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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Marie-Eve Proulx
Marie-Eve Proulx

Une démission de ministre d’un... «commun accord»

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CHRONIQUE / La désormais ex-ministre Marie-Eve Proulx a remis sa démission à François Legault un peu comme l’ex-gouverneure générale du Canada, Julie Payette, a remis la sienne à Justin Trudeau plus tôt cette année.

«Remis sa démission» est l’expression figurant dans le communiqué de presse diffusé par le cabinet du premier ministre Legault vers midi mardi.

C’est souvent l’expression consacrée pour dire que le titulaire d’une charge «a été démissionné». Autrement dit, qu’on lui a fait comprendre qu’il — qu’elle, en l’occurrence — ne pouvait plus demeurer en poste.

«Disons que c’était d’un commun accord», a commenté plus tard en conférence de presse M. Legault.

Lorsqu’elle a remis sa démission à Justin Trudeau en janvier, Julie Payette a retiré une épine au pied du premier ministre canadien, qui était mal pris avec le rapport d’enquête confirmant l’existence d’un climat de travail toxique à Rideau Hall. C’est un peu pareil dans ce cas-ci, où il est aussi question, et depuis longtemps, d’un climat toxique de travail autour de Mme Proulx.

Pas plus que M. Trudeau n’a perdu de plumes pour avoir ignoré avant même l’embauche de Mme Payette tout un faisceau d’indices sur le harcèlement psychologique au travail qu’elle avait fait subir autour d’elle dans le passé, M. Legault ne sera pas écorché politiquement par cette affaire. Il l’aurait par contre été s’il avait conservé Marie-Eve Proulx au sein de son conseil des ministres.

Dans les circonstances, c’est son maintien en poste qui aurait été de plus en plus dommageable pour M. Legault et son gouvernement. Pas son départ forcé ou obligé.

Comme M. Trudeau l’avait déclaré dans la foulée de l’«affaire Payette», M. Legault a affirmé mardi que le harcèlement psychologique au travail est inacceptable : «C’est non négociable. Partout où j’ai travaillé dans ma vie, que ce soit quand j’étais président d’Air Transat ou depuis que je suis en politique, on peut être exigeant, on peut travailler fort, mais ça doit se faire dans le respect.»

Les dossiers ne sont pas les mêmes, mais à des problèmes paraissant semblables, les réactions et les réponses le sont aussi. C’est ce que l’on peut constater.

Quoi qu’il en soit, le harcèlement psychologique au travail ne relève pas de la simple «régie interne», comme l’a suggéré Mme Proulx lundi.

Indulgence?

Le premier ministre du Québec a-t-il fait preuve d’indulgence envers la caquiste Proulx qu’il connaît depuis très longtemps? Elle est l’une des signataires du manifeste ayant donné naissance à la CAQ il y a 10 ans.

Les problèmes étaient déjà tels autour de la ministre en février 2020 que le cabinet de François Legault lui avait adjoint un «coach». Mais rien n’y a fait. Les démissions et les congédiements se sont poursuivis autour de celle qui était jusqu’à mardi midi ministre déléguée au Développement économique régional. Deux plaintes logées au Tribunal administratif du travail par un ex-employé de son bureau de circonscription de Côte-du-Sud ont abouti récemment à une entente à l’amiable. Cette entente a fait en sorte que Mme Proulx n’a pas eu à comparaître.

Le chroniqueur Bernard Drainville, du 98,5 FM, à Montréal, avait révélé mardi matin que le cabinet de François Legault venait d’être informé de nouvelles allégations concernant Mme Proulx. Une personne ayant travaillé avec elle avant qu’elle se lance en politique, et disant être «une ancienne victime du harcèlement psychologique au travail de Marie-Eve Proulx», se demandait pourquoi cette tolérance à son égard. Et elle ajoutait : «Est-ce que nous devons faire collectivement une sortie publique pour que votre gouvernement agisse afin d’éviter qu’il y ait plus de victimes? Qu’attendez-vous pour agir?»

Cette lettre a été l’équivalent pour M. Legault du rapport qu’avait reçu M. Trudeau au sujet de Mme Payette. 

Mme Proulx n’est plus ministre, mais demeure députée de la CAQ.