L’entreprise Beyond Meat distribue depuis 2016 de la viande, des saucisses et l’équivalent de lanières de poulet sous le slogan «Le futur de la protéine».

Bouffer le futur

CHRONIQUE / Ce soir-là, on s’était organisés avec ma maman pour qu’elle garde notre Charlot afin de s’offrir une soirée en amoureux. Le plan était plutôt simple : on allait manger une bonne bouffe au restaurant, et puis, on irait voit 1991, le tout dernier film de Ricardo Trogi.

Mais une fois rendu au souper, on a réalisé qu’on n’avait pas du tout envie de passer deux heures au resto à constamment vérifier l’heure afin de ne pas manquer notre film, car à l’origine, le but du projet était davantage axé sur le fait de passer du temps agréable ensemble et d’aller au cinéma.

Alors hop, Julie m’a proposé d’aller essayer cette viande du futur au A & W, la fameuse Beyond Meat, et l’idée contrastait tellement avec le genre de souper que nous avions en tête que ça m’a séduit. Et puis, comme je vous avais déjà parlé de cette viande de synthèse faite à partir de plantes il y a quelques années déjà, j’étais très curieux de goûter à une de mes chroniques qui s’était finalement matérialisée.

Maintenant, je vais être bien franc avec vous, mais en tant que gars pas tant végétarien que ça – mais beaucoup moins carnivore qu’auparavant –, j’ai littéralement buzzé sur cette viande du futur. J’imagine être la millionième personne à vous le dire, mais si vous me foutiez cette boulette de viande du futur dans un burger sans même m’avertir, je ne crois pas que je serais en mesure de m’en rendre compte. En d’autres mots, j’avais vraiment l’impression de bouffer le futur.

Évidemment, comme je suis un grand fan de science-fiction, ça m’a aussi un peu foutu la trouille par la suite. Ça va certainement vous sembler complètement débile, mais je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à des trucs comme Soleil Vert. Vous savez, ce film où Charlton Heston se rend compte à la fin que la bouffe est faite à partir de cadavres d’humains ?

Ç’a mijoté comme ça dans ma tête pendant quelques jours, puis samedi dernier, j’ai décidé, à la dernière minute, de dévier vers le centre-ville pendant ma marche afin de voir de mes yeux le karaoké sur un balcon qui était organisé par l’ami Sam Gingras et sa bande du Café du Clocher. C’est là que j’ai fait la rencontre de Gab, ex-membre d’Arvida Crew que je connais depuis quelques années. De fil en aiguille, on a discuté du fait qu’il soit végétarien. Sans grande surprise, on a fini par parler de la viande du futur.

« C’est complètement hallucinant de voir à quel point la population était prête à faire le saut vers cette viande, s’est enthousiasmé Gab. Mais le truc qui me fait chier dans tout ça, c’est que ce sont les mêmes compagnies qui ont saccagé la planète en faisant de l’élevage agressif qui vont s’en mettre plein les poches en nous vendant cette nourriture du futur. Checke ben ça, McDonald’s va acheter l’autre grand producteur de viande de synthèse pour faire un switch végétarien total et quand on va tous être dans la marde, McDo va se péter les bretelles de nous sauver la vie avec sa viande du futur. »

Certes, c’est là un autre scénario qui semble sorti tout droit d’un film avec Charlton Heston, mais au rythme où sont allées les choses au cours de la dernière décennie, même les théories les plus surréalistes m’apparaissent maintenant plausibles, et là, qu’on se comprenne bien : je vous parle ici des théories d’anticipation et non des trucs débiles comme de penser que la Terre est plate.

J’ose croire que pour la suite des choses, on finira bien par la voir se dessiner au fil des prochaines années, mais en attendant, ça me redonne quand même espoir de constater que la science est parvenue à créer un truc sain qui pourrait éventuellement remplacer la viande, et ce, sans gâcher le plaisir gustatif de qui que ce soit.

Il y a deux ou trois ans à peine, je m’étonnais d’oser vous dire qu’il était envisageable qu’un jour, nous finissions par adopter collectivement une alimentation végétarienne afin de freiner la destruction de nos ressources. Aujourd’hui, j’y crois de plus en plus. Or, s’il y a une chose dont je suis certain, c’est qu’une fois de plus, tout ça est essentiellement une autre histoire de fric.