Chronique

Autrement dit

LA COMPARAISON

À quelle vitesse avancent-ils?

0,37 mètre à l’heure : vitesse moyenne de l’astro laboratoire roulant Curiosity, depuis son atterrissage sur Mars, le 6 août 2012

3,6 mètres à l’heure : vitesse moyenne d’un escargot de Bourgogne

1000 mètres à l’heure : vitesse atteinte par la tortue léopard Bertie, qui détient le record mondial de son espèce.

Source : The Telegraph

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Chronique

Autrement dit

LE POURCENTAGE

85 %

En France, c’est la proportion des restaurants qui proposeraient au moins un «burger» sur leur menu. L’an dernier, le burger a détrôné le sacro-saint sandwich jambon-beurre.

Source : Courrier international

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Actualités

Autrement dit

QUESTION-ÉCLAIR

Quelle solution la ville de Paris envisage-t-elle pour réduire la pollution?

a) Installer des purificateurs d’air géant dans 25 endroits de la ville;
b) Interdire la circulation dans le centre-ville entre  1h et 5h du matin;
c) Introduire une surtaxe sur les automobiles de couleurs foncées, parce qu’elles consommeraient davantage d’essence;
d) Rendre gratuit le transport en commun;
e) Toutes ces réponses.


Source : Agence France Presse

Réponse : d)

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Jean-Simon Gagné

Autrement dit

Le poids

1200 tonnes

Poids de la montagne d’excréments humains, plus ou moins traités, dont la ville de New York doit se débarrasser, à chaque jour. Une certaine quantité prend le train, en direction d’un site d’enfouissement situé en Alabama, à 1500 kilomètres de distance. Nous laissons à votre imagination le soin de reconstituer l’odeur que ces wagons infernaux sèment sur leur passage… 

Source : The New York Times

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Actualités

Autrement dit

LA COMPARAISON
  • Nombre de touristes étrangers qui ont visité l’Islande en 2014 : 459 000
  • Nombre de touristes étrangers qui ont visité l’Islande en 2017 : 2,1 millions
  • Population de l’Islande, en 2017: 334 000

 Source : The Telegraph

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Actualités

Autrement dit

LA COMPARAISON

Nature des appels téléphoniques reçus par les pompiers de Bangkok, en Thaïlande, durant les 11 premiers mois de 2017.

  • Reliés à un incendie : 3500
  • Reliés à un serpent qui s’est introduit dans un logement : 31 801

Source : Bangkok Fire and Rescue Department, cité par Harper’s

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Actualités

Autrement dit

LA COMPARAISON

Proportion de la population mondiale qui habite aux États-Unis : 4,4 %
Proportion des armes à feu existant sur la planète qui se trouvent sur le territoire des États-Unis : 42 %

Source : The New York Times

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PYEONGCHANG 2018

Trêve olympique, mon œil!

Depuis toujours, le mot «olympique» rime avec «politique». Les Jeux de PyongChang, en Corée du Sud, ne font pas exception. Sur place, la Corée du Nord de Kim Jong-un mène une opération charme pour briser son isolement international. Un classique du genre. Un épisode de plus, qui s’ajoute aux cinq exemples tirés de l’histoire olympique des 50 dernières années.

Mexico 1968: le massacre des étudiants et le salut du Black Power

À l’approche des Jeux olympiques, le gouvernement mexicain s’inquiète. Les étudiants sont en grève. Un brin parano, des ministres croient que les jeunes sont à la fois manipulés par Moscou et par Washington. Leur but? Faire annuler les Jeux, juste pour humilier le Mexique.

Le 2 octobre 1968, à 10 jours de la cérémonie d’ouverture, les autorités décident de faire le «ménage». En soirée, une véritable armée se dirige vers la Place des trois cultures, au centre de Mexico, où 10 000 étudiants sont rassemblés. 5000 policiers et soldats. 300 tanks. Plusieurs mitrailleuses lourdes. Un militaire zélé traine même un bazooka. (1)

C’est un corps d’élite de l’armée, le bataillon «Olimpia», qui ouvre le feu. Pour se reconnaître, les tueurs portent un gant blanc, à la main gauche. Un bain de sang. Un vrai. Plusieurs victimes, y compris des enfants, sont achevées à la baïonnette.(2)

Arrêté, le journaliste français Fernand Choisel s’en tire de justesse. «Je suis avec les étudiants, ils sont interrogés, je ne comprends pas ce qu’ils disent et ils sont tués à bout portant devant nous, raconte-t-il. Arrive mon tour, j’ai ma carte de presse dans la bouche et le milicien n’a pas tiré.» (3)

Selon les évaluations, le bilan varie de 300 à 900 morts. Mais dès le lendemain matin, des équipes s’affairent à nettoyer les traces du massacre. Il faudra 25 ans pour que les détails de la tuerie commencent à être dévoilés.

