’après-midi, mais si je vous la raconte, c’est qu’il s’agit là bel et bien d’une vraie histoire que j’ai entendue il y a quelques jours en voyageant de façon très aléatoire à travers des vidéos sur YouTube.

La vidéo en question était tirée d’un reportage français datant d’il y a environ trois ans, mais si celle-ci m’a autant interpellé, c’est qu’il s’agit là d’une des rares fois où un individu qui est passé de la pauvreté à la richesse en un coup de baguette magique acceptait de témoigner sur son expérience.

Alors en gros, qu’est-ce qu’on apprend de cette histoire ? Eh bien, c’est probablement comme vous vous imaginiez. Au début, le gars n’en revient tout simplement pas d’être riche. Puis, il passe quelques mois à flamber des milliers de dollars et un jour, voilà que ça lui saute au visage : il réalise qu’avec tout ce fric, il est seul.

Et là, qu’on se comprenne bien : quand je vous dis qu’il est seul, je ne vous parle pas d’un sentiment de solitude à la Walt Disney où un méchant prince se rend compte qu’il doit être plus gentil avec les autres, je vous parle de la même bordel de solitude qu’on ressent le mardi quand on s’aperçoit qu’on est justement en train de se taper le très mauvais film d’après-midi à la télé. Vous savez, cette solitude qui nous habite quand la vie décide qu’on ne sera plus sur la même fréquence que les autres ?

Le truc, c’est que même si notre nouveau riche avait tout le temps et tout l’argent du monde, ses proches et ses amis, eux, ils devaient continuer à gagner leur vie.

D’ailleurs, lors du tournage de son témoignage, le gars racontait qu’il avait recommencé à travailler depuis quelques années déjà. Ainsi, chaque matin, tout comme vous et moi, il doit se lever pour aller travailler. Et vous savez quoi ? Il aime ça, aller travailler. Ça l’occupe, mais surtout, ça lui permet de vivre avec les autres. De faire partie d’une communauté. Et puis lorsqu’il doit faire face à une mauvaise journée de travail, il peut se dire que ce n’est pas la fin du monde et qu’il pourra s’organiser si jamais il perd son boulot.

Ce qui me fascine dans tout ça, c’est que ça me fait penser au même genre de sentiment qui nous habite lorsqu’on a terminé un bon roman ou un excellent jeu vidéo. Vous savez, cette espèce de vide ? Comme si un ami avec qui vous aimiez passer du bon temps avait changé d’école ?

Ici, je devrais faire gaffe à ce que je m’apprête à vous dire, et ce, par crainte d’être cité dans le prochain livre de Paulo Coelho, mais c’est peut-être ça le but du jeu de la vie : accéder à la liberté totale. Or, comme dans tout bon jeu vidéo, ce n’est pas parce qu’il faut sauver la princesse qu’on joue. On joue parce qu’on aime bondir sur les ennemis et les déjouer. Parce qu’on aime bien hurler de joie après être parvenu à franchir une série d’obstacles qui nous était pourtant apparue comme étant impossible à surmonter la première fois. Bref, on joue parce que le jeu est amusant.

Tout ça, c’est bien beau, mais l’ironie dans tout ça, c’est que si un type se présentait à ma porte et m’offrait un million de dollars, je le prendrais. Juste pour voir si c’est vrai qu’on finit par s’ennuyer quand on est riche.