Ces jours-ci, le ministre des Transports, le très dégourdi Laurent Lessard, se retrouve au coeur d'une autre tourmente politique. On le soupçonne d'avoir dormi au gaz, lors de la tempête de neige du 14 mars.

Le ministère de la Malchance 

CHRONIQUE / La malchance, ça n'a rien de drôle.
Prenez le ministère des Transports du Québec, par exemple. Depuis des années, le mauvais sort s'acharne sur lui. À la blague, on dit que le ministère se retrouve plus souvent sur le grill que les saucisses à hot dog au Centre Vidéotron.
La commission Charbonneau s'intéresse à la corruption ? Le ministère est éclaboussé. Le vérificateur général compile les contrats gouvernementaux attribués sans appels d'offres? Le ministère hérite du bonnet d'âne. Une grosse tempête de neige s'abat sur le Québec? Sapristi, c'est justement la nuit où tout le ministère faisait un gros dodo, après un party pyjama!
Le ministre des Transports, c'est l'équivalent du malheureux qui se fait frapper par la foudre, sous un ciel sans nuage. S'il achetait le Sahara, le désert finirait par souffrir d'une pénurie de sable. S'il achetait un cimetière, les gens arrêteraient de mourir, rien que pour l'embêter.
Au fil des ans, le ministère a été comparé à un cheval emballé, à un mammouth invalide, à une famille dysfonctionnelle et à une maison des fous.
Entre nous, ça ne prouve rien. Tout le monde a droit à une 683e chance, non ?
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Je vous fais grâce de tous les rapports, de tous les mémos et de toutes les enquêtes qui ont dénoncé la gestion du ministère des Transports, depuis quelques décennies. Si on les empilait, on pourrait probablement faire un aller-retour sur la Lune. Dans un monde idéal, les citoyens modèles qui se souviennent des conclusions de l'enquête sur l'effondrement du Viaduc de la Concorde recevraient tous un cône de barbe à papa. Et on n'en parlerait plus.
Seulement voilà. La malchance continue. Ces jours-ci, le ministre des Transports, le très dégourdi Laurent Lessard, se retrouve au coeur d'une autre tourmente politique. On le soupçonne d'avoir dormi au gaz, lors de la tempête de neige du 14 mars. Il faut dire que M. Lessard n'a pas aidé sa cause en se défendant avec toute la vigueur d'un hareng mariné, légèrement faisandé, accroché par malchance au bout d'une ligne de pêche.
Encore une fois, le gouvernement déclenche une enquête. Il veut déterminer les responsabilités des uns et des autres dans la gestion catastrophique des secours aux automobilistes prisonniers de la tempête. Mais le premier défi des enquêteurs consistera à déchiffrer le plan d'intervention en cas d'urgence du ministère des Transports, qui comprend pas moins de 94 étapes. Vrai que la complexité du document n'a rien à envier au protocole de lancement de la défunte navette spatiale. Sans oublier le diagramme principal, qui semble avoir été dessiné par une secte de hippies paranoïaques, lors d'un mauvais trip d'acide.
Bof. Avec un peu de chance, le temps que l'enquête aboutisse, le ministre Lessard aura rebondi ailleurs. En 10 ans, pas moins de neuf ministres (incluant les ministres délégués) ont paradé au ministère des Transports. En moyenne, leur durée n'excède pas 18 mois, ce qui est inférieur à l'espérance de vie d'un rat de laboratoire.
Au ministère, on dit que les ministres ne font que passer. Mieux vaut ne pas s'attacher.
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La seule chose qu'on puisse dire avec certitude, c'est que le destin de sonneur d'alarme au ministère des Transports semble aussi prometteur que celui de pompier en enfer.
En janvier 2016, au moment de quitter le ministère maudit, Robert Poëti a rédigé une lettre sur les pratiques douteuses de l'organisation. Une vraie patate chaude. Apparemment, M. Poëti l'a remise à son successeur, Jacques Daoust, qui l'a remise au directeur de cabinet du premier ministre, qui l'a remise au secrétaire général du Conseil exécutif.
Parions que la lettre circulerait encore, si son existence n'avait pas été révélée par L'Actualité, en mai 2016. Les mauvaises langues disent même que le premier ministre Couillard a tout découvert par hasard, en feuilletant le magazine, alors qu'il venait juste de terminer sa sieste biannuelle de cinq mois. Furieux, il a demandé au Vérificateur général... de se pencher sur plusieurs «irrégularités» dans la gestion du Ministère.
Le mauvais sort s'acharne, je vous dis. Toutefois, il est injuste d'affirmer que rien ne s'améliore au ministère des Transports. À preuve, cette version améliorée d'une vieille blague, transmise par une fonctionnaire.
«Jamais à court de bonnes idées, le ministère des Transports annonce que le Québec adoptera la conduite automobile à gauche, à la manière britannique. Le ministère amorce l'expérience progressivement, en commençant avec les automobiles. Par la suite, si les choses se déroulent bien, il étendra la mesure aux camions.»