Chroniques

Tristan et Les Bebittes

CHRONIQUE / Tout a vraiment débuté par un fou rire et pour vous dire vrai, je suis d’avis que tout devrait toujours débuter par un fou rire.

C’était une autre de ces soirées où je marchais dans les rues désertes d’Alma, mais cette fois-là, je m’étais donné comme défi de mettre des mots et des mélodies sur de vieilles musiques instrumentales de mon cru que je traînais depuis quelques années.

Et puis hop, une idée m’est venue soudainement à l’esprit et l’instant d’après, j’étais là à rire tout seul en déambulant, impatient d’aller tester dans mon petit studio la petite trouvaille qui venait de surgir dans ma tête.

Cette trouvaille, c’était une chanson digne de ces vieilles comptines qu’on nous apprenait quand on était gamin et elle avait comme sujet les insectes, ou si vous préférez, les bebittes.

Après ça, c’est allé très vite. J’ai « lancé » la chanson sur le Web et quelques jours plus tard, j’apprenais à ma grande surprise que certaines radios commerciales la jouaient. Le rêve d’un vieil auteur-compositeur-interprète vous dites? Absolument.

Puis, au début de l’été, j’avais été invité à me produire sur scène lors de la première édition de La Noce et alors que je m’apprêtais à partir avec ma blonde et mon fils Charlot en direction de Chicoutimi, j’ai reçu ce message de Josée, la cofondatrice de Clowns thérapeutiques Saguenay.

Je me revois encore à ce moment-là, installé derrière le volant, alors qu’on venait tout juste de faire le plein et que je m’apprêtais à mettre la voiture en marche. J’ai lu rapidement le message et la seconde d’après, je fondais en larmes devant le regard inquiet de ma blonde et de mon fils. 

Le truc, c’était que Josée venait de m’apprendre que Tristan Boily était parti et ainsi, elle souhaitait me faire savoir que ma chanson Les Bebittes l’avait accompagné dans son combat ultime contre la maladie, et ce, même après qu’il ait rendu son dernier souffle. Le jeune garçon de Jonquière avait été emporté, à l’âge de huit ans, par une rechute du cancer.

Tout d’un coup, cette chanson qui m’avait semblé jusqu’ici tout simplement rigolote venait de prendre une tout autre portée. 

Alors, quelques heures après avoir pris connaissance du message de Josée, j’étais là sur scène devant un public hilare et enthousiaste et quand fut venu le moment d’interpréter Les Bebittes, j’avais cette impression d’être dans une bulle complètement à part du reste du monde. 

Les mois ont suivi et chaque fois que j’interprétais Les Bebittes sur scène, je repensais à Tristan et même si je n’avais pas eu la chance de le connaître, c’était comme si quelque chose d’invisible m’unissait à lui et pour vous dire la vérité, j’en étais honoré.

Puis, il y a quelques semaines, Josée m’a contacté pour me demander si j’acceptais d’aller interpréter Les Bebittes lors d’une soirée-bénéfice pour Clowns thérapeutiques Saguenay. Ce soir-là, on adresserait un hommage à la mémoire de Tristan et ma mission serait de remettre le sourire sur le visage des spectateurs. 

Alors voilà, mercredi soir, j’étais là dans la petite loge à côté de la scène et pendant que j’entendais le clown interprété par Josée chanter une chanson à vous broyer le coeur de par sa beauté, j’attendais mon « cue » pour monter sur scène, luttant contre les larmes qui semblaient bien décidées à envahir mes yeux.

Je suis ensuite monté sur scène, j’ai chanté en jetant quelques regards à mon acolyte Boca et ça m’a semblé durer 10 secondes et c’était fini.

Après cela, un homme est venu à ma rencontre dans la petite loge et il s’est présenté: c’était Mario, le père de Tristan. On s’est pris dans nos bras et j’ai pleuré un petit moment. 

Mario m’a ensuite parlé de Tristan qui aimait écouter Les Bebittes en boucle chaque fois qu’il devait se rendre à l’hôpital.

J’ai pleuré encore.

Et puis je ne sais comment, mais on a fini par rigoler à nouveau. 

« Hey Mario, tu sais quoi? J’aimerais ça qu’on se revoit un de ces quatre. Devenons amis! », que j’ai lancé avec enthousiasme.

Autour de nous, il y avait tous ces clowns thérapeutiques qui assistaient à la scène et c’est là que j’ai réalisé que chaque petit fou rire est le début de quelque chose d’autre.

Joël Martel

Ascenseur en panne

CHRONIQUE / Il y a quelques mois de ça, j’étais au cinéma avec mon beau Charlot et à cette époque, j’étais encore terrassé par cette satanée vertèbre déplacée. Cela dit, je le suis encore à l’occasion, mais ça n’a rien à voir avec les chocs électriques qui me traversaient la colonne vertébrale au moindre faux mouvement, et Dieu sait que malhabile comme je suis, je m’y connais en faux mouvements.

