Chroniques

Ces xénophobes repentis

CHRONIQUE / Il y a quelques années de cela, de bons amis à moi avaient produit une espèce de documentaire web qui rassemblait diverses vidéos xénophobes de Québécois en beau maudit. Vous savez, ces vidéos où un type part dans une envolée aux arguments trop souvent bancals alors qu’il se filme avec son téléphone sur le siège avant de sa voiture?

Le court documentaire intitulé Le visage de la peur, qui est d’ailleurs toujours disponible sur la défunte, mais ô combien légendaire plateforme trouble.voir.ca, mettait donc en lumière cette montée des discours haineux (et généralement très confus) à l’égard de la communauté musulmane, et ce, en réaction à la controverse de 2015 entourant le vote voilé. Oui oui, je sais, j’ai pensé la même chose que vous: on tourne décidément en rond.

Chroniques

Ces journaux existent encore

CHRONIQUE / On ne les cachait peut-être pas, mais ils n’étaient jamais rangés en évidence. Du moins, ils ne se trouvaient jamais dans la pile avec les autres journaux.

En fait, chaque fois que j’en vois un, la première chose qui me revient en tête, c’est le chalet de mon oncle Raynald aux Passes. J’ai souvenir qu’ils étaient dans une boîte et ça me fascinait de voir toutes ces tronches pas fréquentables qui faisaient chaque semaine la une. Quant à mes cousins un peu plus vieux que moi, c’était davantage la section du centre qui les fascinait et disons que j’ai fini par comprendre pourquoi, une fois arrivé à l’adolescence.

Chroniques

Le tricycle de Bertrand

CHRONIQUE / Il s’appelait Bertrand et à peu près tout le monde le connaissait. Il faut dire qu’il n’était pas très difficile à manquer avec son gros tricycle.

Je vous mentirais si je vous disais que je l’ai bien connu, car en ce qui me concerne, ma relation avec Bertrand se limitait pas mal à de joyeuses salutations chaque fois qu’on se croisait dans la rue, mais bon, à tous les coups, son grand sourire me procurait une bonne dose de bonne humeur.

JOËL MARTEL

Le songe d’un travail d’été

CHRONIQUE / Quand je pense à l’été, je revois la banquette arrière de la Dodge Omni de ma maman. Je me souviens qu’il faisait chaud. Nous roulions sur le rang Mélançon vers le chalet de la Dam-en-Terre et j’étais là à tenter de compter les montagnes de pitounes à côté de l’usine Price. À la radio, il y avait cette chanson qui jouait sur le AM et une autre journée d’été remplie d’aventures m’attendait.

J’ai aussi souvenir de ces soirées chaudes où je m’aventurais sur le petit balcon de notre appartement. Au loin, je pouvais entendre la télé qui diffusait Beau et Chaud et il y avait tous ces gens qui déambulaient joyeusement vers les deux dépanneurs du coin pour aller s’acheter des clopes et des bières.

Joël Martel

Le sous-sol de la médiocrité

CHRONIQUE / C’est comme un flash qui est resté là. Juste devant, il y a toute cette montagne de souvenirs trop lointains pour que je puisse les identifier, mais ça, je le vois. Pas complètement, mais j’arrive quand même à distinguer de quoi il s’agit.

Ce souvenir, c’est moi, à 3 ou 4 ans. Je suis là au milieu d’un stationnement et je me suis accroché à un des blocs jaunes en ciment qui servent à tenir des panneaux de signalisation. C’est un matin de semaine et il y a toutes ces voitures qui passent à côté de moi et je suis là à pleurer désespérément.

Joël Martel

Je juge, tu juges, nous jugeons !

CHRONIQUE / Je ne suis probablement pas le pire en la matière, mais je dois quand même m’en confesser : il m’arrive de juger les gens.

C’est plutôt fou quand on y pense, car trop souvent, on se base sur un ou deux éléments pour se faire une idée des gens qui vivent autour de nous et pourtant, nous serions les premières personnes à nous indigner si nous apprenions avoir eu droit au même sort.

Joël Martel

Entre réalité et science-fiction

CHRONIQUE / Jusqu’à tout récemment, j’étais convaincu que nous avions tous convenu que la Terre était ronde. Dans ma tête, c’était un dossier réglé depuis longtemps duquel nous n’aurions plus jamais à débattre. Or, il suffit de fouiller quelques instants sur le web pour découvrir qu’en fait, il existe de plus en plus de gens qui sont convaincus du contraire.

