Joël Martel
Le Quotidien
Joël Martel

Au milieu du film

CHRONIQUE / Je vais franchir la barre des 40 ans dans moins d’un mois et pour vous dire vrai, ça me donne un peu la même impression que lorsqu’on est au cinéma et que le film est commencé depuis une heure.

Je suis donc là, à repenser à l’heure qui vient de passer et je me dis que ça aurait été quand même pratique de jeter un coup d’oeil sur Internet avant de me pointer au cinéma, juste question de savoir combien de temps le film allait durer et en quoi ça consisterait au juste.

Pour être bien franc avec vous, plus le temps passe et plus j’ai l’impression d’être dans une espèce de comédie dramatique. En d’autres mots, on rit la plupart du temps, mais il y a toujours un drame ou une épreuve ici et là pour vous rappeler que la meilleure façon de bien savourer la vie, c’est de rencontrer parfois quelques embûches afin de vous faire apprécier les bouts où ça roule plutôt rondement. Je sais, c’est très classique comme structure et comme message pour un film, mais bon, je ne l’écris pas tout seul ce long-métrage.

D’ailleurs, même si je sais bien peu de choses de ce film dont je suis le héros, le fait que je sois à quelques jours de franchir le cap de l’heure, ça me dit au moins que dans mon cas, peu importe ce qui se produira dans les prochaines scènes, j’aurai au moins hérité d’un long-métrage. Et puis bonne nouvelle, ça ne semble pas être le mauvais remake d’un autre film.

Il y a quand même plusieurs trucs chouettes que je retire de mon expérience de visionnement jusqu’ici.

Par exemple, plus le film avance et mieux j’arrive à comprendre les films des autres. Un jour, on se rend compte qu’un film qu’on avait toujours perçu comme une simple comédie cachait en fait un drame épouvantable qui ne pouvait être digeste qu’en le parsemant ici et là de quelques rires gras.

Même chose pour certains films qui nous semblaient destinés à être visionnés par un soir d’Halloween alors qu’en réalité, il s’agit de l’histoire d’une pauvre âme en peine qui n’a jamais eu la moindre chance au cours de son film et qui en est venue à commettre des actes désespérés.

Le truc, c’est que si on prend bien le temps de regarder attentivement son propre film en tentant de prendre un peu de recul, on peut finir par en apprendre sur celui des autres. On se rend compte qu’on a souvent pris des décisions qui ont certainement dû faire rager de colère les spectateurs dans la salle, tandis qu’il y a eu des longs bouts où on se croyait seul au monde alors que sans même qu’on puisse s’en douter, les mêmes spectateurs avaient le visage inondé de larmes, admirant notre courage et notre volonté à s’en sortir.

Cet exercice plutôt bizarre par moment nous aide aussi à comprendre pourquoi on n’est pas toujours un héros dans les films des autres où on apparaît, et ce, même si on y joue le même personnage que dans notre film à nous.

Mais bon, on aura beau décortiquer chaque scène, appuyer sur pause pour porter attention aux moindres détails et même tenter de remonter le tout pour mieux comprendre, il n’en demeure pas moins qu’on en revient toujours à finir par se reposer sans cesse la même question : « Qu’est-ce qu’il essaie de me raconter mon film ? »

Ironiquement, tout ça est à la fois très enivrant et bien désespérant, car dès qu’on a vu quelques films au cours de sa vie, on sait tous que généralement, c’est dans le dernier bout que tout finit par s’expliquer.

Est-ce que tout ce qui vient de se passer n’était qu’une longue mise en bouche afin de préparer une dernière heure tout en feu d’artifice ? Ou est-ce qu’on est dans l’histoire de quelqu’un qui attend un truc alors qu’il ne s’est jamais rendu compte que ça s’était produit sous ses yeux depuis le début ?

Et puis hop, est-ce qu’on a vraiment envie de prendre le risque d’aller se chercher un autre popcorn ou d’aller au petit coin, question de bien profiter du reste de la projection ? D’un coup que c’est un bordel de film qui dure 2 h 30, ça serait plutôt con de s’en priver.