Alors voilà, lorsque nous étions rentrés dans la salle, il y avait ce père avec ses deux enfants qui étaient installés à proximité de l’entrée et c’est par la suite que j’ai réalisé que l’homme était en fauteuil roulant. Le gars avait probablement mon âge et je le trouvais très cool d’être là au cinéma avec ses deux enfants alors que moi, qui ne souffrais que d’un virulent mal de dos, j’avais hésité à sortir de la maison.

Puis, à la sortie du cinéma, je l’ai vu emprunter le petit ascenseur destiné aux personnes à mobilité réduite et pour vous dire vrai, c’était plutôt touchant de voir le regard de ses enfants qui s’illuminait en voyant leur père monter à destination.

Si je vous raconte ça, c’est qu’en tant qu’individu qui ne souffre pas d’un handicap physique, cette scène m’avait fait réaliser à quel point on oublie facilement que nous ne partageons vraiment pas tous la même réalité. Pour nous, les gens qui peuvent se déplacer sans difficulté, un escalier de quelques marches ne nous apparaît jamais comme un obstacle. Or, dans le cas contraire, le même escalier peut devenir tout un problème de logistique. 

À titre d’exemple, voilà qu’il y a quelques semaines, ma belle-mère s’était rendue dans une salle de spectacle d’Alma dont je tairai le nom (comme s’il y en avait un million) et pour l’occasion, elle accompagnait un jeune homme qui doit se déplacer en fauteuil roulant.

Mais voilà qu’au moment d’entrer dans la salle, ils réalisent tous les deux que l’ascenseur réservé aux personnes à mobilité réduite n’est pas fonctionnel. On doit donc réunir quelques employés afin d’aider à transporter le fauteuil roulant jusqu’à un emplacement à cet effet dans la salle et tout le monde garde son calme, car des bris, ce sont des choses qui arrivent.

Puis, quelques semaines plus tard, ma belle-mère retourne voir un spectacle avec le même jeune homme et une fois de plus, l’ascenseur n’est pas en fonction. 

Et juste pour ajouter au malheur, pour une raison que j’ignore, voilà que notre jeune homme se retrouve contraint de quitter la salle avant la fin du spectacle et ainsi, le simple fait de s’en aller devient tout un cauchemar de logistique. 

Maintenant, je pourrais me lancer dans une grande envolée où je vous dirais que c’est inacceptable qu’un établissement appartenant à la Ville d’Alma fasse preuve de négligence quant à ses installations destinées aux personnes à mobilité réduite, mais qui sait, peut-être qu’il n’y a qu’un réparateur en service dans la région et que celui-ci est débordé. En fait, peut-être suis-je candide et naïf, mais je suis convaincu que tout cela ne relève aucunement de la mauvaise foi.

Mais bon, comme j’aime essayer de tirer du positif de ces histoires, je me dis que dans tout ça, il y a heureusement des gens qui sont venus en aide à ce garçon afin de pallier le problème. Vous riez, mais j’ai déjà été témoin de situations où des gens feignaient littéralement d’ignorer une personne à mobilité réduite qui, visiblement, avait besoin d’un tout petit coup de pouce.

Et sinon il y a ceux qui veulent aider, mais qui sont dangereux, comme cet ami qui avait aidé un type en fauteuil roulant à monter une côte et une fois rendu en haut, il lui avait souhaité une bonne journée, ne s’apercevant pas que le pauvre gars s’apprêtait à dévaler ladite côte. Heureusement, l’autre ami qui m’a raconté l’histoire s’en était aperçu lui.

Ici, ça va peut-être vous sembler un peu mielleux comme conclusion, mais il reste que c’est lorsqu’on s’entraide qu’on fait de notre monde un endroit où il fait bon y vivre.

Et qui sait, peut-être que la prochaine fois que vous aurez le dos barré, ça sera un gars en fauteuil roulant qui vous aidera à récupérer vos clés qui seront tombées sur le sol.

Joël Martel

François, Roi du Bongo

CHRONIQUE / Il était souvent là sur la scène, souvent un peu en retrait, jamais sous le « spotlight », mais on pouvait entendre ses bongos et ses percussions, et même s’il était légèrement dans la pénombre, on pouvait voir briller son regard à la fois solennel et amusé.

Ici, je serais de mauvaise foi d’oser prétendre que je le connaissais très bien, mais j’oserais quand même dire que c’était un ami. En donnant des coups sur son bongo, François contribuait, à sa manière, à faire battre le cœur de la scène culturelle régionale. On le voyait souvent se pointer le bout du nez, même dans les concerts à des endroits improbables. Visiblement, ce n’était pas un truc qui semblait grandement le déranger.

