Les dirigeants de Bombardier tiennent bon. À une exception près (celle de Pierre Beaudoin), ils n'annulent pas leur augmentation controversée de 32 millions $. 

Heureux comme un patron de Bombardier

CHRONIQUE / À la fin, même s'ils se font chauffer les oreilles depuis des jours, les dirigeants de Bombardier tiennent bon. À une exception près, ils n'annulent pas leur augmentation controversée de 32 millions $. Ils consentent seulement à reporter la moitié jusqu'en 2020. Rien à faire. L'avenir de Bombardier serait en jeu. Sans ces millions $ juteux, l'entreprise ne pourrait plus embaucher les «meilleurs leaders du monde» braillent-ils tous en choeur.
Est-ce leur faute si les «meilleurs du monde», comme par hasard, ce sont eux ?
Oui, ils sont modestes, les administrateurs de Bombardier. Bien élevés, en plus. Dans leur jargon, on évite de prononcer des mots vulgaires comme «salaire». On préfère parler de «compensation». Encore un peu, et il serait question d'un «dédommagement». Comme si chacun avait dû renoncer à devenir le prochain Steve Jobs, pour travailler chez Bombardier.
-Je sais, c'est difficile à comprendre, a concédé le pdg Alain Bellemare, sur le ton un peu las du prof qui tente d'expliquer la physique quantique à une classe d'insectes. 
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D'habitude, quand les choses se corsent, les dirigeants de Bombardier sortent l'artillerie lourde. Ils menacent d'abolir des emplois. Ou de transférer des activités en Inde, au Mexique ou sur la Lune.
Cette fois-ci, ils n'ont même pas eu besoin du chantage. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard s'en chargeait à leur place. «Un chum, c't'un chum», comme on dit.
Lundi, le premier ministre a enfourché son cheval à bascule. Il a brandi son sabre de bois. Et il a rappelé la populace à l'ordre. «Si on donne le signal au reste du monde que lorsque vous venez au Québec, le gouvernement met ses grosses pattes dans vos affaires et gère votre entreprise à votre place, on n'ira pas loin», a dit le premier ministre.
Les enfants, mettez-vous cela dans le crâne. Ce sont pas quelques milliards $ de subventions par ci par là qui vous donnent le droit de fouiner dans les affaires des Grands. Compris ?
Le Québec rêvé de Papi Couillard, ce n'est pas l'Allemagne, où les dirigeants de Volkswagen ont dû renoncer à des bonus scandaleux. Le Québec rêvé de Papi Couillard, il dit «merci», «s'il-vous-plait» et «sans rancune», même lorsqu'il se fait rouler dans la farine comme un éperlan frais.
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Sur la Terre, il y a deux sortes de gens. Ceux qui savent compter. Et ceux qui ne comptent pas.
L'écart entre eux s'accentue. Inexorablement Comme la dérive des continents. Il fut un temps où un gourou de la gestion comme Peter Drucker recommandait que le pdg d'une entreprise ne gagne pas plus de 25 fois le salaire moyen des employés. «Autrement, disait-il, cela augmente le ressentiment et cela fait baisser le moral des troupes.» 
Aujourd'hui, Drucker passerait pour un dérangé, un radical, un agitateur communiste. En 2015, les pdg d'Amérique du Nord gagnaient en moyenne plus de 300 fois le salaire moyen de leurs employés. Au Canada, en 2017, le pdg d'une grande entreprise met à peine une demi-journée à empocher le salaire moyen annuel.
Vous savez que le monde ne tourne plus très rond lorsque le Forum économique mondial de Davos s'inquiète des inégalités. Cette année, le Forum a même identifié les inégalités comme la principale menace qui pèse sur l'économie mondiale.
Quoi les riches de Davos s'inquiètent des inégalités ? Ne souriez pas. À la veille de son quatrième quadruple pontage, il arrive que le lion s'interroge sur sa consommation excessive de viande rouge...
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Il était une fois Philippe Couillard et Alain Bellemare, le pdg de Bombardier, qui s'ennuient dans une réception officielle. Soudain, Philippe Couillard décide de prendre trois cuillères en argent, qu'il met discrètement dans sa poche.
Il va voir le pdg Bellemare. «T'as vu ? Je viens de voler trois cuillères et personne ne l'a remarqué.»
L'autre lui fait la leçon . «C'est malhonnête. Je vais te montrer, moi, comment on peut voler trois ustensiles en toute honnêteté.»
Le pdg Bellemare s'approche du maître d'hôtel et il lui dit : «Monsieur, si vous me donnez une cuillère en argent, je vous fait un tour de magie.»
Intrigué, le maître d'hôtel lui tend une cuillère. Le pdg Bellemare la met dans sa veste. Il en demande une autre, qu'il met aussitôt dans sa poche. Puis il recommence le petit manège une troisième fois.
Le maître d'hôtel n'y comprend rien. «Où est la magie ? Où se trouvent les trois cuillères?» demande-t-il.
Fier comme un paon, le pdg de Bombardier répond. 
- Regardez dans les poches de Philippe Couillard.