Joël Martel

Je juge, tu juges, nous jugeons !

CHRONIQUE / Je ne suis probablement pas le pire en la matière, mais je dois quand même m’en confesser : il m’arrive de juger les gens.

C’est plutôt fou quand on y pense, car trop souvent, on se base sur un ou deux éléments pour se faire une idée des gens qui vivent autour de nous et pourtant, nous serions les premières personnes à nous indigner si nous apprenions avoir eu droit au même sort.

Joël Martel

Entre réalité et science-fiction

CHRONIQUE / Jusqu’à tout récemment, j’étais convaincu que nous avions tous convenu que la Terre était ronde. Dans ma tête, c’était un dossier réglé depuis longtemps duquel nous n’aurions plus jamais à débattre. Or, il suffit de fouiller quelques instants sur le web pour découvrir qu’en fait, il existe de plus en plus de gens qui sont convaincus du contraire.

Ici, nul besoin d’avoir la tête à Papineau pour déduire que la propagation de telles croyances est notamment attribuable à une moins grande présence de la science dans l’espace public.

Chroniques

Combien de V-Bucks ça coûte?

CHRONIQUE / Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé de cryptomonnaie et bien que je sois un mordu de technologie, je vais devoir vous avouer que je ne pige que dalle dans tout ça.

D’ailleurs, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, ça m’a « miné » le moral pendant un bout de temps de ne pas m’être davantage intéressé à cette nouvelle économie, car comme bien d’autres internautes, j’ai encore souvenir de cette époque où un Bitcoin valait quelques dollars seulement, alors qu’au moment d’écrire ces lignes, un Bitcoin vaut 9893 $.

Joël Martel

L'art de chercher le trouble

CHRONIQUE / Alors, qu’est-ce que ça va sentir dans Charlevoix ?

C’est que voyez-vous, avec le G7 qui s’y tiendra dans les prochains jours, c’est comme si le destin avait décidé d’aligner les planètes afin que ce soit plus facile que jamais d’énerver les plus grands dirigeants du monde, et ce, sans même faire quoi que ce soit d’illégal.

D’ailleurs, j’ai de plus en plus l’impression que les personnes qui sont derrière l’organisation du G7 sont des plaisantins qui sont parvenus à s’infiltrer et qui tentent subtilement de crinquer la population.

Je vous dis ça, car voilà qu’Affaires mondiales Canada a demandé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec de prier les agriculteurs de ne pas épandre de fumier entre le 1er et le 9 juin afin de ne pas déranger le bien-être des grands dirigeants de la planète qui seront dans le secteur au cours de la fin de semaine prochaine.

En toute honnêteté, je vous écris ça et j’ai l’impression d’inventer une nouvelle débile pour un site de fausses nouvelles.

C’est qu’en premier lieu, le simple fait d’effectuer une telle demande, c’est comme si un patron s’invitait à souper chez son employé à qui il donnait constamment des claques en arrière de la tête et que juste avant d’arriver chez lui, il l’appelait pour lui dire : « Ah ! Et en passant, ne mets surtout pas de cachous dans ton pesto parce que je suis intolérant et ça va me donner un foutu mal d’estomac pendant deux jours. »

Entre vous et moi, si j’étais le gars en question qui recevait toujours des claques en arrière de la tête, il n’y a aucun doute que je servirais du pesto avec des cachous à mon patron. C’est comme si on vous offrait la chance de vous venger au moins une fois dans votre vie, et sur un beau plateau d’or en plus.

Alors hop, que feront nos amis les agriculteurs de Charlevoix ?

La question peut évidemment sembler amusante, et même futile à la limite, mais en ce qui me concerne, c’est la question qui m’obsède le plus quant au G7.

Ce qui est encore plus hilarant dans tout ça, c’est que même avec tout l’argent du monde, si un type à 2 kilomètres de vous décide d’épandre du fumier, vous ne pourrez tout simplement rien y faire, car à la différence de l’argent, le fumier, lui, a une odeur et elle est inévitable. En fait, tout ce que l’argent peut faire pour vous quand ça pue, c’est de vous prendre un billet d’avion et de prendre la poudre d’escampette.