Et puis hop, quand c’était vous qui aviez occupé la scène ce soir-là, c’était toujours très cool de le voir s’approcher lentement vers vous et l’entendre dire, avec sa voix douce et grave : « C’était ben bon ! On sent que vous avez du fun. » D’ailleurs, je me limite à vous dire ce que moi je savais de lui, mais je me souviens aussi qu’il était souvent du genre à s’impliquer dans de nombreux trucs pour la justice sociale. Je sais aussi qu’il était un père et un amoureux. Et évidemment, l’ami de bien des amis et amies.

Maintenant, j’imagine que vous avez tout pigé depuis un bon moment, mais bon, François est décédé. Je l’ai appris à la sauce 21e siècle, c’est-à-dire entre un statut rigolo et la nouvelle photo de profil Facebook d’un ami. 

Voici une blague, voici ma nouvelle photo et hop, en passant, François, il est mort. Et voici une publication commanditée et une photo de mon chien. Alors voilà, je voulais qu’il existe encore un peu ici dans ces lignes.

À plus, Roi du Bongo !

***

Puisqu’on parle de ceux qui s’en vont, la semaine dernière, je vous racontais l’histoire de Roméo, ce chat orange qui mettait de la vie dans le quartier et qui laisse maintenant orphelins tous les rebords de fenêtre du voisinage. Tout d’abord, je tenais à remercier les lecteurs et les lectrices qui m’ont fait part de leurs histoires à eux, concernant la disparition d’un animal. Certes, c’est un sujet qui peut sembler bien anodin, mais pour ceux et celles qui ont partagé un moment de leur vie avec ces animaux, elles signifient toutes quelque chose qui va bien au-delà de la simple anecdote.

Mais bon, ce n’est pas du tout là que je souhaitais en venir avec tout ça.

Le truc, c’est qu’en faisant plus ample connaissance avec Michel, le maître de feu Roméo, ça m’a fait prendre conscience à quel point on vivait trop souvent chacun dans notre bulle. D’ailleurs, la dernière fois où l’ami Judes m’avait rendu visite ici pour venir me prêter une pile de magazines tous plus intéressants que l’autre, il m’avait parlé de son fils qui vivait à Montréal tout en me disant : « Personne ne se connaît là-bas. Mon gars reste là depuis quelques années et il ignore le nom de ses voisins. Moi, à la fin de la journée où je suis arrivé chez lui, je savais déjà tout ça. »

Puis, voyant que son histoire m’amusait, il m’avait défié en me disant : « Pis toi, tu le sais-tu comment que tes voisins s’appellent ? »

C’est plutôt choquant, car deux ans avant cela, j’aurais pu fièrement répondre par un « oui » bien assuré, mais depuis que madame Pauline et monsieur Hubert sont partis, je n’ai aucune idée de qui sont mes nouveaux voisins. À noter qu’ici, j’emploie « nouveaux » pour m’apaiser la conscience, car ça fait quand même deux étés qu’on vit à quelques mètres de distance seulement.

C’est con, parce qu’avec ma mauvaise mémoire des visages, je pourrais très bien croiser mon « nouveau » voisin à l’épicerie et ignorer complètement que c’est lui. Il faut quand même savoir qu’à l’arrivée des « nouveaux » voisins, on avait tenté une première approche, mais comme ils étaient débordés dans leur aménagement, nous n’avions finalement pas eu la chance de leur parler et puis hop, deux ans se sont passés. Ça va vite la vie.

Pas grave, je demanderai à Cédrick, notre plus « nouveau » voisin, de s’occuper des présentations un de ces quatre.

Joël Martel

Pas le bon temps pour une crise cardiaque

Je vous dis ça comme ça, mais on ne vit vraiment pas à la meilleure époque pour se claquer une bonne vieille crise de coeur à la maison. Ici, vous serez certainement plusieurs à me faire remarquer qu’il n’y a tout simplement pas de bon moment ou de bonne époque pour subir un arrêt cardiaque, mais croyez-le ou non, il y a des moments pires pour ça et visiblement, c’en est un à l’heure actuelle.

Vous doutez de ce que je vous dis?

Eh ben, allez vous promener quelques minutes sur les réseaux sociaux et juste pour le plaisir, faites une recherche avec le mot-clic #àcausedebarrette.

Je peux vous en passer un papier qu’après avoir visionné deux ou trois récits d’ambulanciers, vous n’oserez plus ouvrir un sac de patates chips avant un bon moment et vous contournerez même le coin de rue du prochain Poulet Frit Kentucky, de peur que la graisse dans l’air vous rentre par le nez pour vous bloquer les artères.

Parce que ce truc de mot-clic, c’est une campagne de sensibilisation initiée par les ambulanciers afin de dénoncer l’inaction du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Grosso modo, vous y verrez donc des ambulanciers et des ambulancières qui vous expliquent leur réalité de travail et entre vous et moi, ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit dans les films. D’ailleurs, c’est pas moi qui le dis, mais un vrai ambulancier.

