Lors du gala de Miss Univers, en 2015, Miss Colombie venait d'être couronnée quand le maître de cérémonie est revenu pour annoncer que la victoire de... Miss Philippines.

Les gaffes qui nous rendent gagas 

CHRONIQUE / La cérémonie des Oscars qui cafouille, au moment de couronner le film de l'année? Docteur, est-ce une épidémie ? En 2015, le gala de Miss Univers a commis le même genre de gaffe! Miss Colombie venait d'être couronnée. Tous les mononcles se précipitaient déjà pour quêter leur bisou baveux. Soudain, le maître de cérémonie est revenu pour annoncer que la victoire de... Miss Philippines.
Plus gênant, il y a peut-être John Travolta, qui décernait l'Oscar de la meilleure musique originale, en 2014. À la stupéfaction générale, l'acteur avait décerné le prix à une certaine «Adele Dazeem», dont personne n'avait entendu parler! En fait, Travolta avait prononcé la plupart des lettres, mais pas dans le bon ordre. Il voulait lire «Idina Menzel». Comme le défunt Coluche disait «Vilaine fermière», au lieu de «Mylène Farmer».
Je sais. On dit que la gaffe, c'est le grain de sable dans l'engrenage. L'éternelle revanche du facteur humain. Blablabla. Mais je vous défie d'aller raconter ces sornettes au courtier japonais dont la faute de frappe a provoqué un début de panique à la Bourse de Tokyo, le 1er octobre 2014. Du coup, il a fallu annuler plus de 617 milliards $ de transactions.
Pour se tirer de ce genre de situations impossibles, l'humoriste Johnny Carson suggérait de se déguiser en courant d'air, après avoir expédié à la presse une liste de réponses, auxquelles il ne restait qu'à trouver les questions! «1. Il n'y a rien de vrai dans cette rumeur».«2. Je l'ai fait deux fois seulement au cours de mon existence, toujours un samedi».«3. Les crapauds et les tarentules». «4. Je ne peux pas répondre à cette question».
Toujours, le gaffeur est seul. Est-ce sa faute s'il en fait un peu trop ? On pense au député français Pierre Lasbordes, qui avait accueilli Jean Charest avec un retentissant: «J'espère que vous n'avez pas trop la plotte à terre, comme on dit au Québec!»
Même chose pour l'ancien premier ministre Lionel Jospin, qui effectue une visite officielle au Japon, en pleine crise de la vache folle. Pour éviter d'envenimer la situation, Monsieur s'est juré d'éviter le sujet du boeuf. Mais tout s'écroule lorsqu'il s'exclame, dès son arrivée: «Mes meilleurs veaux !»
Et que dire de la mésaventure d'une serveuse qui s'était vu confier la redoutable tâche de servir le banquier JP Morgan ? M. Morgan souffrait d'une maladie de peau, qui l'avait quasiment défiguré. La serveuse avait été prévenue de ne rien laisser paraître. Mais à la fin d'un repas, elle s'enfarge, en demandant: «Est-ce que vous prenez du nez dans votre thé, M. Morgan ?»
Vrai que personne n'est à l'abri d'un lapsus. Ou d'une erreur de traduction. Il y a deux ans, en Grande-Bretagne, la BBC a célébré l'arrivée du Nouvel An chinois, en souhaitant à ses auditeurs «Bienvenue dans l'année de la prostitution !»
Toujours en Grande-Bretagne, le bilinguisme de certains panneaux de signalisation a parfois tourné à la farce. À l'entrée d'un village du pays de Galles, la portion anglaise d'un panneau se lisait comme suit : «Traversée interdite aux véhicules lourds. Circulation locale seulement». Mais en gallois, le message prenait un autre sens: «Je ne suis pas au bureau en ce moment. Expédiez-moi le travail de traduction».
Oui, la gaffe ressemble parfois à une petite fissure qui permet d'entrevoir la réalité sous un autre angle. Même le pape, jadis infaillible, n'est pas à l'abri. En 2015, pour consoler un petit garçon qui pleurait la mort de son chien, le Saint-Père lui avait dit que toutes les créatures de Dieu ont leur place au paradis. Des journalistes en avaient déduit que l'Église ouvrait aux animaux les portes du Paradis.
Le Vatican avait vite publié un démenti rageur. Ouf! Il était temps ! Qui sait combien d'animaux s'étaient faufilés au Paradis, pendant ces quelques heures de flottement divin?
Le classique de la gaffe, cela reste pourtant les conversations des Grands de ce monde, captées par des micros laissés ouverts. En 1984, lors d'un test de son, Ronald Reagan avait même annoncé le déclenchement d'une guerre atomique. «Mes chers compatriotes, j'ai le plaisir de vous annoncer que je viens de signer un décret qui rend la Russie illégale. Nous commençons le bombardement dans cinq minutes.»
Bien sûr, la gaffe est parfois évitable. Au Soleil, une légende interne veut que le 28 septembre 1978, au moment d'annoncer la mort subite du pape Jean-Paul I, le journal voulait écrire en manchette : «Le pape retrouvé mort à son réveil».
La gaffe aurait été corrigée au dernier moment.
Stop. Rendu ici, il apparaît impossible de conclure sans rendre hommage à la gaffe géniale commise par un typographe allemand, en 1938, sous le régime nazi. À la fin d'un document de propagande, Monsieur avait ajouté par erreur une lettre à l'incantation «Heil Hitler !» [Vive Hitler]. Du coup, le document se terminait par «Heilt Hitler»!, qui veut dire «Guérissez Hitler»!
Le gaffeur écopa de sept mois de prison.