En fait, plus j’y pense et plus je n’arrive pas à trouver une seule raison qui pourrait encourager les agriculteurs à faire autrement que d’épandre leur fumier cette semaine, et ce, spécialement pour le bonheur des participants du G7.

C’est légal et en plus, c’est essentiel, étant donné que la date limite des semis de La Financière agricole est le 15 juin.

Je vous le dis, c’est comme si le gars des vues avait besoin de voir un film dans lequel les plus grands dirigeants de la planète devaient endurer une odeur de merde pendant une fin de semaine. 

Bien entendu, vous me direz qu’entre accorder de l’importance à cela plutôt qu’aux enjeux dont il sera question lors du G7, ça relève de l’enfantillage, mais quand les personnes au pouvoir prennent des décisions dangereuses tout en nous les présentant comme si nous étions des gamins qui ne comprenaient rien à rien, ne serait-ce pas là un juste retour des choses de les mettre au parfum de ce que nous pensons trop souvent de leurs décisions ?

Mais bon, ce qui est le plus ironique dans tout ça, c’est que si Affaires mondiales Canada avait évité de faire une telle requête, le pire des scénarios aurait été qu’un ou quelques agriculteurs décident d’épandre du fumier avant ou pendant la tenue du G7. Mais avec cette histoire de requête, peu importe les réelles motivations des agriculteurs, on interprètera le moindre épandage comme un geste de désobéissance civile. C’est à croire que les dirigeants n’ont vraiment pas besoin d’ennemis avec des organisateurs de la sorte.

Joël Martel

La naissance d'une fausse nouvelle

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines de cela, mon amoureuse m’a annoncé une terrible nouvelle. Celle-ci concernait nos nouveaux voisins à qui nous n’avons pratiquement jamais parlé, et ce, malgré notre tentative à l’époque d’aller à leur rencontre peu après qu’ils aient déménagé.

Voilà donc que la rumeur racontait que la jeune fille de nos voisins était malade et que c’était pour cette raison que la maison semblait inhabitée depuis quelques semaines.

Évidemment, quand on a nous-mêmes un ou des enfants, une telle nouvelle a l’effet d’un coup de poing dans la poitrine étant donné qu’on ne souhaiterait jamais une telle chose à qui que ce soit.

Pour être franc avec vous, même si je ne pourrais pas reconnaître mes nouveaux voisins si je les croisais à l’épicerie, chaque fois que je passais devant leur maison, j’avais une pensée pour eux en souhaitant que ceux-ci s’en sortent bien.

Puis, peu après qu’on ait appris la terrible nouvelle, ma conjointe s’était donné comme mission de faire installer des signalisations dans le quartier afin de rappeler aux automobilistes de rouler prudemment, étant donné le nombre croissant d’enfants dans le secteur.

Julie s’est donc informée auprès de la Ville afin de savoir les démarches à faire pour que son projet se concrétise et suite à cela, elle a fait le tour du quartier afin d’amasser des signatures pour ensuite déposer sa demande.

Maintenant, vous savez comment c’est lorsqu’on fait une tournée du genre dans le quartier. Les personnes qu’on connaît plus ou moins finissent par nous demander où on habite précisément et de fil en aiguille, on potine en demandant quelques infos qui piquaient notre curiosité jusqu’ici. 

D’ailleurs, il faut croire que l’absence prolongée de nos nouveaux voisins s’était fait remarquer par le voisinage, car bien des gens se demandaient où ils étaient passés. Julie a donc fait ce que tout le monde aurait fait dans une telle situation et elle a prudemment avancé qu’elle avait eu vent d’une rumeur racontant que leur petite fille était malade, sans pouvoir donner davantage de détails.

Après cela, on peut déjà imaginer qu’une bonne partie du quartier a commencé à ressentir la même chose que moi en passant devant leur maison. 