Dans une des vidéos, on voit donc cet ambulancier de Lanaudière qui nous explique que les manques de budgets font en sorte qu’en guise de GPS, lui et ses collègues doivent utiliser des cartes routières. Oui oui. Et là, je vous rappelle qu’on ne parle pas ici d’un roadtrip à l’ancienne où on décide de balancer nos téléphones mobiles par la fenêtre et qu’on fout dans le système de son le mp3 de Life is a Highway en criant « wouhou ». De fait, c’est plutôt dommage que ça ne soit pas ça, car voyez-vous, quand notre pauvre ambulancier nous présente ses cartes avec lesquelles il travaille, certaines datent même du milieu des années 90. On se comprendra que c’est très cool de se perdre au hasard dans des routes qui ont changé de nom et des chemins qui ont été réaménagés dans les vingt dernières années, mais là, le but du voyage, c’est généralement de sauver un type qui dégobille du sang entouré de sa famille en état de panique.

Mais là où c’est plutôt difficile de ne pas avoir la trouille, c’est lorsqu’on comprend ce qu’impliquent les fameux horaires de faction.

De ce que j’ai cru comprendre, on vous impose un horaire de type 7/14. En d’autres mots, pendant 7 jours entiers, vous êtes sur appel et quand on a besoin de vous, vous avez cinq minutes pour vous rendre à la caserne d’ambulances et une fois que vous êtes arrivés, l’ambulance peut enfin partir à la rescousse.

Ça donne donc des situations absurdes comme cette pauvre dame en détresse respiratoire, un cas de priorité un, qui devra poireauter près de 8 minutes avant l’arrivée des ambulanciers alors que sa demeure est située à quelque chose comme 2 minutes de la caserne.

Ici, comme je ne suis pas spécialiste en la matière, je ne m’avancerai pas dans des statistiques, mais mon petit doigt me dit quand même que de tels horaires ont certainement fait en sorte qu’on a échappé quelques personnes ici et là en cours de route.

Maintenant, vous me pardonnerez mon humour noir, mais je serais curieux de savoir ce qui arriverait en premier si on appelait l’ambulance pour un cas de crise de coeur et qu’au même moment, on se commandait du poulet ou de la pizza.

Mais ce qui me sidère le plus dans tout ça, c’est qu’avec tous ces chiffres et toute cette bureaucratie qui servent trop souvent à nous mettre de la poudre aux yeux, on oublie facilement qu’à la fin, ça concerne des vies.

Ça pourrait être vous demain soir après que vous vos soyez étouffé avec un vulgaire grain de pop-corn. Ça pourrait être votre meilleur ami dont le coeur flancherait soudainement. Ça pourrait être votre enfant qui est tombé dans la piscine.

Mais bon, qu’est-ce qu’on en à branler de la santé tant que la Mort se contente de nous faire de l’oeil au loin?

Joël Martel

Brassons un peu le jus de poubelles

CHRONIQUE / Alors hop, Saguenay est à nouveau plongé dans un psychodrame et cette fois-ci, si la population s’entredéchire, c’est en raison de ses poubelles.

Donc grosso modo, voilà que la population se trouve au grand carrefour du compost et elle devra faire un choix. En premier lieu, on propose donc des bacs bruns pour le compost qui feraient en sorte qu’on ramasserait les poubelles une fois par mois, tandis que les détritus organiques et décomposables envoyés au compost seraient ramassés toutes les semaines pendant l’été et aux deux semaines pendant l’hiver.

Sinon, on propose aux citoyens de placer leurs détritus organiques dans des sacs spéciaux qui seraient triés par un robot et, dans ce cas, la collecte des déchets continuerait à se produire au même rythme qu’auparavant.

Ici, je serais habituellement tenté de vous dire que la décision appartient aux gens de Saguenay et qu’à la fin, qu’est-ce que je peux bien en avoir à cirer de vos poubelles, moi, l’habitant des lointaines contrées du Lac-Saint-Jean ? Or, je vais quand même me permettre de brasser le jus de fond de poubelles avec un bâton, question de faire ressortir le doux fumet de vos détritus en putréfaction afin de vous rappeler que les déchets du Saguenay, c’est nous qui en héritons à notre site d’enfouissement à Hébertville.

D’ailleurs, faudrait bien un jour qu’on m’explique comment vous êtes arrivés à oublier de prévoir un emplacement pour enfouir vos déchets. Une chose est certaine, Saguenay est sans aucun doute le top en matière d’exportations. Mais bon, trêve de plaisanteries, voilà qu’une bonne partie de la population est en colère parce qu’on leur imposera le compostage, ce truc autrefois strictement réservé à ceux qu’on qualifiait de « frencheux d’arbres » ou « d’enverdeurs ».

