Le président Donald Trump, figé en pleine rédaction

Donald Trump, en version acoustique

CHRONIQUE / À la veille du discours d'investiture de Donald Trump, l'entourage du futur président faisait circuler toutes sortes de rumeurs. Monsieur allait s'inspirer de John F. Kennedy et de Ronald Reagan. Le ton allait être différent. Rassembleur. Le monde découvrirait un autre Trump. Plus digne. Plus vrai. Par moments, on se croyait dans une pub de la défunte crème antirides Second Début.
Pour démontrer l'importance du discours, Donald Trump a même publié sur Twitter une photo qui le montrait en pleine rédaction. Il n'aurait pas dû. Le pauvre y ressemble à un animal empaillé, figé dans un décor de carton-pâte. Il tient un bloc-notes d'un air tellement crispé, qu'on songe à lui refiler le numéro de téléphone d'un physio. Hé! Ho! Ça peut finir par une crampe terrible, ces folies-là!
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Blague à part, Donald Trump pourra désormais dormir dans le même lit qu'Abraham Lincoln. Mais en matière de mystique, il lui manque encore quelques étages.
Vendredi midi, quand il a pris la parole, à Washington, tout le monde a vite compris que Trump resterait Trump.
Au début, il a décoché quelques flèches en direction de la classe politique de Washington. Une valeur sûre, quand on sait que la popularité des politiciens de la capitale ne dépasse guère celle des coquerelles ou de la peste bubonique. Tout de suite après, il a promis de faire le grand ménage. Un autre classique. Aussi indémodable que le veston bleu et la cravate rouge du nouveau président. Encore que...
«Aujourd'hui, il ne s'agit pas seulement de transférer le pouvoir d'un gouvernement à un autre, s'est-il écrié. [...] Nous prenons le pouvoir à Washington D.C. pour te le redonner à toi, peuple américain.»
La formule ne manquait pas de mordant. D'habitude, pour dire la même chose, les politiciens se contentent d'une vieille blague, toujours la même : «Je vais devoir passer quelques jours à Washington. J'ai déjà hâte de revenir en Amérique...»
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Reste que Donald Trump avait promis de faire court. Et qu'il a tenu parole. En 20 minutes, il a repris plusieurs de ses grands classiques, dans ce qui ressemblait à une version acoustique de ses spectacl... euh, je veux dire, de ses discours habituels.
«L'Amérique va se remettre à gagner à nouveau. Elle va gagner comme jamais», a déclaré le nouveau président, dans une tirade particulièrement réussie. «Nous allons ramener nos emplois. Nous allons rétablir nos frontières. Nous allons ramener la prospérité. Nous allons recommencer à rêver.»
Imaginez! Le président n'a pas invité la foule à scander «Build that Wall» (construisez le mur)! Ou encore «Lock Her Up» (emprisonnez-la), en direction d'Hillary Clinton! Il n'a même pas essayé de faire peur avec l'immigration! Mais dois-je rappeler qu'il s'agissait d'une version allégée? Sans tous les effets spéciaux? Hier, ce n'est plus Thunderstruck, du groupe AC/DC, qui accueillait Mister Trump, comme durant la campagne électorale. Plutôt une série de chorales religieuses.
Un peu plus et nous pourrions parler d'une version pour enfant.
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Malgré tout, il serait injuste de prétendre que Donald Trump n'écoute jamais les critiques. En juillet, au moment où il était devenu le candidat du Parti républicain, M. Modeste avait prononcé un discours contenant le mot «je» à 68 reprises. À l'époque, des pisse-vinaigre y voyaient la preuve de ses tendances égocentriques. 
Hier, le président Trump a corrigé le tir. Il est passé du «je» égocentrique au «nous» impérial, utilisé 49 fois. Comme dans la phrase : «Nous allons restaurer la grandeur de l'Amérique.»
Qui sait? Peut-être qu'il a cru l'écrivain Mark Twain, lorsqu'il écrivait que «seuls les rois, les éditeurs et les gens qui ont attrapé le ver solitaire ont le droit d'utiliser le «nous»?
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Vous connaissez la toute première blague sur la présidence Trump? Elle commence à la fin d'une réunion privée entre Donald Trump et son secrétaire à la Défense, James Mattis. À peine sorti du bureau du président, Mattis donne libre cours à sa mauvaise humeur. «J'en ai assez de réparer les gaffes de cet idiot», grince-t-il.
Le vice-président Mike Pence, qui passe par là, entend les insultes. Il va tout raconter à Donald Trump. Furieux, le président convoque le secrétaire Mattis dans son bureau, en compagnie de Mike Pence. Il demande : «De qui parlais-tu lorsque tu disais : "J'en ai assez de réparer les gaffes de cet idiot?"»
Le secrétaire Mattis est embarrassé. «Je parlais de... de... Barack Obama, bien évidemment», finit-il par répondre, d'un ton mal assuré.
Donald Trump se retourne alors vers le vice-président, Mike Pence.
«Et toi, Mike, de quel idiot croyais-tu qu'il parlait?»
 
Les mots les plus fréquents du discours de Donald Trump
We (nous) : 49
Our (notre, nos) : 45
America : 17
Americans : 15
Your (votre) : 11
Nation : 10
Country (pays) : 10
People (peuple) : 9