Alors ça a duré comme ça pendant quelques semaines, puis la semaine dernière, voilà que le projet des panneaux de signalisation de Julie s’est concrétisé. Toutefois, la vie étant une grande adepte de l’ironie, des signalisations sont apparues un peu partout dans le quartier, sauf à l’endroit précis où elle souhaitait qu’on en installe, c’est-à-dire devant la maison de nos nouveaux voisins, là où est situé l’arrêt d’autobus des enfants de notre secteur. Quelques jours après cela, nos amis Daniel et Mélanie étaient venus nous rendre visite afin de voir de leurs yeux notre nouveau chien Billy et pendant que nous discutions ensemble, on a entendu du bruit en provenance de la maison de nos nouveaux voisins.

Comme le père de Mélanie est aussi leur voisin, celle-ci a demandé à Julie si elle avait eu des nouvelles de nos nouveaux voisins, puis Julie a dit: « J’aurais presque envie d’en profiter pour leur demander si ça va. »

Mélanie a alors répliqué: « Oui, s’il te plaît. On veut savoir. T’as juste à leur dire qu’on s’inquiète pour eux et qu’on voulait savoir si tout est sous contrôle. » Alors hop, Julie est partie chercher les informations à la source et à son retour, elle semblait plutôt dépassée. Il s’agissait de membres de la famille de nos nouveaux voisins qui étaient venus chercher des trucs et quand Julie leur a demandé des nouvelles, ceux-ci lui ont répondu qu’en fait, ils étaient partis en voyage pour une durée de trois mois.

En apprenant cela, j’ai bondi de surprise: « Ben voyons, ça venait d’où cette nouvelle de merde là comme quoi leur fille était malade ».

Et puis c’est là que Mélanie m’a appris que ça venait de son père. En fait, il avait juste émis cette théorie après avoir constaté leur absence prolongée et ladite théorie s’était progressivement transformée en nouvelle.

Alors vous saurez maintenant comment ça peut prendre vie, une fausse nouvelle.

Chroniqueur du samedi

La piège de la file d'attente

CHRONIQUE / C’était un de ces midis où je m’étais rendu compte à la dernière minute qu’il manquait des trucs afin de préparer le dîner. Alors hop, je m’étais dépêché pour aller chercher ce qu’il nous manquait à l’épicerie, et, pour mon plus grand bonheur, la file devant la caisse rapide ne comprenait que deux personnes.

Or, voilà qu’au moment de me placer dans la file, je me rends compte que pendant tout le temps où j’avais parcouru à la vitesse de l’éclair les rangées de l’épicerie, la file de la caisse rapide n’avait même pas avancé d’une miette. 

En fait, en plus ne pas avoir avancé, la file s’était considérablement allongée, faisant en sorte que nous étions sept ou huit personnes à attendre patiemment.

La dame qui semblait avoir pris le monopole de la caisse s’est alors retournée et, après avoir confronté nos regards, elle a décidé de demander à la caissière de lui expliquer en détail le programme de récompense aux clients.

Je me suis alors contenté de fermer doucement les yeux en me disant intérieurement : « Bordel, c’est pas vrai ».

Mais quelques instants plus tard, voilà qu’une caissière arrive à la rescousse, et, après avoir bondi derrière une caisse, elle nous annonce que nous pouvons passer la voir.

La dame juste derrière moi saisit donc immédiatement l’occasion, et, tout en nous adressant un regard du genre « Bien joué pour vous bande d’idiots », voilà qu’elle quitte notre file qui était jusqu’ici solidaire pour aller voir l’autre caissière.

De toute évidence, tout le monde dans la file est en train de se poser les mêmes questions : « Est-ce que je reste dans cette file ou est-ce que je tente ma chance ? Et si c’était un piège ? »

Au même instant, juste pour ajouter un brin de confusion à nos questionnements, voilà que la dame qui se faisait expliquer le programme de récompense aux clients depuis une éternité ramasse ses sacs et quitte enfin la caisse.