L’ordre règne à Mexico. Les Jeux se déroulent comme prévu. Enfin presque. Le 16 octobre, deux champions américains du 200 mètres, Tommie Smith et John Carlos, provoquent le scandale en levant un poing ganté de noir, durant de l’interprétation de l’hymne national.

Actualités

Autrement dit

La durée

2 HEURES ET 10 MINUTES

Temps que le citoyen canadien moyen, propriétaire d’un téléphone intelligent, passerait désormais à consulter son appareil, à chaque jour. Cela signifie 790 heures par année. Presque 33 journées complètes…

Source : Business Insider

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Politique

L’éternel retour de Berlusconi

Il a quitté son poste de premier ministre dans le déshonneur. Il a été déchu de son siège de sénateur. Condamné pour fraude fiscale, il ne peut pas être candidat à une élection avant 2019. Peu importe. En Italie, l’increvable Sylvio Berlusconi est de retour. À trois semaines des élections, sa coalition politique occupe même la position de tête dans les sondages. Histoire d’un revenant politique.

Plus moyen d’en douter. Il est ressuscité. Le même Berlusconi que ses ennemis surnomment le «caïman», la «momie» ou le «nain psychopathe». Le même politicien que tout le monde avait relégué aux poubelles de l’histoire. À 81 ans, Monsieur se présente désormais comme le «sauveur» de l’Italie. L’homme providentiel capable de faire des miracles. «Ce sera moi ou le chaos», résume notre M. Modeste. 

Oui, Silvio Berlusconi est de retour. Avec son énorme machine de promotion. Depuis quelques mois, il semble partout à la fois. Sur les trois chaînes de télévision qui lui appartiennent, ses apparitions deviennent plus nombreuses que celles de la Vierge Marie lors du pèlerinage de Lourdes. Et surtout, n’allez pas croire que le très pur Silvio revient par ambition ou par goût du pouvoir. Jamais de la vie! Il agit plutôt par sens du devoir. Il répond à l’appel de la patrie en danger. «Je suis le Jésus Christ de la politique, a-t-il expliqué. Je me sacrifie pour les autres». (1)

La métamorphose de pervers pépère

Bien sûr, même l’increvable Silvio n’est pas complètement immunisé contre le poids des ans. (2) À 81 ans, son verbe est devenu moins rapide. Pire, son sourire légendaire semble un peu figé, gracieuseté d’un trop grand nombre de liftings du visage. Finie l’époque où son médecin le décrivait comme un prodige de la génétique capable de vivre jusqu’à 120 ans. Peut-être plus.

À la fin janvier, l’insubmersible a dû stopper sa campagne électorale durant deux jours, pour se reposer. Un rappel de l’opération à cœur ouvert, subie en 2016. Mais qu’à cela ne tienne, le miraculé a balayé l’incident par une pirouette verbale. Comme d’habitude. «Cela me désole de décevoir mes adversaires, mais je vais bien et je ne prends que deux jours de pause.» (3)

Silvio Berlusconi n’est jamais pris au dépourvu. À preuve, il capitalise déjà sur sa fragilité nouvelle. Adieu l’image du séducteur un peu débauché. Place au «vieux sage», au «père de la nation». Avant, les publicités électorales de son parti, Forza Italia, présentaient des femmes en costume de bain qui se pâmaient devant le beau Silvio. Aujourd’hui, le «nouveau» Berlusconi pose en compagnie de ses bichons maltais, comme un gentil grand-papa. Des images le montrent aussi en train de donner le biberon à des petits agneaux, dans un paysage bucolique. (4)

Incroyable, mais vrai, pervers pépère est devenu l’ami de Bambi.

La saison du grillon

Ici, un retour dans le temps s’impose. Le 12 novembre 2011, l’insubmersible Berlusconi prend l’eau de toutes parts. L’Europe lui tourne le dos. La justice le talonne. La crise économique et les scandales sexuels ont fait de lui un ennemi public. Après avoir présenté sa démission, le mal-aimé doit même s’enfuir par une porte dérobée, pour échapper aux insultes de la foule. 

«Débauché!» «Bouffon!» «Mafieux!» «En prison!» «Dégage!» hurlent les manifestants. À l’annonce de son départ, des milliers de personnes se mettent à danser dans les rues de Rome.