Évidemment, quand on ne connaît pas trop ça, le premier réflexe qui nous vient en tête quand on entend que les poubelles passeront à une fréquence d’une fois par mois, c’est un truc du genre : « Mais bordel, ça va puer ! » Je le sais, car le premier été ici à Alma où on a commencé à collecter les déchets aux deux semaines, je vais vous avouer qu’en tant que gars qui a une peur bleue des vers blancs, j’ai frissonné un peu. Et puis vous savez quoi ? Oui c’est dégueulasse quand il fait chaud et ça l’est encore plus quand vous avez le malheur d’oublier une seule fois de placer votre gros bac vert à la rue, car justement, vous en aurez pour un mois à endurer le parfum pestilentiel des vieux steaks BBQ de la Saint-Jean alors que les vacances de la construction tirent à leur fin.

Or, ce qu’on propose à Saguenay, c’est ce qu’on pourrait appeler une version améliorée.

Car voilà que dans ce scénario, vos vieux steaks BBQ de la Saint-Jean-Baptiste, ils vont partir de votre terrain au plus tard dans une semaine. Idem pour votre restant de salade de chou. Et tous ces trucs qui puent parce qu’ils pourrissent. 

Quant à votre poubelle, elle risque de se sentir très has-been avec le compostage, car ses belles années de popularité où elle était LA place la plus branchée pour les déchets seront maintenant derrière elle.

Je vous dis ça, car une fois qu’on a mis les trucs qui pourrissent à part et que les trucs qui devaient aller au recyclage ont été triés, à moins que tout ce que vous achetiez soit emballé dans de la styromousse, ça ne fait plus beaucoup de poubelles.

Certes, on ne se le cachera pas, entre trier ses poubelles et voler comme Superman, y a un des deux trucs qui semble plus amusant. Oui, c’est chiant de trier ses déchets, mais ce n’est pas comme si les poubelles relevaient d’un comité des loisirs.

Et enfin, à ceux et celles qui trouvent qu’on nous enfonce tout ça dans la gorge et que ça va trop vite, je serais tenté de vous dire que le jour où les changements climatiques feront en sorte que vous subirez chaque année des inondations, vous aurez beau dire à Dame Nature que ça va trop vite pour vous, croyez-moi, elle s’en tapera autant que de son premier anticyclone.

Il est peut-être déjà trop tard. On pourrait au moins essayer d’arriver avant que ça finisse, non ?

Joël Martel

«Sua sauce» de chialage

Il y a quelques années de cela encore, j’étais un maudit bon chialeux.

Je me souviens que chaque matin en lisant mon journal, j’avais le « chialoïde » (un muscle à l’intérieur du cerveau qui est grandement sollicité chaque fois que vous vous choquez à propos d’un sujet) tellement développé que si on me l’avait demandé, j’aurais pu partir sur une série interminable de montées de lait jusqu’au coucher du soleil.

Je vous le dis, j’étais littéralement « sua sauce » du chialage. En d’autres mots, j’étais l’équivalent du gars au gym qui sent les stéroïdes tellement qu’il en prend, sauf que moi, au lieu de lever des poids, j’élevais la voix et je partais sur un sujet qui m’enrageait.

Une nouvelle sur une décision du gouvernement ? Et je partais pendant 10 minutes, expliquant pourquoi ça n’avait « don’ pas de sens ».

Et puis hop, si j’avais le malheur de voir passer un truc à propos du show-business ou du dernier scandale de la semaine, je pouvais repartir encore pour 20 minutes à m’écouter sortir des arguments pas si solides que ça.

Puis, les blogues ont fait leur apparition, et un jour, j’ai réalisé que la polémique, non seulement ça créait de l’action, mais en plus, ça attirait l’attention de plusieurs personnes qui, jusque-là, n’avaient jamais montré le moindre signe d’intérêt quant aux réflexions que je partageais.

D’ailleurs, c’était plutôt insidieux, car c’est là le genre de choses qu’on réalise inconsciemment, mais qui nous amène toutefois à poser des gestes pourtant conscients.

Au fil du temps, ma plume a fini par susciter l’intérêt d’un média qui m’avait offert un blogue qui était hébergé sur leur site officiel. Pour le jeune aspirant chroniqueur que j’étais, c’était alors ce qu’on pouvait appeler la consécration. 

Chaque jour, je scrutais les moindres nouvelles dans l’actualité à la recherche d’un sujet qui me donnerait le jus nécessaire afin de pondre un texte incendiaire qui attirerait le lectorat et causerait ainsi un grand choc d’idées, et tout ça, pour mon propre intérêt, car qui dit chroniqueur polémiste, dit chroniqueur prometteur.

Ç’a plutôt bien fonctionné pendant quelques semaines jusqu’à ce qu’un jour, où un lecteur m’a laissé un commentaire qui allait changer bien des choses. Ici, vous me pardonnerez de le paraphraser, mais grosso modo, l’internaute me faisait savoir qu’il était bien navré de voir un jeune esprit à la bonne plume (c’est pas moi qui ai dit ça, je vous jure que c’est lui) verser dans la démagogie.