La file est enfin en train d’avancer, mais au même moment, un homme arrive et se présente à l’espèce de comptoir où on se fait rembourser les bouteilles vides et tout le tralala. 

Nous, les gens de la file éternelle, on est tous là à le dévisager, et, si nous pouvions parler des yeux, notre regard dirait : « Toi mon pote, tu vas devoir prendre ton mal en patience, parce qu’on est tous ici dans cette file depuis la nuit des temps ».

Or, on a tout faux, parce que la caissière se dirige aussitôt vers lui, et c’est alors qu’il sort de son veston une enveloppe de Loto-Québec. Intérieurement, je me demande : « Bordel, le président des États-Unis se serait pointé à cette caisse, et on ne lui aurait même pas répondu avec autant d’empressement. »

On est donc tous là à regarder cet homme sortir ses milliers de billets et de formulaires, et décidément, avec un peu de chance, on sortira de cette épicerie avant la tombée de la nuit.

À notre gauche, la nouvelle file qui s’était créée quelques minutes auparavant avance à un rythme infernal. Quant à notre petite dame qui avait osé quitter la file éternelle, elle doit être chez elle depuis un bon moment, déjà à s’empiffrer des biscuits au chocolat qu’elle avait achetés.

La file éternelle est plus fragile que jamais, car on sent que l’homme derrière moi va bientôt flancher pour tenter sa chance auprès de la nouvelle file. Puis, après quelques hésitations, le voilà qui fait le grand saut.

Pour ma part, je tente de faire comme si de rien n’était, mais je ne peux pas m’empêcher de suivre sa progression dans la nouvelle file du coin de l’oeil. Et puis, juste pour ajouter à la mauvaise humeur qui a commencé à m’habiter, la nouvelle file avance toujours à un rythme infernal. 

C’est alors que tout va soudainement très vite. Le gars des billets de loto s’en va, puis le type juste devant moi paie ses oranges en moins de deux, et hop, c’est maintenant à mon tour. 

Comme je suis un gentleman, je pique un brin de jasette à la caissière pour lui démontrer que je sais très bien que cette file éternelle, ce n’est pas de sa faute. 

Et puis hop, c’est là que je me rends compte... que j’ai laissé mon porte-monnaie sur mon bureau à la maison.

Joël Martel

Un podcast de Noël... toute l'année

CHRONIQUE / Je dois vous avouer que ça fait plutôt bizarre d’écrire à propos de Noël alors que le printemps vient tout juste de se pointer le bout du nez.

Mais bon, j’ai une bonne raison de le faire, car je voulais vous faire découvrir quelques podcasts faits ici au Québec, et parmi ceux-ci, il y en a justement un qui se concentre spécialement sur Noël.

Évidemment, la proposition de produire à longueur d’année un podcast qui traite de Noël peut sembler un peu loufoque, mais croyez-moi, une fois qu’on commence à écouter ce balado, la première chose qui nous vient à l’esprit est un truc du genre : « Mais bordel, on n’a pas assez d’un mois dans l’année pour se parler de Noël ! »

Présenté par trois animateurs, qui ont tous leur champ de spécialisation quant à la fête du petit Jésus, le podcast Noël chez Isidore a fait son apparition il y a quelques semaines à peine, alors que nous attendions tous désespérément de voir survenir la fameuse tempête des poteaux, qui donnerait enfin le coup d’envoi au printemps.

À une fréquence d’un épisode aux deux semaines, on retrouve donc les coanimateurs Étienne Forest (gérant du duo humoristique Les Pic-Bois, chroniqueur à l’émission Des si et des rais et musicologue derrière le fascinant site Web Radio-Cochonneries), Sophie Croteau (collaboratrice à Des si et des Rais et véritable encyclopédie de Noël) ainsi que Simon Chénier (collaborateur à l’émission Les Mystérieux Étonnants et archiviste vidéo de Noël).

Pour chaque épisode, on s’amuse donc à décortiquer un sujet touchant Noël, et bien entendu, ça se fait toujours sur le ton de la camaraderie. 