Ici, nul besoin d’avoir la tête à Papineau pour déduire que la propagation de telles croyances est notamment attribuable à une moins grande présence de la science dans l’espace public.

Chroniques

Combien de V-Bucks ça coûte?

CHRONIQUE / Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé de cryptomonnaie et bien que je sois un mordu de technologie, je vais devoir vous avouer que je ne pige que dalle dans tout ça.

D’ailleurs, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, ça m’a « miné » le moral pendant un bout de temps de ne pas m’être davantage intéressé à cette nouvelle économie, car comme bien d’autres internautes, j’ai encore souvenir de cette époque où un Bitcoin valait quelques dollars seulement, alors qu’au moment d’écrire ces lignes, un Bitcoin vaut 9893 $.

Joël Martel

L'art de chercher le trouble

CHRONIQUE / Alors, qu’est-ce que ça va sentir dans Charlevoix ?

C’est que voyez-vous, avec le G7 qui s’y tiendra dans les prochains jours, c’est comme si le destin avait décidé d’aligner les planètes afin que ce soit plus facile que jamais d’énerver les plus grands dirigeants du monde, et ce, sans même faire quoi que ce soit d’illégal.

D’ailleurs, j’ai de plus en plus l’impression que les personnes qui sont derrière l’organisation du G7 sont des plaisantins qui sont parvenus à s’infiltrer et qui tentent subtilement de crinquer la population.

Je vous dis ça, car voilà qu’Affaires mondiales Canada a demandé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec de prier les agriculteurs de ne pas épandre de fumier entre le 1er et le 9 juin afin de ne pas déranger le bien-être des grands dirigeants de la planète qui seront dans le secteur au cours de la fin de semaine prochaine.

En toute honnêteté, je vous écris ça et j’ai l’impression d’inventer une nouvelle débile pour un site de fausses nouvelles.

C’est qu’en premier lieu, le simple fait d’effectuer une telle demande, c’est comme si un patron s’invitait à souper chez son employé à qui il donnait constamment des claques en arrière de la tête et que juste avant d’arriver chez lui, il l’appelait pour lui dire : « Ah ! Et en passant, ne mets surtout pas de cachous dans ton pesto parce que je suis intolérant et ça va me donner un foutu mal d’estomac pendant deux jours. »

Entre vous et moi, si j’étais le gars en question qui recevait toujours des claques en arrière de la tête, il n’y a aucun doute que je servirais du pesto avec des cachous à mon patron. C’est comme si on vous offrait la chance de vous venger au moins une fois dans votre vie, et sur un beau plateau d’or en plus.

Alors hop, que feront nos amis les agriculteurs de Charlevoix ?

La question peut évidemment sembler amusante, et même futile à la limite, mais en ce qui me concerne, c’est la question qui m’obsède le plus quant au G7.

Ce qui est encore plus hilarant dans tout ça, c’est que même avec tout l’argent du monde, si un type à 2 kilomètres de vous décide d’épandre du fumier, vous ne pourrez tout simplement rien y faire, car à la différence de l’argent, le fumier, lui, a une odeur et elle est inévitable. En fait, tout ce que l’argent peut faire pour vous quand ça pue, c’est de vous prendre un billet d’avion et de prendre la poudre d’escampette.

En fait, plus j’y pense et plus je n’arrive pas à trouver une seule raison qui pourrait encourager les agriculteurs à faire autrement que d’épandre leur fumier cette semaine, et ce, spécialement pour le bonheur des participants du G7.

C’est légal et en plus, c’est essentiel, étant donné que la date limite des semis de La Financière agricole est le 15 juin.

Je vous le dis, c’est comme si le gars des vues avait besoin de voir un film dans lequel les plus grands dirigeants de la planète devaient endurer une odeur de merde pendant une fin de semaine. 

Bien entendu, vous me direz qu’entre accorder de l’importance à cela plutôt qu’aux enjeux dont il sera question lors du G7, ça relève de l’enfantillage, mais quand les personnes au pouvoir prennent des décisions dangereuses tout en nous les présentant comme si nous étions des gamins qui ne comprenaient rien à rien, ne serait-ce pas là un juste retour des choses de les mettre au parfum de ce que nous pensons trop souvent de leurs décisions ?

Mais bon, ce qui est le plus ironique dans tout ça, c’est que si Affaires mondiales Canada avait évité de faire une telle requête, le pire des scénarios aurait été qu’un ou quelques agriculteurs décident d’épandre du fumier avant ou pendant la tenue du G7. Mais avec cette histoire de requête, peu importe les réelles motivations des agriculteurs, on interprètera le moindre épandage comme un geste de désobéissance civile. C’est à croire que les dirigeants n’ont vraiment pas besoin d’ennemis avec des organisateurs de la sorte.