L’instant d’après, je fouillais dans le dictionnaire (pour les jeunes lecteurs, c’est une vieille façon raffinée de dire qu’on a googlé quelque chose) afin de découvrir le sens exact du mot « démagogie », et puis, j’étais alors traversé par un double choc électrique.

Le premier choc, c’était évidemment de reconnaître ma façon de faire dans cette définition. Pour vous dire vrai, ça m’avait donné la même impression que cette fois où j’avais pris ma douche à l’hôtel et qu’il y avait ce grand miroir dans la salle de bain. J’avais été surpris par mon propre reflet, et comme je n’avais pas anticipé de me voir, je ne m’étais pas rentré la bedaine, et ça m’avait fait réaliser que j’allais devoir m’y mettre.

C’était le même genre de frayeur qui m’avait habité, car ce que je voyais ne correspondait pas à la perception que je souhaitais que les autres aient de moi.

Quant au deuxième choc, il était intimement lié au premier choc, car qui sommes-nous pour marteler notre vision du monde si on doit googler la définition de démagogie ?

Je m’en veux sincèrement de ne pas avoir mémorisé le nom de l’internaute qui m’avait dit cela, car cet homme est responsable, dans une certaine mesure, du chroniqueur que je suis devenu ensuite. 

Aujourd’hui, mon « chialoïde » est sclérosé à un point tel que je devrais me contenter de participer aux Paralympiques de l’Opinion. Mais vous savez quoi ? Quand je vois les champions de l’opinion qui scorent jour après jour, je le sais qu’ils sont « sua sauce ».

Joël Martel

Chatouillé par la mort

CHRONIQUE / Ça commence comme on dit.

En fait, c’était commencé depuis le début, mais là, ça commence de plus en plus et en toute logique, un moment donné, ça ne sera même plus en train de commencer parce que ça va être décollé solide.

Mais qu’est-ce qui peut bien commencer comme ça, me demanderez-vous ? C’est que voyez-vous, les morts dans le journal ont de plus en plus mon âge. Ça m’a frappé il y a quelques semaines quand j’ai vu ce gars avec qui j’étais allé au secondaire. Il se donnait toujours des airs de dur à cuire en baissant sa voix d’un ton ou deux et fouillez-moi pourquoi, mais il aimait bien qu’on sache tous qu’il se passionnait pour l’histoire des nazis et de Hitler. 

Personnellement, ça me faisait marrer plus que d’autres choses, parce que je voyais bien que ce gars-là aurait été le premier à tenter d’empêcher un vrai nazi d’entrer dans la classe, mais bon, si je m’en rappelle toujours après 20 ans alors que je ne suis même pas foutu de pouvoir dire en quelle année j’ai fini mon bac à l’université, ça a dû me marquer d’une certaine façon.

Alors hop, par un beau jour, j’ai vu que le gars était mort, mais j’ignore de quoi. J’ai fait comme on fait toujours quand quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis longtemps ou que quelqu’un qu’on connaissait plus ou moins meurt et je suis allé voir son profil Facebook. Au début, on se dit que peut-être qu’un message laissé par un de ses amis nous donnera un indice sur la cause de sa mort. Puis, on se dit que ses dernières publications nous mettront peut-être la puce à l’oreille. Et puis arrive ce grand moment où ça nous frappe et qu’on se dit : « Il n’est plus là pour toujours. »

Je vais être bien franc avec vous, ce n’était pas la première fois qu’une connaissance de mon âge mourait, mais cette fois-ci, fouillez-moi pourquoi, ça m’a vraiment rentré dedans. C’était un peu comme si la mort m’avait chatouillé pour me rappeler qu’un jour ou l’autre, ça serait mon profil Facebook que des curieux iraient visiter.

Alors évidemment, même si je n’y pensais pas de façon permanente, les réflexions à propos de la mort surgissaient ici et là, et ce, généralement quand j’étais justement en train de me dire un truc du genre : « On es-tu ben ? ». 

Puis, un jour ou deux après avoir appris la nouvelle concernent le décès de cet ancien camarade de classe, je m’arrête au dépanneur pour me dégotter du papier à rouler et il y a l’employée qui regarde le journal du côté client du comptoir. Alors qu’elle se dirige vers l’autre côté du comptoir pour aller à sa caisse, elle me lance : « C’est fou de ces temps-ci à quel point il y a du monde qui vont devoir se désabonner du journal. » Sur le coup, je ne comprends aucunement où elle veut aller avec ça et puis c’est là que je vois que le journal qu’elle consultait est demeuré ouvert à la page nécrologique.

Maintenant, j’ignore si j’ai récemment hérité d’un superpouvoir qui me permet de scanner rapidement la rubrique nécrologique afin d’identifier les morts qui ont presque mon âge, mais je peux vous passer un papier comme quoi ils étaient nombreux ce jour-là.