L’humiliation est complète. Mais Silvio Berlusconi n’a pas touché le fond. En août 2013, il est condamné à quatre ans de prison pour fraude fiscale. Une peine qui est bientôt commuée en travaux communautaires, mais qui l’empêche de se présenter à des élections jusqu’en 2019. Berlusconi enrage. Il traite les juges de «malades mentaux». «Mes enfants se sentent persécutés comme les juifs sous Hitler», gémit-il. (5)

Patience. L’illusionniste prépare déjà son retour. Car au même moment, l’Italie assiste à la montée du Mouvement 5 étoiles, fondé par l’ancien comique Beppe Grillo. Le charismatique Grillo fait courir les foules avec son slogan: «Virons-les tous!» Il veut faire table rase du passé. Dynamiter un monde politique «corrompu jusqu’à la moelle».

Beppe Grillo et ses partisans, surnommés les «grillons», dénoncent pêle-mêle l’Europe, l’Euro, l’Allemagne, l’OTAN, les vaccins obligatoires et l’immigration. Le fort en gueule Grillo rebaptise le président Giorgio Napolitano «la dépouille». Les députés deviennent des «larves grassement payées». Même la sénatrice et Prix Nobel de médecine, Rita Levi, n’est pas épargnée. Pour l’anniversaire de ses 100 ans, elle aura droit au qualificatif de «vieille putain». (6)

Au début, le Mouvement 5 étoiles n’est guère pris au sérieux. Une mode passagère. Mais lorsqu’il récolte 25 % de suffrages aux élections de 2013, le danger se précise. Soudain, l’Europe et la bonne société italienne prennent peur.

Le retour de la momie

Silvio Berlusconi comprend vite tout le profit qu’il peut tirer de la grande frousse suscitée par le Mouvement 5 étoiles. Il fait le pari qu’on préférera bientôt son retour à l’arrivée au pouvoir des grillons. Dès lors, il s’emploie à diaboliser ces derniers. Une «secte». «Pire que les communistes d’autrefois», assure-t-il. «Ce sera moi ou ces extrémistes» va-t-il marteler.

Malgré tous ses ennuis, Berlusconi reste «rentable» politiquement. Sa seule présence augmente de 10 % les suffrages d’une coalition formée par son parti Forza Italia, avec deux formations de la droite dure, la Ligue du Nord et Frères d’Italie. À défaut de pouvoir être élu, Monsieur se vante de tirer les ficelles. Il se présente comme «l’entraîneur de l’équipe». (7)

Dès le début de 2017, Silvio Berlusconi déborde d’assurance. Au point de distribuer les portefeuilles d’un futur gouvernement. Ne reculant devant rien, il veut confier le ministère de l’Intérieur au leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, un exalté qui s’inquiète pour «la race blanche». (8) Et comme pour fournir une preuve ultime de sa confiance retrouvée, il recommence même à collectionner les blagues de mononcle!

À preuve, cette réponse stupéfiante à une question portant sur le mouvement #moiaussi, qui dénonce les inconduites sexuelles. «Je n’ai pas trop d’expérience [du flirt] parce que ce sont toujours les femmes qui me font la cour.» (9)

Des croquettes pour chien à volonté

Depuis la nuit des temps, la méthode Berlusconi est simple. Elle consiste à promettre tout et son contraire, pour ensuite accuser les alliés politiques d’avoir empêché la réalisation des promesses. (10) L’important, c’est de toujours égaler l’offre de la concurrence. Comme un marchand de tapis. Par exemple, si le Mouvement 5 étoiles propose un revenu minimum garanti, le vieux renard riposte en promettant l’instauration d’un revenu minimum «de dignité». 

Depuis le début de la campagne électorale de 2018, c’est surtout en matière d’immigration que Silvio Berlusconi veut conserver l’initiative. Quitte à se montrer plus xénophobe que La ligue du Nord, qui promet d’expulser tous les immigrants illégaux dans les «15 minutes» suivant son élection. (11) Berlusconi s’engage à expulser 630 000 immigrants. (12) Il dénonce aussi «476 000 immigrés contraints de commettre des délits pour manger». (13) 

Parfois, la course aux promesses tourne à la farce. Le Mouvement 5 étoiles, qui vise un électorat plus jeune, veut instaurer une déduction fiscale sur les couches pour enfants. Silvio Berlusconi réplique avec une promesse taillée sur mesure pour un électorat d’âge mûr: une déduction fiscale sur les croquettes pour chien et pour chat. (14)

Au début janvier, le quotidien Corriere della Sera évaluait déjà les promesses électorales des principaux partis à 200 milliards d’euros [308 milliards $CAN]. (15) Et la surenchère continue. «On dirait la campagne électorale de Laponie, le pays du père Noël», s’est moqué l’ancien premier ministre Matteo Renzi. Un tantinet inquiet, le chef de la conférence épiscopale italienne, le cardinal Gualtiero Bassetti, a lancé un appel à la modération. «Arrêtez de promettre des miracles!» (16)