Joël Martel

La naissance d'une fausse nouvelle

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines de cela, mon amoureuse m’a annoncé une terrible nouvelle. Celle-ci concernait nos nouveaux voisins à qui nous n’avons pratiquement jamais parlé, et ce, malgré notre tentative à l’époque d’aller à leur rencontre peu après qu’ils aient déménagé.

Voilà donc que la rumeur racontait que la jeune fille de nos voisins était malade et que c’était pour cette raison que la maison semblait inhabitée depuis quelques semaines.

Évidemment, quand on a nous-mêmes un ou des enfants, une telle nouvelle a l’effet d’un coup de poing dans la poitrine étant donné qu’on ne souhaiterait jamais une telle chose à qui que ce soit.

Pour être franc avec vous, même si je ne pourrais pas reconnaître mes nouveaux voisins si je les croisais à l’épicerie, chaque fois que je passais devant leur maison, j’avais une pensée pour eux en souhaitant que ceux-ci s’en sortent bien.

Puis, peu après qu’on ait appris la terrible nouvelle, ma conjointe s’était donné comme mission de faire installer des signalisations dans le quartier afin de rappeler aux automobilistes de rouler prudemment, étant donné le nombre croissant d’enfants dans le secteur.

Julie s’est donc informée auprès de la Ville afin de savoir les démarches à faire pour que son projet se concrétise et suite à cela, elle a fait le tour du quartier afin d’amasser des signatures pour ensuite déposer sa demande.

Maintenant, vous savez comment c’est lorsqu’on fait une tournée du genre dans le quartier. Les personnes qu’on connaît plus ou moins finissent par nous demander où on habite précisément et de fil en aiguille, on potine en demandant quelques infos qui piquaient notre curiosité jusqu’ici. 

D’ailleurs, il faut croire que l’absence prolongée de nos nouveaux voisins s’était fait remarquer par le voisinage, car bien des gens se demandaient où ils étaient passés. Julie a donc fait ce que tout le monde aurait fait dans une telle situation et elle a prudemment avancé qu’elle avait eu vent d’une rumeur racontant que leur petite fille était malade, sans pouvoir donner davantage de détails.

Après cela, on peut déjà imaginer qu’une bonne partie du quartier a commencé à ressentir la même chose que moi en passant devant leur maison. 

Alors ça a duré comme ça pendant quelques semaines, puis la semaine dernière, voilà que le projet des panneaux de signalisation de Julie s’est concrétisé. Toutefois, la vie étant une grande adepte de l’ironie, des signalisations sont apparues un peu partout dans le quartier, sauf à l’endroit précis où elle souhaitait qu’on en installe, c’est-à-dire devant la maison de nos nouveaux voisins, là où est situé l’arrêt d’autobus des enfants de notre secteur. Quelques jours après cela, nos amis Daniel et Mélanie étaient venus nous rendre visite afin de voir de leurs yeux notre nouveau chien Billy et pendant que nous discutions ensemble, on a entendu du bruit en provenance de la maison de nos nouveaux voisins.

Comme le père de Mélanie est aussi leur voisin, celle-ci a demandé à Julie si elle avait eu des nouvelles de nos nouveaux voisins, puis Julie a dit: « J’aurais presque envie d’en profiter pour leur demander si ça va. »

Mélanie a alors répliqué: « Oui, s’il te plaît. On veut savoir. T’as juste à leur dire qu’on s’inquiète pour eux et qu’on voulait savoir si tout est sous contrôle. » Alors hop, Julie est partie chercher les informations à la source et à son retour, elle semblait plutôt dépassée. Il s’agissait de membres de la famille de nos nouveaux voisins qui étaient venus chercher des trucs et quand Julie leur a demandé des nouvelles, ceux-ci lui ont répondu qu’en fait, ils étaient partis en voyage pour une durée de trois mois.

En apprenant cela, j’ai bondi de surprise: « Ben voyons, ça venait d’où cette nouvelle de merde là comme quoi leur fille était malade ».

Et puis c’est là que Mélanie m’a appris que ça venait de son père. En fait, il avait juste émis cette théorie après avoir constaté leur absence prolongée et ladite théorie s’était progressivement transformée en nouvelle.

Alors vous saurez maintenant comment ça peut prendre vie, une fausse nouvelle.