« Est-ce un signe que la vie m’envoie ? », que je me suis sérieusement demandé. Au moment d’écrire ces lignes, je peux au moins vous confirmer une chose et c’est que si la vie m’envoyait alors un signe, ce n’était pas à court terme en tout cas. Pour la petite histoire, j’en suis maintenant à souhaiter que ce n’était pas aussi à moyen terme.

Une chose est certaine, c’est que la vie est un cycle et cette fois-ci, elle a bien su me le prouver. Car voilà qu’après cette histoire du dépanneur, ça m’a rappelé l’époque où je travaillais à la bibliothèque et que je voyais tous ces usagers d’un certain âge qui empruntaient le journal afin de seulement survoler la section nécrologique. Du coup, ça m’a rappelé plein d’usagers que je n’avais pas vus depuis un bail, dont notamment Klaude Poulin, un ancien journaliste qui était très impliqué au sein de CKAJ.

Et puis hop, quelques jours plus tard, Johnny Beaudoin m’apprenait que monsieur Poulin était décédé.

Ça continue comme on dit.

Joël Martel

«T’es fou ou quoi?»

CHRONIQUE / Ça faisait quelques semaines que je connaissais Pierre-David, et chaque jour, il surgissait à la maison pour m’amener me promener avec lui en voiture. Souvent, on se stationnait à des endroits tranquilles comme l’ancienne source d’eau proche de l’usine Price, ou sinon, on glandait des heures dans le stationnement du Cégep d’Alma en écoutant des cassettes copiées.

Et puis hop, voilà qu’un jour, Pierre-David m’avait conduit jusqu’à sa maison à Métabetchouan.

Ses parents possédaient une ferme, et Pierre-David m’avait annoncé : « Martel, aujourd’hui, j’vas te faire conduire des tracteurs. »

Peut-être est-ce en raison du tabac de course que nous avions fumé, mais je dois vous avouer que je n’ai aucun souvenir de moi qui ai conduit un tracteur ce jour-là. Or il y a un truc qui m’a marqué à vie.

Ça devait faire une trentaine de minutes qu’on se baladait dans les champs sur un VTT quand soudainement, Pierre-David a arrêté son véhicule pour me faire signe de ne plus faire de bruit.

L’instant d’après, Pierre-David sortait sa carabine, et puis boum, la tête d’une petite marmotte qui se tenait debout sur un piquet de clôture a littéralement éclaté devant mes yeux. C’était comme dans les dessins animés quand les yeux du coyote lui sortent de la tête, sauf que là, c’était pas marrant du tout.

Maintenant, peut-être que c’est moi qui suis une petite nature, mais je peux vous passer un papier qu’un caméléon aurait été jaloux de voir à quel point je pouvais passer rapidement du rose au blanc.

« Bordel ! T’es fou ou quoi ? », que j’ai lancé en tentant de ne pas dégobiller.

Et puis Pierre-David m’a expliqué qu’il n’avait pas le choix de chasser ces satanées marmottes qui saccageaient les champs.

Si je vous raconte ça, c’est que ce jour-là, ça avait été la première fois que j’avais été directement témoin d’une mort par arme à feu. Jusque-là, j’avais déjà entendu des détonations et vu des gens tirer, mais ça avait toujours été sur des cibles inanimées. 

Là, ça n’avait beau être qu’une vulgaire marmotte, ce truc respirait et me voyait quelques centièmes de seconde avant que sa tête n’éclate devant mon regard horrifié.

En fait, quand j’y repense, ce qui m’avait le plus choqué, c’était que je réalisais alors que les armes, c’est pas comme dans les films.

Certes, ça peut sembler con, mais dans les films, on voit le gars qui affiche toute l’assurance du monde avec son arme dans les mains, et puis, quand il tire, il y a ce gros « boum » viril qui vous chatouille les oreilles, et généralement, on va voir le pauvre type qui a été atteint s’écrouler au sol, et c’est fini. 

Mais dans la vraie vie, le « boum », il n’est pas viril. Il vous glace plutôt le sang. Et au lieu de vous chatouiller les oreilles, c’est un uppercut qu’il vous fait.

Et la victime, elle ne tombe pas gracieusement au ralenti avec une musique d’opéra en arrière-plan. Ce n’est pas un ballet, mais une danse du bacon bien dégoulinante.

Et une fois que c’est fini, ça continue. Il n’y a pas de caméra pour filmer ailleurs ou nous amener vers l’action suivante. 

Et puis, est-ce vraiment utile de le préciser, mais dans une tuerie comme celle qui s’est produite à Parkland, en Floride, cette semaine, ce ne sont pas des personnages secondaires unidimensionnels qui sont tombés sous les balles, mais des jeunes avec des vraies vies, des vraies familles et des vraies rêves.

Or, les tueries se multiplient à un point tel du côté des Américains que désormais, on n’a même plus le temps de toutes leur accorder une couverture médiatique.

Toutes ces vies fauchées se résument à un total comparable à celui d’un score de jeu vidéo, et puis, si on n’a pas battu un des scores précédents, on se contentera de vous en parler dans un entrefilet.

