Cellulaire ou pick-up?

CHRONIQUE / Au cours des 15 dernières années partagées avec bonheur avec mon amoureuse, notre moyenne au bâton des chicanes de couple a toujours été très faible. Certes, il y a eu ici et là quelques tensions causées par des ennuis financiers et d’autres sources de stress du quotidien, mais le facteur de discorde le plus récurrent dans notre couple a généralement été la technologie, ou si vous préférez, «mon maudit téléphone».

Il faut savoir qu’avec le temps, j’ai appris à considérablement modérer mon utilisation de la technologie. Sans vouloir m’en vanter, je suis maintenant le genre de gars qui se sert très rarement de son téléphone lorsque je suis en public, car je veux être là à 100%.

Maintenant, comme le travail de mon amoureuse exige qu’elle soit souvent sur la route, j’ai fini par réussir à la convaincre d’avoir un téléphone, car l’idée de savoir qu’elle peut me rejoindre en tout temps me rassure.

Voilà donc qu’il y a quelques jours de cela, nous faisions tous les deux une virée à Québec. Le soir venu, alors que nous venions tout juste de commencer à nous aventurer dans les rues de la capitale, je me suis rendu compte que j’avais oublié mon téléphone à notre chambre d’hôtel. J’aurais très bien pu rebrousser chemin, mais comme Julie avait le sien avec elle, je me suis dit que si jamais urgence il y avait, nous étions outillés en ce sens. Et puis hop, c’était une de ces soirées où personne ne s’attendait à quoi que ce soit de moi, alors au diable le téléphone!

Quelques minutes après avoir constaté que j’étais bien malgré moi en congé d’Internet et d’applications pratiques, nous nous sommes arrêtés dans ce coin de parc sympathique, et c’est là que Julie a lancé une de ses phrases de couple les plus célèbres: « Chéri! Prends une photo avec ton téléphone! »

Alors, cette fois-là, c’est Julie qui a dû sortir son propre téléphone pour prendre la photo.

Un peu plus tard, comme nous avions emprunté un chemin au hasard, nous peinions à retrouver la bonne rue afin de nous rendre à notre destination prévue. Une fois de plus, Julie m’a invité à vérifier sur mon téléphone notre itinéraire, pour ensuite réaliser que c’est elle qui devait s’acquitter de cette tâche.

Par la suite, on s’est arrêté au Château Frontenac, et alors que nous nous enthousiasmions sur un truc superbe, j’ai taquiné Julie en lui demandant de prendre une photo.

C’était plutôt rigolo comme situation, car pour la première fois depuis longtemps, ma conjointe allait enfin comprendre à quel point ça peut impliquer plusieurs responsabilités d’être la personne qui a un téléphone.

Pour ceux et celles qui lisent régulièrement cette chronique, la comparaison que je m’apprête à faire risque d’en surprendre plus d’un, mais être la personne dans la gang qui a un téléphone intelligent, c’est un peu comme être le gars dans la famille qui a un gros pick-up. En d’autres mots, même si tout le monde passe leur temps à faire des commentaires sur votre gros pick-up, ils finissent toujours par vous appeler un jour pour vous demander « juste un petit service parce que c’est un plus gros meuble que je pensais ».

En fait, plus j’y pense, plus la comparaison me semble appropriée. Alors que vous pouvez essuyer 10 commentaires cinglants lors d’un souper de famille juste parce que vous avez voulu vérifier un truc rapido sur votre téléphone, 10 minutes plus tard, c’est vers vous que tout le monde va se tourner quand ça sera le temps de prendre une photo de groupe.

Or, il y a une chose que les non-propriétaires de téléphones intelligents ignorent, et c’est là probablement le plus grand pouvoir d’un propriétaire de téléphone. Ce pouvoir, il s’appelle « Désolé je n’ai plus de batterie sur mon téléphone ». Alors, si jamais vous tenez absolument à avoir une photo de votre prochain souper de famille, faites bien attention à ce que vous direz aux propriétaires de téléphone intelligent. Une batterie de téléphone se vide si rapidement!