Jean-Marc Salvet
Le ministre du Travail, Jean Boulet, a édicté le mois dernier un règlement encadrant les activités des agences de placement de personnel et de recrutement de travailleurs étrangers temporaires.
Le ministre du Travail, Jean Boulet, a édicté le mois dernier un règlement encadrant les activités des agences de placement de personnel et de recrutement de travailleurs étrangers temporaires.

Vive... la politique!

CHRONIQUE / Il y a la petite politique, celle dont on entend beaucoup parler. Celle des rapports de forces, des jeux d’influence et des effets de toge. Celle qui attire le regard et l’attention. Celle qui vise à gagner des points et à en arracher aux adversaires.

Il y a aussi la politique avec un grand P, celle qui change le cours des choses. Globalement pour le mieux si l’on prend un grand angle, si l’on embrasse par exemple les dernières décennies au Québec.

Cette politique avec un P majuscule est aussi faite de «petites» choses. Les guillemets sont nécessaires, car ce qualificatif est employé ici comme élément de différenciation avec ce qu’on qualifie généralement de «grands enjeux».

Des «petites» choses pourtant souvent bien nécessaires, mais qui parviennent malheureusement trop peu jusqu’aux citoyens. C’est que le système politico-médiatique, entraîné sur lui-même et par lui-même, sautille souvent d’une controverse à l’autre. C’est aussi que de nombreuses plus petites avancées politiques sont éclipsées par de plus grandes, par les fameux grands enjeux. Normal. Il va de soi par exemple qu’une assemblée législative place au coeur de ses discours et de ses priorités d’action les questions touchant à la protection de l’enfance — et que les médias les donnent à lire, à entendre et à voir.

Tous ces mots un peu emphatiques sur la nécessité de la politique visent à introduire ce qui suit, un «petit» dossier qui a pourtant une longue histoire. Qui démontre par la bande qu’il existe plus de continuité que de ruptures d’un gouvernement à l’autre au Québec. Et qui nous rappelle que la politique doit se pencher sur 1000 facettes de notre organisation sociale.

C’est un «petit» exemple parmi tant d’autres.

Une PM et deux ministres...

À partir de 2020, les dizaines de milliers de personnes qui passent par les agences de placement de personnel et les agences de recrutement de travailleurs étrangers temporaires seront mieux protégées au Québec. Les activités de ces agences seront encadrées.

Elles devront entre autres et pour la première fois détenir un permis délivré par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Le ministre du Travail, Jean Boulet, a édicté le mois dernier un règlement à cet effet.

Son règlement s’appuie sur une loi que la ministre du Travail du gouvernement Couillard, Dominique Vien, a fait adopter en 2018. Mais il manquait toujours ce règlement d’application. Il est maintenant là.

Avant la libérale Dominique Vien, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, avait promis, en campagne électorale, en 2012, qu’un gouvernement qu’elle dirigerait instaurerait des mesures visant à mieux encadrer ces agences offrant du personnel à d’autres employeurs. Son gouvernement minoritaire n’a pas pu aller jusqu’au bout.

La longue boucle vient d’être bouclée au profit de ces travailleurs.

Cette question aurait dû être réglée bien plus tôt. D’autant qu’il s’agit de travailleurs bien souvent vulnérables. Malheureusement, les sans-voix parviennent difficilement à imposer leurs priorités, à attirer le regard et l’attention. Il y a toujours tant et tant à faire.

Les gouvernements ont aussi été ralentis par le souci qu’ils ont eu de ne pas mettre toutes les agences dans le même sac. Ils ont longtemps cherché à distinguer celles se comportant comme de bons citoyens corporatifs — lesquelles forment la majorité d’entre elles, ont-ils toujours insisté — des autres.

La politique a avancé lentement, mais elle a avancé. L’encadrement de ces agences est un exemple parmi d’autres de sa nécessité.

Cet exemple est... trop petit pour figurer dans les revues et bilans de fin d’année. Mais il est bien réel, concret, pertinent et utile.

Définition

Qu’est-ce que la politique avec un P majuscule? C’est tout ce qui reste à faire.

La liste est évidemment longue! Il n’y a qu’à suivre l’actualité des derniers jours pour s’en convaincre.

La politique dans l’acception large et noble du terme, c’est tout ce qui reste à accomplir et tout ce qui restera toujours à faire, car rien n’est statique. Elle est un outil à la fois collectif et naturel permettant d’assurer la vie en société; permettant de donner la main à d’autres.