Vous constatez que la situation est grave lorsque même l’Église italienne craint de se faire distancer en matière de miracles…

Tout est pardonné

«En Italie, on dit que si tu réussis à durer assez longtemps, tu as de bonnes chances d’être canonisé», a dit Lucia Annunziata, du Huffington Post Italy. À trois semaines des élections législatives du 4 mars, Silvio Berlusconi pourrait en fournir la preuve. Sa coalition de droite arrive en tête, avec 38 % des suffrages.* (17)

Seule ombre au tableau, le sauveur Berlusconi n’en a pas tout à fait fini avec la justice. Le 7 mai, il devra répondre à des accusations d’avoir acheté le silence de différents témoins. On le soupçonne d’avoir distribué plus de 10 millions $ en cadeaux à des jeunes femmes ayant participé à des soirées aux allures d’orgies de la Rome antique. On sait déjà que l’accusé Silvio plaidera «un simple excès de générosité». (18)

Ironie suprême, Silvio Berlusconi est perçu comme un moindre mal. Un rempart contre le populisme! À travers l’Europe, plusieurs leaders semblent prêts à tout lui pardonner. «Mon cher Silvio, quelle joie de te revoir!» s’est exclamé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il y a quelques jours. (19) Il semble que même l’Allemande Angela Merkel ferait mine d’oublier que son «cher Silvio» parlait d’elle comme «d’un gros derrière pas baisable», en 2011. 

Heureusement, tout le monde n’est pas dupe. À preuve, ce commentaire d’un diplomate européen anonyme, confié au Irish Times: «On peut difficilement prétendre que Berlusconi est anti-Europe. Mais on peut difficilement prétendre qu’il est pro-Europe. La vérité, c’est qu’il n’a aucun principe.» (20)

*Les sondages prédisent un score de 35 à 39 % pour la coalition de droite , de 27 à 29 % pour le Mouvement 5 étoiles et de 22 à 25 % pour le Parti démocrate (centre gauche). 

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Sources:

  • 1 «The Strange Rebirth of Silvio Berlusconi», New Stateman, 6 janvier 2018.
  • 2 «Italie : retour tonitruant de Berlusconi sur le devant de la scène», Agence France Presse, 4 février 2018.
  • 3 «Berlusconi suspend sa campagne pour cause de fatigue», La libre Belgique, 1er février 2018. 
  • 4 «L’incroyable lifting électoral de Berlusconi», Marianne, 12 janvier 2018.
  • 5 «Berlusconi : ‘‘Mes enfants se sentent persécutés comme les juifs sous Hitler’’», La Tribune, 7 novembre 2013.
  • 6 «Italie : Beppe Grillo, un professionnel de l’insulte politique», Courrier international, 5 septembre 2012.
  • 7 «Silvio Berlusconi est à nouveau incontournable sur l’échiquier politique italien», Reuters, 30 janvier 2018.
  • 8 «La Ligue du Nord provoque pour exister», Le Monde, 19 janvier 2018. 
  • 9 «Silvio Berlusconi salue les ‘‘saintes paroles’’ de Catherine Deneuve», Courrier international, 12 janvier 2018.
  • 10 «Silvio Berlusconi, inéligible, mais incontournable en Italie», Le Monde, 23 janvier 2018.
  • 11 «Italie : expulser les migrants, promesse électorale difficile à tenir», Mediapart, 6 février 2018.
  • 12 «En Italie, à l’extrême droite toute en matière d’immigration!», Le Temps, 6 février 2018.
  • 13 «Surenchère populiste en Italie», Le Figaro, 18 janvier 2018.
  • 14 «Les chères promesses de Berlusconi», L’Humanité, 17 janvier 2018.
  • 15 «Silvio commediante, Berlusconi tragediante», L’Express, 31 janvier 2018.
  • 16 «Surenchère de promesses avant les élections législatives italiennes», Le Monde, 22 janvier 2018.
  • 17 «Les sondeurs dans le flou avant les élections de mars en Italie», Reuters, 9 février 2018.
  • 18 «Italie : le procès de Berlusconi renvoyé au 7 mai», Le Figaro, 29 janvier 2018.
  • 19 «Silvio Berlusconi, le retour en grâce», Le Point, 24 janvier 2018.
  • 20 «Silvio Berlusconi’s Resurrection Shakes up Italy and the EU», Irish Times, 2 février 2018.