À titre d’exemple, un épisode traite en partie d’un fameux spécial télévisé plutôt déprimant de 1988 qui était animé par Michel Louvain, et sinon, on y retrouve aussi un épisode complet qui est dédié à l’histoire de la chanson Santa Claus is Coming to Town.

Bref, ça vaut vraiment le détour, et j’imagine qu’au prochain Noël, mes nouvelles connaissances me feront voir différemment le temps des Fêtes.

Lecture à l’italienne

Toujours du côté des nouveautés intéressantes, qui proposent une formule plutôt inusitée, j’aimerais bien attirer votre attention à l’égard du nouveau podcast intitulé Les Télésouffleurs. Le concept, d’une simplicité désarmante, est vraiment intéressant. On réunit des comédiens et on leur fait faire une lecture à l’italienne d’un scénario tiré d’une série télévisée. Jusqu’ici, on a donc eu droit à un épisode où on faisait revivre un vieil épisode de la série Majeurs et vaccinés, et sinon, on a aussi pu entendre une relecture d’un vieil épisode des Simpsons. 

Toutefois, petit bémol comme ça, ce n’est pas le genre de podcast qu’on écoute en faisant autre chose, car ça demande quand même une certaine concentration afin de ne pas perdre le fil, étant donné qu’on n’a aucun repère visuel. Mais ça vaut vraiment l’investissement de temps.

Réflexion collective

Dans un tout autre registre, il ne faut surtout pas manquer le nouveau balado Radical, proposé par Ici Radio-Canada.

D’ailleurs, vous êtes probablement familier avec les artisans derrière ce balado, car il s’agit essentiellement de la même équipe qui nous avait offert les reportages de Corde sensible, où, comme le titre l’indique plutôt bien, on s’attaquait à des sujets qui ont souvent tendance à s’égarer dans des débats polémiques.

En ce qui concerne Radical, on baigne encore dans les mêmes eaux. Or, on ne va pas traiter de ces sujets dans le but de causer la polémique, mais bien de pousser plus loin la réflexion collective à cet effet.

Maintenant, soyez bien avertis : ce n’est pas le genre de balado qui rend jojo. On n’a qu’à penser à un épisode dans lequel l’animatrice et journaliste Marie-Ève Tremblay revient sur les circonstances dans lesquelles une de ses proches est décédée après avoir abandonné la médecine traditionnelle, et ce, au profit de la naturopathie. Et croyez-moi, ça donne vraiment la trouille de se dire que personne n’est à l’abri de tomber dans un tel engrenage.

Alors hop, voici le genre de trucs que j’écoute le soir en marchant. Sur ce, je vous souhaite d’y faire de belles découvertes !

Joël Martel

Le gars avec un barbe qui écoute du rock

CHRONIQUE / « Papa ! Maman ! On a tous dû se cacher, et là, j’ai eu le temps de courir jusqu’ici, mais on a vu un pédophile ! »

Charlot venait alors de rentrer en coup de vent dans la maison et était visiblement à bout de souffle.

Dans un film américain, le père aurait probablement bondi de sa chaise pour immédiatement aller s’enquérir de son fusil de chasse afin d’aller s’en prendre à ce prédateur, mais bon, ici, on est dans la vraie vie, alors j’ai pris le temps de finir de lire ce que je lisais, et puis après, j’ai demandé : « Comment ça ? Il vous a montré son pénis ou quoi ? »

Là, on a eu droit à un déluge de mots, mais de ce que j’ai cru comprendre, la new generation jouait à proximité du terrain de tennis, puis à un moment donné, un des enfants aurait affirmé qu’un homme qui était dans son pick-up blanc – je vous le jure, je vous invente pas ça – était pédophile.

L’instant d’après, les enfants auraient tous pris la fuite, cherchant désespérément un endroit pour se mettre à l’abri. Quant à mon fils, il aurait trouvé un banc de neige derrière lequel se cacher, puis il aurait couru jusqu’à la maison.

