En 2009, le docteur Richard Guimond avait procédé à l’accouchement de sa petite-fille Maïka à minuit 35 dans la nuit du 1er janvier, étant alors le premier bébé de l’année dans la région. Pour la photo, il avait remis la petite à sa mère, sa belle-fille Julie St-Hilaire. Richard Guimond avait également donné naissance au dernier bébé de l’année, son petit-fils Mathis le 31 décembre!

Bonne retraite, Dr Goldfinger

CHRONIQUE / Je suis peut-être le gars le plus nul en ville pour garder en mémoire des visages, mais ce type, même si je ne l’avais rencontré qu’une seule fois dans ma vie, et ce, il y a presque dix ans, je l’ai tout de suite reconnu.

Je me souviens même que la veille où j’avais croisé ce gars, on avait mangé du baloney et de la purée de pommes de terre et de légumes.

Ce jour-là, celui où on avait mangé du baloney, Julie était arrivée à la maison et elle s’était installée à côté de moi sur le divan pour me dire qu’elle venait de rencontrer son médecin et qu’elle attendait un appel. Comme ce n’était pas encore « le temps », je me rappelle très bien que je m’étais braqué, puis elle m’avait aussitôt rassuré en me disant que c’était justement pour éviter qu’une malchance finisse par se produire.

Un peu avant qu’on prépare le souper, le téléphone avait sonné et on savait alors que ce serait dernier notre repas. Du moins, notre dernier repas avant que notre « nouvelle vie » débute.

Le lendemain, au début de la matinée, nous étions là dans le stationnement de l’hôpital et Julie avait demandé qu’on prenne une photo. D’ailleurs, je vous raconte ça et j’imagine que cette photo est sûrement là quelque part dans une des armoires de la maison. C’est très chouette qu’on ait pris le temps d’immortaliser ce moment.

Et puis, quand on est arrivé dans la salle, tout est allé très vite. On a dû faire comme tout le monde. On blaguait pour montrer qu’on n’avait pas du tout la trouille, même si en fait, on n’avait jamais été autant terrorisés.

Et c’est là que le type dont je vous parlais est arrivé.

Maintenant, je vais vous avouer que ça m’avait beaucoup impressionné que ce soit lui qui entre dans la salle. Le truc, c’est que comme j’avais accompagné Julie dans plusieurs de ses rendez-vous, les médecins parlaient souvent de ce mystérieux docteur Goldfinger et dès la première fois que j’avais entendu son nom, ça avait déjà marqué considérablement mon imaginaire. Alors de le voir enfin apparaître devant nous, ça m’avait donné le même genre de surprise que lorsqu’on regarde un film et que pendant deux heures, on vous parle d’un personnage qu’on n’est pas censé voir et coup de théâtre, le voilà qui rapplique.

Je crois que c’était une infirmière qui m’avait expliqué qu’on l’appelait le docteur Goldfinger, parce qu’une de ses spécialités, c’était qu’il arrivait pratiquement toujours à déclencher les accouchements grâce à son doigté magique.

Comme de raison, c’était justement ce qui était arrivé. Le gars avait enfilé un gant en latex, puis en deux temps trois mouvements, il nous confirmait que Julie accoucherait dans les prochaines heures.

Il n’avait pas tort d’ailleurs, car un peu avant la fin de l’après-midi, voilà que notre fils Charlot allait voir le jour. Je revois encore le docteur Goldfinger, tentant de ne pas trop faire voir son sourire triomphant, tenir notre fils dans ses mains en me faisant signe de prendre les ciseaux pour couper son cordon ombilical. Moi, je ne pigeais plus rien, car étant donné qu’on n’avait pas eu le temps de suivre les cours de préparation à l’accouchement, je croyais que c’était seulement dans les films que les parents coupaient ça.

Dans les minutes qui ont suivi, alors que je m’émerveillais devant notre fils avec des infirmières, j’ignorais que le docteur Goldfinger était en train de littéralement sauver la vie de mon amoureuse.

Ce n’est qu’une fois la « crise » terminée qu’il m’avait informé qu’il avait eu la trouille de perdre Julie. Mais bon, cette mésaventure avait presque fait son bonheur, car le seul médicament qui était parvenu à stopper l’hémorragie dont Julie souffrait, c’était un produit qu’il s’obstinait à garder en stock depuis des décennies, même si on lui disait sans cesse que c’était un médicament obsolète. On lui aura donné raison.

Alors hop, quand j’ai vu dans le journal de la semaine dernière que le docteur Richard Guimond prenait sa retraite, je l’ai tout de suite reconnu. Comment oublier le visage du gars qui a mis au monde votre fils et qui a sauvé la vie de votre amoureuse.

J’imagine qu’on est des milliers à avoir son visage gravé à jamais dans notre mémoire.

Bonne retraite à vous, Dr Goldfinger !