Sébastien Proulx

Un cadeau à la CAQ

CHRONIQUE / En abandonnant son siège de député de Jean-Talon, Sébastien Proulx fait, bien malgré lui, un cadeau à la Coalition avenir Québec (CAQ). Sa circonscription tombera probablement dans l’escarcelle caquiste d’ici Noël.

Lors d’une élection partielle, un parti au pouvoir arrache rarement une circonscription qui était représentée par un député d’opposition. C’est même un exploit lorsqu’une telle chose se produit, peut-on constater en analysant les résultats de toutes les élections partielles des 40 dernières années au Québec.

Cette possibilité est cependant à portée de main pour la CAQ dans Jean-Talon. 

Elle est même hautement probable dans cette circonscription, qui est de moins en moins le château fort libéral qu’elle a été.

Aux dernières élections générales, Sébastien Proulx l’avait emporté avec 32,6 % des suffrages. La caquiste Joëlle Boutin avait pour sa part engrangé 28,6 % des voix. Moins de 1365 votes les séparaient.

Déjà, de ce strict point de vue, la victoire est possible pour le gouvernement Legault dans cette circonscription libérale.

Comme elle l’était dans Roberval, une circonscription remportée par le chef libéral Philippe Couillard lors des dernières générales, mais tombée dans les mains de la CAQ à la partielle déclenchée après sa démission.

Il est d’autant plus probable que le gouvernement caquiste ravisse Jean-Talon que le Parti libéral du Québec aura, avec une course à la direction à venir, de la difficulté à convaincre un candidat de prestige de se lancer.

Et que, de façon générale, l’appui populaire de la CAQ demeure élevé, particulièrement chez les francophones.

Rien n’est impossible dans la vie, mais il y aura là un vrai gros défi pour l’organisation libérale. Elle devra tenter de miser sur l’opposition au 3e lien entre Québec et Lévis qui existe dans cette partie de la capitale, croit un membre du parti.

Isolé

La démission de Sébastien Proulx revêt un petit drame politique pour les libéraux. Il était le seul représentant libéral à l’est de l’agglomération urbaine de Montréal. Son départ confortera l’image d’un parti éloigné des francophones.

Une situation qui accroîtra le défi qu’aura à relever le prochain chef ou la prochaine cheffe du parti.

Dans l’aile parlementaire, M. Proulx était isolé sur des questions dites «identitaires». Mais là n’est pas la raison de sa démission.

Quelque chose s’est cassé le 1er octobre dernier pour lui. C’était un secret de Polichinelle qu’il avait le cœur ailleurs depuis la raclée électorale. Son esprit l’était de plus en plus aussi.

On comprend aujourd’hui qu’il se cherchait un emploi, qu’il s’était montré disponible.

Les perspectives qui sont devant le Parti libéral du Québec n’avaient rien pour le convaincre de rester. En partant, il ne les rend pas plus roses, c’est certain.

Mais quand le cœur n’y est plus, les compromis à forger pour concilier vie politique et vie familiale deviennent impossibles. 

M. Proulx est un chic type, un être humain agréable à côtoyer. Il manquera à ses collègues libéraux, ainsi qu’à plusieurs de ses adversaires.

Les gens vont et viennent à l’Assemblée nationale. C’est le propre de la fonction de parlementaire.