« O.K., mais votre pédophile, comment vous avez su qu’il était pédophile ? Est-ce qu’il a essayé de vous parler ou est-ce qu’il a fait quelque chose bizarre ? », que j’ai demandé, à la manière de l’inspecteur Patrick dans District 31.

« Non, mais tout le monde disait qu’il était pédophile, et le gars avait une barbe et écoutait du rock.»

Maintenant, je ne sais pas trop comment j’ai fait, mais je vous assure que je suis parvenu à ne pas éclater de rire. Le truc, c’est que lorsqu’on y pense, moi aussi, j’ai une barbe et j’aime bien écouter du rock.

Alors hop, on a fait comme les parents devraient faire. Du moins, j’imagine. On lui a dit qu’il avait bien fait d’être prudent et que dans l’éventualité où il se sentirait menacé, la première chose à faire était de se mettre à l’abri, et idéalement, de demander de l’aide auprès d’une personne de confiance.

Le lendemain, Charlot est reparti jouer avec sa gang au terrain de tennis, et bien que nous avions convenu avec lui qu’il devrait revenir prendre son bain à 18 h 45, vous devinerez que nous n’avions toujours pas de nouvelles de lui à 18 h 50. J’ai donc enfilé une veste et des souliers, et je suis parti faire le tour du quartier.

Entre-temps, Charlot était finalement revenu à la maison, et le pauvre était bien en peine. Grosso modo, il souhaitait jouer avec une amie un peu plus vieille, mais elle l’a rejeté sans raison. 

Idiot, 30 ans plus tard

Comme nous voulions lui faire comprendre qu’il n’avait pas à prendre ça sur lui et que c’était le genre de choses qui arrivaient à un certain âge, un vieux souvenir m’est revenu à l’esprit.

Je venais alors de déménager à Naudville, et il y avait une fille vraiment sympa qui s’appelait Valérie. Sa soeur était un peu plus vieille que nous, et pendant un moment, elle avait été amie avec ma soeur. Je crois qu’elle s’appelait quelque chose comme Isabelle.

Pendant un bon moment, Valérie et moi, on jouait ensemble tous les jours, et elle était vraiment gentille. Puis, un jour, ma soeur a voulu me taquiner en disant de Valérie que c’était ma blonde. Comme j’avais 8 ans à l’époque, ça m’avait complètement répugné de penser que des gens pouvaient croire que j’avais une blonde, et du jour au lendemain, je n’ai plus jamais reparlé à Valérie.

« Ç’a dû y faire de la peine ! », que mon amoureuse m’a fait remarquer après que j’aie raconté cette histoire à Charlot. Je peux vous dire que c’est un feeling plutôt bizarre de réaliser avec 30 ans de décalage qu’on a agi comme un idiot.

Puis, le soir venu, je repensais à toutes ces histoires de gamins, et en me revoyant mener mon enquête dans le quartier à interroger tous les enfants afin de savoir s’ils avaient vu Charlot, je me suis dit : « Bordel, ce soir, c’était moi, le gars avec une barbe qui écoute du rock ». 

Joël Martel

Devenu possédé!

CHRONIQUE / Je ne devrais peut-être pas vous raconter ça, mais bon, il faudra bien un jour que je vous le raconte. Allons-y. Le truc, c’est que chaque fois que je vous fais part d’une de mes résolutions, il arrive souvent que dans les jours qui suivent, tout s’effondre. À titre d’exemple, il y a plusieurs mois de ça, je vous avais fièrement annoncé que j’avais entamé une lutte sans pitié contre ma dépendance aux chips, et quelques semaines plus tard, voilà que je sombrais comme jamais dans l’enfer des Ruffles all dressed.

Or, cette fois-ci, je commence à croire que c’est du solide. 

Et pour être franc avec vous, le fait de garder « secrète » ma résolution a presque été plus difficile que de faire honneur à ma résolution.