Il y a 20 ans, la planète avait pratiquement arrêté de tourner au lendemain de la tuerie de Columbine. Aujourd’hui, alors que 17 personnes ont perdu la vie en Floride, on soupire en ajoutant un X de plus dans la colonne, et nous prenons bien le soin de laisser un espace vide, car nous savons tous qu’il y aura d’autres X.

Et c’est bien là malheureusement la seule chose dans tout ça qui ressemble à du cinéma : on continue à produire des suites. 

Chronique

Une histoire de patins

CHRONIQUE / La semaine dernière, je sentais que mon amoureuse semblait habitée par un certain stress.

Et puis, un soir, alors qu’on discutait des trucs à faire lors des prochains jours, Julie m’explique que nous allions devoir trouver des patins pour notre Charlot.

C’était donc ça, le petit stress.

Alors hop, le lendemain, Julie retrouve les « vieux » patins de Charlot, et après les avoir essayés quelques minutes, il nous confirme qu’ils sont trop petits.

Soudainement, je sens que le «stressomètre» est reparti de plus belle.

Comme la sortie scolaire de Charlot est prévue pour le lundi suivant et que nous sommes vendredi, on peut maintenant dire que c’est une question d’heures.

Puis, je vois apparaître un statut Facebook de mon amoureuse qui demande à ses contacts si quelqu’un n’aurait pas une paire de patins à vendre ou à donner.

Et juste un peu plus tard, je surprends mon amoureuse en train de répondre à une petite annonce concernant des patins pour enfant.

Décidément, Julie a décidé de remporter ce combat et elle a sorti l’artillerie lourde de la maman : la détermination.

Dans les heures qui suivent, j’aperçois Julie en train de survoler les circulaires à la recherche d’une vente de patins, mais en vain.

Pendant ce temps, le «stressomètre» poursuit son ascension.

C’est alors que votre humble serviteur décide de lancer au hasard : « On pourrait aller voir au marché aux puces ».

L’instant d’après, je ressens fort probablement la même chose qu’Albert Einstein a ressentie lorsqu’il a présenté pour la première fois sa célèbre formule devant un collègue.

Oui oui, mon idée relevait visiblement du pur génie.

Alors, on part en famille au marché aux puces, et comme dans un film, il y a cette paire de patins à l’entrée du magasin sur une petite tablette sur laquelle est inscrit : « À donner ».

On les fait donc essayer à Charlot, et notre petit bonhomme est définitif : ce sont ces patins-là qu’il veut, et ils lui font à merveille.

On rentre alors quand même dans le marché aux puces pour lui faire essayer les autres modèles, mais décidément, la seule paire qui convient à ses pieds est celle qui était à donner.

Puis, comme la sortie scolaire est prévue pour le lendemain, on décide donc d’aller voir à la patinoire de l’O.B.L. (stade Saint-Sacrement) si Charlot sera à l’aise avec ses « nouveaux » patins, et quelques minutes plus tard, on voit bien à son allure triomphante que la partie est gagnée.

Moi, je suis là à l’observer, complètement ébloui, parce que voyez-vous, le patinage, c’est tout en haut de la liste des trucs que je ne suis jamais arrivé à faire.

Et puis, c’est une bonne chose que Julie et Charlot me fassent vivre ça, car jusqu’ici, l’atmosphère des patinoires m’avait toujours donné la poisse.

D’ailleurs, alors que je regardais Charlot enlever ses patins, tout en nous confiant à quel point il était satisfait de ceux-ci, il y a ce vieux souvenir qui a ressurgi dans ma mémoire.

Je devais avoir environ l’âge que Charlot a actuellement, et c’était justement lors d’une sortie scolaire à la patinoire de l’O.B.L. Il y avait tous ces enfants de mon âge qui filaient gracieusement sur la glace, et moi, j’étais là à ne même pas être capable d’avancer d’un millimètre, et c’est à ce moment qu’une question était apparue dans mon esprit : « Mais bordel, qu’est-ce qui cloche avec moi ? »

Ce que j’ignorais alors, c’est que cette question m’habiterait pour les trente prochaines années au moins.

Puis, Julie m’a sorti de mes rêveries en lui demandant de l’aider à détacher les lacets des patins de Charlot.

Mais alors que nous étions dans la voiture et que nous revenions triomphalement à la maison, voilà que Charlot nous lance comme ça : « Monsieur Patrick, mon prof d’éduc, il est vraiment gentil. Il a dit que les élèves qui n’auraient pas de patins, il leur en prêterait. »

Ici, je vous laisse imaginer le regard que j’ai lancé à Julie, puis le fou rire qui a suivi en pensant à tout ce stress qui avait été généré inutilement pendant la semaine.

Et puis, la fin, vous vous en doutez, c’est que le lundi, la sortie scolaire a été reportée.