Même le républicain François Fillon se disait contre le système et contre l'establishment. Un comble, quand on sait que Monsieur a été maire, député, ministre, sénateur et premier ministre, au cours d'une carrière politique de 36 ans.

Tous contre le système!

CHRONIQUE / Tous. Les candidats au premier tour des élections présidentielles françaises ont tous promis de «briser le système». En 2017, on peut affirmer que ça fait partie des choses incontournables. Du bagage du parfait petit candidat. Comme les complets bleus marine, à une certaine époque.
Même le républicain François Fillon se disait contre le système et contre l'establishment. Un comble, quand on sait que Monsieur a été maire, député, ministre, sénateur et premier ministre, au cours d'une carrière politique de 36 ans. Avec des révolutionnaires semblables, qui a besoin de Che Guevara, je vous le demande?
Dimanche, les deux vainqueurs du premier tour ont promis d'en finir. Le candidat d'En Marche!, Emmanuel Macron, s'engageait à «rompre avec le système qui a échoué [...]». Et la candidate du Front national, Marine Le Pen, dénonçait un système qui a cherché «par tous les moyens, [...] à étouffer le grand débat politique».
C'est dit. Dans la France de 2017, le candidat prévoyant se tient loin de tout ce qui ressemble au système. Il n'envisage même pas de le toucher avec le bout d'une perche de 20 mètres. Une statistique suffira pour vous en convaincre.
En 1965, les candidats à la présidence des deux grands partis politiques du système, la gauche socialiste et la droite traditionnelle, rassemblaient 76 % des électeurs. En 2017, ils en représentent 26 %.
Le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, a récolté 6 % des suffrages. Entre nous, c'est moins que la proportion de gens qui croient avoir été enlevés par des extra-terrestres...
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Il n'empêche. Le candidat anti-système le plus improbable, cela reste Emmanuel Macron. Les mauvaises langues le comparent même au patineur australien Steven Bradbury, qui a remporté une médaille d'or aux Olympiques de 2002, lorsque tous les autres concurrents ont été disqualifiés par des chutes. 
Il y a un an, Macron était encore ministre de l'Économie de François Hollande, une position aussi prometteuse que celle de musicien dans l'orchestre du Titanic. Personne n'aurait parié sur les chances de cet ancien banquier de séduire un électorat en colère. Monsieur n'était-il pas un pur produit de l'ENA, une grande école élitiste qui fabrique des ministres et des hauts fonctionnaires au même rythme que les usines Hygrade fabriquent des saucisses?
Mais tout ça, c'était avant que les favoris de la campagne trébuchent, les uns après les autres. Avant que M. Macron se révèle en un roi de l'ambiguïté. Certes, Monsieur n'est pas le premier à répéter qu'il va faire de la politique «autrement ». Ou à seriner qu'il n'est «ni de gauche, ni de droite». Ce genre de banalités se révèle à la portée du premier venu. Non. Macron, lui, va plus loin. Il suggère qu'il est «à la fois» de gauche et de droite.
Depuis un an, beaucoup d'analystes ont prédit l'éclatement de la «bulle» Macron. Trop jeune. Trop superficiel. À l'époque, une blague plutôt méchante s'amusait à imaginer une conversation entre le petit Emmanuel et son institutrice de première année.
«Quand je serai un adulte, je voudrais devenir président de la République», disait le petit Macron.
Et l'institutrice lui répondait: «Tu ne pourras devenir ni l'un, ni l'autre.»
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Peu importe. Il faut avoir la mémoire courte. Aujourd'hui, les mêmes qui n'ont pas vu venir le succès d'Emmanuel Macron prédisent sa victoire facile sur Marine Le Pen, au second tour, le 7 mai. 
Le magazine The Economist établit les probabilités d'une victoire de Macron à 99 %. Et dès l'annonce des résultats du premier tour, la valeur de l'euro a bondi sur les places financières asiatiques. Apparemment, les discours anti-système n'énervent pas grand monde dans le système.
Le temps passe. Le 21 avril 2002, la présence d'un candidat du Front national, Jean Marie Le Pen, au second tour d'une élection présidentielle, avait causé un choc. Pas exactement comme l'apparition des barbares wisigoths aux portes de Rome, mais presque !
Quinze ans plus tard, la présence de sa fille Marine semble presque banale. Prévisible. Oui, plusieurs candidats appellent leurs partisans à lui barrer la route. Mais dans l'ensemble, on pourrait dire qu'elle fait désormais partie... du système.
Que voulez-vous? La politique est parfois bien volage. Même que l'ancien favori pour accéder à la présidence, François Fillon, fait déjà l'objet d'une blague cruelle. Elle commence lorsque le candidat épuisé décide de prendre des vacances, quelque part dans le Sud, avec son épouse Pénélope. 
M. Fillon part le premier. Pénélope doit le rejoindre le lendemain. Une fois rendu à destination, le candidat a promis de lui expédier un courriel. Mais le gaffeur impénitent inscrit la mauvaise adresse. À la place, son message est expédié à l'épouse d'un pasteur protestant, qui est mort l'avant-veille. 
En lisant le courriel, la dame pousse un grand cri, avant de s'évanouir. Le message se lit comme suit :
Ma très chère épouse,
Je suis finalement arrivé à destination. Tu me manques et j'ai déjà très hâte de te retrouver. Tout est prêt pour t'accueillir à ton arrivée ici, demain. 
Signé : Ton époux qui t'aime.
P.S. Il fait particulièrement chaud, là où je suis descendu.