Tout ça a commencé à mûrir dans mon esprit en décembre, lorsque je suis tombé par hasard sur Le Steak de Pierre Falardeau, un passionnant documentaire sur le boxeur Gaétan Hart, dont je vous avais brièvement jasé dans une chronique.

Dans les semaines qui ont suivi mon visionnement, je repensais souvent à ces images de Hart, joggant dans la rue tout en boxant dans le vide. J’ignore pourquoi, mais c’était comme si cette vision s’était transformée en une espèce d’idéal.

Alors, tout ça a mijoté dans ma tête pendant le temps des Fêtes, puis par un dimanche après-midi de janvier, j’ai décidé d’investir dans ma santé en achetant une espèce de support qui transforme temporairement votre bicyclette en vélo stationnaire.

Ainsi, du jour au lendemain, je suis passé de gars qui prenait sa marche relax tous les soirs au gars qui se pète 30 minutes de vélo chaque jour de semaine. Et ici – que tous les lecteurs et lectrices se rassurent –, je n’ai pas pour autant abandonné mes marches de soirée.

Sinon, j’ai considérablement « slaqué » sur les chips, mais pas complètement quand même, et ce, afin d’éviter qu’une fois mon objectif atteint, je replonge. D’ailleurs, j’ai aussi appris à me concocter des chips de pitas, et c’est pratiquement le même feeling, mais avec au moins le tiers de calories que j’ingérerais en temps normal.

Je ne vous cacherai pas que les premières semaines ont été un peu bizarres. D’un côté, j’étais transporté par cet enthousiasme à l’idée que dans quelques mois, je retrouverais une silhouette digne de ce nom, mais de l’autre côté, il y avait toujours cette tentation de me laisser abattre, compte tenu des résultats qui n’avaient rien de miraculeux.

Heureusement, c’est en fouillant ici et là à ce sujet que j’ai découvert que la meilleure façon de prendre du poids, c’était d’en perdre rapidement. 

Nous sommes donc trois mois après cette journée de janvier, et bien que j’aurais aimé vous annoncer que j’ai déjà atteint mon objectif, je dois pour le moment me contenter d’avoir réalisé les deux tiers de l’objectif que je m’étais fixé. Et pour ceux et celles qui aiment les chiffres, ça signifie une vingtaine de livres sur trente.

Pour certains, ça peut quand même sembler considérable comme perte de poids, alors que pour d’autres, ça ne serait que le début d’une très longue aventure. Toutefois, en ce qui me concerne, ça ne compte plus vraiment pour dire vrai, car ce que j’ai appris dans les derniers mois, c’est que tout ce que j’ai fait pour mon corps, celui-ci me l’a rendu d’une certaine façon.

À titre d’exemple, mon corps m’a rapidement remercié en réduisant mes douleurs chroniques au dos d’environ 90 %. Juste ça, vous pouvez me croire que ça vous botte le derrière chaque jour pour continuer à prendre soin de soi.

Tout ça, c’est quand même fou, car j’ai remarqué que maintenant, j’ai parfois des pensées de sportif, comme si j’étais possédé par l’esprit de Pierre Lavoie. Par exemple, lorsque je passe devant le lave-auto à proximité de ma maison, je vois souvent ces hommes ventripotents qui s’occupent de leur voiture comme si leur vie en dépendait, alors qu’en fait, je me dis que la voiture dont ils devraient s’occuper d’abord, c’est de leur santé. 

Parce qu’une fois que le coeur lâche, on ne va pas au paradis dans sa voiture propre.

Une chose est certaine : s’il faut y aller en vélo, je risque de plutôt bien m’en tirer maintenant.

Joël Martel

La forteresse de souvenirs

CHRONIQUE / Ce jour-là, on était parti en famille à Saint-François-de-Sales afin d’aller fêter l’anniversaire de mon ami Fastlight Salvail.

Le matin même, nous avions aussi dit à mon parrain et à ma marraine qu’on leur rendrait visite dans la journée, car c’était dimanche de Pâques et mon amoureuse tient beaucoup à cette tradition, car il y a une quinzaine d’années, c’est à cette occasion qu’elle avait rencontré ma famille pour la toute première fois.

