Charlot est accro au Kraft Dinner

CHRONIQUE / Si vous vous demandez pourquoi le Kraft Dinner existe toujours, c’est notamment grâce à mon fils Charlot.

Je dois quand même vous avouer que les premières fois, c’était plutôt pratique comme solution afin de concocter rapidement un dîner, mais là, on a probablement atteint un point de non-retour. En fait, au rythme où vont les choses, j’ai bien peur que d’ici la fin de l’année, mon gars aura désormais la peau orange et que ses cheveux finiront par imiter la forme des nouilles du Kraft Dinner.

Tout ça, c’est plutôt absurde, car il y a seulement quelques années de cela, combien de fois avons-nous fièrement raconté aux autres parents que notre garçon raffolait des fruits et des légumes et qu’il développait ses goûts en donnant une chance à tous les aliments qu’on lui suggérait ? Mais bon, maintenant que Charlot approche ses dix ans et que je suis désormais un parent d’expérience intermédiaire, je sais pourquoi nos interlocuteurs nous écoutaient souvent avec un sourire amusé. Le truc, c’est que le grand défi d’un parent, c’est d’arriver à faire manger un peu de tout à son enfant qui sait lire et écrire, et non à son bébé débordant de naïveté et de docilité.

Il faut savoir que tout ça commence plutôt subtilement.

Les premières fois, votre enfant vous dit que finalement, il n’aime pas les champignons et les piments. On se dit alors que comme son papa n’en mange pas non plus, c’est probablement juste une histoire de « mauvaise influence parentale ». Pour ce qui est des brocolis et des choux-fleurs, on en déduit que pratiquement tous les enfants en ont horreur, mais le jour où votre garçon décide de faire la grève des carottes et des céleris, on réalise alors que le train file à toute vitesse et que rien ne pourra plus l’arrêter.

Le truc, c’est que le jour où votre enfant prend conscience qu’il peut avoir son mot à dire quant à ce qu’il souhaite manger ou non, ça doit être une sacrée révolution dans sa tête. Imaginez, toute votre vie, on a décidé de tout pour vous, puis un jour, voilà que vous réalisez que vous avez le choix. Faudrait vraiment être fou pour laisser passer une telle occasion d’en finir pour de bon avec les brocolis.

Ainsi, après des années à avoir porté un soin presque maladif à l’alimentation de votre enfant afin de vous assurer qu’il ait tout ce dont il a besoin, tout ça commence à s’effondrer, lentement, mais sûrement.

Et puis, juste pour compliquer les choses, la vitesse à laquelle va la vie finit par avantager considérablement les choix culinaires de votre enfant, et plus particulièrement sur l’heure du dîner. Un jour, alors que vous devez faire vite, vous tentez le tout pour le tout en lui servant une boîte d’Alpha-getti et à votre grand malheur, vous découvrez par la suite que si ce n’était que de votre enfant, il ne mangerait plus que ces nouilles aux tomates en boîte. Idem pour ces boîtes de gros spaghettis aux tomates ou, si vous préférez, l’une des inventions les plus dégueulasses depuis l’apparition du cheeseburger en conserve.

Et ça ne s’arrête surtout pas là, car en plus de devoir vous transformer en une espèce de lobbyiste anti-malbouffe afin de remettre votre enfant dans le droit chemin, vous devez aussi occuper le rôle de gardien du garde-manger et disons-le, c’est une mission beaucoup moins simple qu’on ne pourrait le croire. Pensez un seul instant à toutes ces barres tendres qui n’attendent qu’à être dévorées en chaîne, ces biscuits aux pépites de chocolat qui hurlent « dévorez-moi » et ces croustilles piégées au fond d’une boîte de Pringles qui prient pour qu’une main d’enfant finisse par venir à leur rescousse.

Évidemment, on pourrait finir par baisser les bras devant autant de détermination à mal se nourrir, mais quand vient le soir où on a cuisiné une soupe maison et qu’on surprend son enfant à dévorer son bol et à même en redemander, on se dit que tous ces combats du quotidien nous aident à mieux savourer ces petites victoires. Dommage qu’elles ne se mangent pas, car ça serait sûrement délicieux.