Moi, Donald Trump, je garde la tête froide. La preuve, je n'ai même pas nommé Punxsutawney Phil, la marmotte qui voit (parfois) son ombre en Pennsylvanie, à la tête du Service national de météo. 

Moi, Donald Trump, empereur

CHRONIQUE / Journal imaginaire du président Donald Trump, depuis son arrivée à la Maison-Blanche
La présidence ne me changera pas. C'est moi qui changerai la présidence. Compris?
Fallait pas écouter les gens qui disaient que j'allais m'assagir. Donald Trump, c'est pas le Dalaï Lama. Il tire sur l'ambulance. Il piétine l'ennemi par terre. Il n'hésite pas à jeter mémé dans les orties.
Docteur, est-ce grave? Le Bureau ovale me fait tourner la tête. Je m'y sens comme le renard qui vient de recevoir les clés du poulailler.
Ici, tout devient possible.
Raccrocher au nez du premier ministre australien, qui ose me contredire? Je l'ai fait!
Nommer un climato-sceptique à la tête de l'Agence de protection de l'environnement? Une ennemie de l'école publique à la tête de l'Éducation? Un chouchou de l'extrême droite au Conseil de sécurité nationale? J'ai fait tout ça, et même plus!
Stop. Je garde la tête froide. La preuve, je n'ai même pas nommé Punxsutawney Phil, la marmotte qui voit (parfois) son ombre en Pennsylvanie, à la tête du Service national de météo.
Nous vivons dans un monde de clous. Je suis le marteau.
Les débuts d'une nouvelle équipe à la Maison-Blanche sont toujours un peu bordéliques. Un soir, quelqu'un a surpris mes conseillers qui discutaient dans la salle du conseil plongée dans la pénombre. Ces idiots n'avaient pas réussi à trouver l'interrupteur des luminaires!
L'histoire a fait le tour de Washington. Un habitué de la Maison-Blanche leur a expédié un message, sur les réseaux sociaux : «L'interrupteur se trouve sur le mur, juste à côté de la porte!»
Très drôle. Mais les médias ne perdent rien pour attendre. Mon truc, c'est de les occuper. Mieux, de les éparpiller. Lundi, j'ai fait publier une liste de 78 attentats commis par l'État islamique, en accusant les médias d'en avoir trop peu parlé. Une vraie farce, quand on constate que la liste comprend des attentats hyper médiatisés comme ceux de Paris ou de Bruxelles. Pas grave. Le temps qu'ils vérifient tout ça, je serai loin. À raconter autre chose. Les mensonges, c'est comme les télévisions. Jamais trop gros pour effrayer la clientèle.
Nous vivons dans un monde de soupe infesté de fourchettes. Je suis la cuillère.
Depuis que je suis devenu président, le 20 janvier, on me dit que j'ai insulté 23 personnes sur Twitter. Seulement 23? Faudra que je me ressaisisse! Et puis, est-ce que le décompte inclut ma sortie contre le juge qui a suspendu mon décret fermant les frontières aux citoyens de sept pays à majorité musulmane? Ou contre l'acteur Arnold Schwarzenegger, que je traite de pas bon?
Sacré Arnold! Lundi, je prononçais un discours au Déjeuner national de prière, à Washington. Fallait parler de Dieu et de miséricorde. Un vrai supplice! Alors à un certain moment, j'ai bifurqué sur les cotes d'écoute désastreuses de mon ancienne émission de téléréalité, The Apprentice, désormais animée par Schwarzenegger. J'ai même demandé à la salle de prier pour cette nullité!
Quelques critiques ont jugé cette partie de mon discours aussi appropriée qu'une publicité pour le régime Paléo dans un congrès d'anorexiques. Il n'importe. Mes électeurs ne lisent pas le New York Times.
Nous vivons dans un monde de moustiques. Je suis le pare-brise du véhicule circulant à vive allure.
Au fond, le monde entier pensait que j'allais oublier mes promesses. Comme au Canada, avec le p'tit Trudeau, qui vient de renoncer à modifier le mode de scrutin. Quoi? Dites-moi que je rêve! Les Canadiens ont vraiment cru que ce gars-là allait changer les règles, une fois arrivé au pouvoir? Ils ont vraiment espéré que le vainqueur de la course allait courir sur une seule jambe, la prochaine fois, pour donner une chance à ses adversaires? Finalement, ce Justin est peut-être plus tordu qu'il n'en a l'air.
Suffit. Il faut que je me calme avant d'aller dormir. La nuit dernière, j'ai fait un affreux cauchemar. Les États-Unis venaient d'élire un drôle de type. Un gars qui multipliait les menaces à l'endroit de la Chine, de l'Iran et du Mexique. Je me suis réveillé en sueur. Je criais qu'il fallait faire quelque chose. Et puis, j'ai soudain réalisé que le gars dangereux qui insultait le monde entier, c'était moi!