Alors hop, en fin d’après-midi, on repartait de Saint-François-de-Sales, mais pour être bien honnête avec vous, on était un peu claqués de notre journée une fois arrivés à Alma. Mais bon, comme mon parrain me fait encore peur après 38 ans, je n’ai pas pris de chance et on s’est dit qu’une petite visite de quelques minutes serait toujours mieux que de briller par notre absence. Et puis, je fais bien des blagues, mais je l’aime beaucoup mon parrain.

Évidemment, ce qui ne devait être qu’une courte visite s’est rapidement transformée en invitation à souper digne de mon parrain, c’est-à-dire: « Martel, fais pas ton imbécile pis déniaise, je t’invite pas à souper, je te dis de souper icitte ».

J’ai donc piqué une bonne jasette avec mon parrain qui m’a raconté des histoires très cool qui lui étaient arrivées à l’époque où il travaillait pour Lucien Bouchard. « T’as pas envie d’écrire un livre là-dessus? », que j’ai demandé. « Joël, je suis à la retraite pis c’est ben correct de même », que mon parrain m’a répondu avec assurance et sérénité.

Puis, quand on s’est installé à la table pour manger, j’ai vu ce petit plat juste devant moi.

« Bordel, c’est la sauce à Charlotte! », que j’ai presque hurlé, les yeux remplis d’eau.

Ma marraine m’a regardé un peu surprise en me confirmant que oui.

Le truc, c’est que ça faisait au moins 20 ans que je n’y avais pas goûté et ainsi, depuis quelques années, j’y pensais chaque fois que je mangeais du steak ou des saucisses en me disant que ma mère n’avait certainement plus la recette. Or, ce que j’ignorais, c’est que cette fameuse recette de sauce s’était propagée dans la famille et depuis tout ce temps, la recette n’était qu’à un coup de téléphone.

Alors on s’est tous régalés de ce festin et quelques minutes plus tard, voilà que ma tante Lise nous appelait via Skype. 

Il y avait quelque chose de rigolo à voir ma marraine et mon parrain qui jasaient tout bonnement avec ma tante en direct de la Floride alors qu’il y a 15 ans à peine, une telle technologie relevait toujours de la science-fiction.

Ma tante Lise a donc pris des nouvelles de tout le monde tout en nous fournissant quelques détails par rapport à son retour au Québec et, alors que je la saluais, c’est là qu’elle m’a fait cette annonce incroyable.

C’est qu’il y a quelques années, j’avais écrit une chronique sur mon oncle Yvon avec qui j’adorais écouter de la musique country pendant qu’il grillait des clopes en tapant du pied. Il avait des valises qui étaient remplies de cassettes 8-pistes et depuis son décès il y a une trentaine d’années, j’ai toujours regretté de ne pas avoir récupéré ces fameuses valises.

Mais une fois de plus, la solution n’était qu’à un coup de téléphone, car il se trouve que depuis tout ce temps, ma tante Lise avait conservé ces fameuses valises et voilà qu’elle me les a offertes.

Alors si vous vous demandez ce que je ferai cet été, je peux vous passer un papier que je passerai certainement quelques soirées à écouter ces cassettes de « western », comme mon oncle Yvon aimait les appeler.

Tout ça pourrait sembler bien banal pour bien des gens, mais ce que ça m’a fait réaliser, c’est à quel point on oublie trop souvent qu’une famille, c’est un peu comme une forteresse qui conserve tous ces petits souvenirs qu’on laisse en cours de route en n’étant pas conscients qu’un jour ou l’autre, l’absence de ceux-ci laisseront de petits vides ici et là dans notre histoire de vie.

Je tâcherai désormais de bien m’en souvenir chaque fois que je prêterai l’oreille à ces cassettes 8-pistes de musique western. Et qui sait, peut-être bien que je me grillerai une clope tout en tapant distraitement du pied en mémoire de mon oncle Yvon.