Opposé en 2012 au plan pour aider les sinistrés de l'ouragan Sandy, le sénateur texan Ted Cruz avait déclaré que l'«aide aux sinistrés n'est pas un cadeau de Noël».

Rencontre avec la bêtise politique, la vraie

CHRONIQUE / Environ 38 000 milliards de litres! De quoi remplir 19 000 fois le Stade olympique de Montréal. Ou trois fois le lac Saint-Jean.
Voilà un aperçu de la quantité d'eau déversée par l'ouragan Harvey, sur la grande région de Houston, en l'espace de quatre jours. Les dommages sont évalués à 40 milliards $. Et ça continue.
Vous savez que la situation est dramatique, lorsque tous les politiciens du Texas sont d'accord. Une sorte de miracle. Ils disent : «Mettons la partisannerie de côté!» Ils disent: «Il faut aider les sinistrés!» Ils disent : «Vite! Le temps presse!»
Tant et temps de solidarité, ça réchauffe le coeur. Vous regrettez même d'avoir écouté les méchancetés qui circulent à propos des politiciens texans. Du genre : «Il n'existe qu'une seule chose capable de faire plus de dégâts qu'un gros ouragan. C'est un groupe de politiciens texans prêts à tout pour assurer leur réélection.»
Braves politiciens du Texas. Snif. Emporté par l'émotion, vous entendez presque la voix du chanteur country Chris Wall qui chante : « [...] J'aimerais mieux être un piquet de clôture au Texas que le roi du Tennessee.»
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Stop. Attendez. Soudain, vous réalisez que les élus du Texas ne sont pas toujours aussi généreux. À l'automne 2012, plusieurs s'opposaient même au plan pour aider les sinistrés de l'ouragan Sandy, qui venait de dévaster la côte Est des États-Unis.
À l'époque, 23 des 24 élus républicains du Texas à la Chambre des représentants ont voté contre le programme. Ils l'accusaient de ratisser trop large. Ils exigeaient que pour chaque dollar versé aux sinistrés, un dollar soit coupé dans le budget du gouvernement fédéral. Un petit nombre craignait même que l'aide constitue une forme de reconnaissance des changements climatiques.
Rien à faire. Si le programme avait enseigné aux sinistrés à marcher sur les eaux, ils l'auraient rejeté sous prétexte qu'il n'enseignait pas aussi la natation. «L'aide aux sinistrés n'est pas un cadeau de Noël», disait en substance le sénateur Ted Cruz, surnommé «face de Lézard» par ses collègues.
Plus étroit d'esprit que Monsieur, il paraît que tu arrives à regarder par la serrure avec les deux yeux en même temps.
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Finalement, le programme d'aide de 50,5 milliards $ aux sinistrés de Sandy a été adopté, en janvier 2013. Et l'attitude bizarre des opposants, notamment ceux du Texas, a été rangée au rayon du folklore.
Après tout, la politique du Texas a souvent été comparée à un «divertissement gratuit». On pense à Louie Gohmert, qui a stupéfait ses collègues de la Chambre des représentants en prononçant un long discours sur le danger des cosmonautes homosexuels, dans les futures colonies martiennes. Sans oublier le commissaire à l'Agriculture, Sid Miller, soupçonné d'avoir utilisé les fonds publics pour se faire injecter un «sérum de Jésus», une mixture supposément capable de guérir toutes les douleurs. Et que dire de Mary Lou Bruner, une candidate au Conseil supérieure de l'éducation, en 2016? Madame avait fait campagne en prétendant que Barack Obama était un ancien prostitué. Elle affirmait aussi que les dinosaures sont disparus parce que ceux qui se trouvaient à bord de l'arche de Noé étaient trop jeunes pour se reproduire (!?).
Rendu-là, il ne reste plus qu'à tendre le crachoir à l'écrivain catholique Edward Everett Hale. 
- Est-ce que vous priez pour les politiciens, M. Hale? lui avait-on demandé.
- Non, avait-il répondu. Mais quand je regarde les politiciens, je prie pour le pays.
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Dans quelques semaines, le Congrès américain va concocter un plan d'aide aux sinistrés de l'ouragan Harvey. Cette fois, vous pouvez parier que tous les élus du Texas vont l'adopter les yeux fermés. Au diable les scrupules budgéaires. Après tout, il ne s'agit plus de sinistrés de la côte Est! Avec un peu de chance, il s'en trouvera pour s'émouvoir que la ville de Houston vienne de subir sa troisième tempête «exceptionnelle» en 10 ans. Mais quant à savoir si on questionnera la construction de plus de 7000 résidences dans des zones basses de la ville, depuis 2010, il s'agit d'une autre histoire. Faut pas trop en demander.
Au Texas, plus que jamais, il n'y a qu'une chose qui soit plus dangereuse qu'un gros ouragan. C'est un groupe de politiciens prêts à tout pour leur réélection. On parle alors d'un état d'ébriété électorale.
Le mot de la fin appartient à l'ancienne gouverneur, Ann Richards : «La politique ressemble beaucoup au football. Vous devez être assez intelligent pour jouer le jeu, mais assez stupide pour croire que c'est important.»