Les activistes de Saint-Lambert, qui n’ont pas la moindre légitimité, sont tombés dans l’irresponsabilité la plus totale.

Tellement à faire avec les nations autochtones

CHRONIQUE / C’est un fait significatif : dans le projet de réforme parlementaire qu’il vient tout juste de présenter, le ministre Simon Jolin-Barrette propose que l’Assemblée nationale offre aux députés «une formation sur les réalités autochtones». Cela en dit long sur la situation actuelle. 

L’opposition des chefs héréditaires des Wet’suwet’en au projet de gazoduc Coastal GasLink cache des doléances historiques. Sur le fond, il y a tellement à faire!

Y compris au Québec. C’est ce que dit M. Jolin-Barrette, finalement.

La signature lundi de la «Grande alliance» entre le gouvernement Legault et la nation crie ne doit pas faire écran.

Ne citons que deux dossiers d’actualité pour rappeler que des différends de fond existent entre Québec et les nations autochtones.

Le gouvernement Legault a ajouté à son projet de loi élargissant le champ de compétence des pharmaciens des amendements censés permettre aux familles autochtones d’obtenir de l’État des informations sur les enfants qui leur ont été enlevés à la suite d’une admission dans un hôpital ou dans un établissement de santé du Québec. Il pensait ainsi donner suite à une recommandation du rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Or, le bureau du Protecteur du citoyen l’exhorte à retirer ces amendements et à élaborer un projet de loi distinct sur cette question. Il demande aussi que les articles de cette éventuelle proposition législative aillent plus loin que ceux ajoutés au projet de loi sur les pharmaciens.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador réclame la même chose. Son chef, Ghislain Picard, est venu le dire la semaine dernière à l’Assemblée nationale.

Dans un autre dossier, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador fustige la décision du gouvernement Legault de contester la constitutionnalité d’une loi adoptée en juin par la Chambre des communes sur les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

La liste des différends comprend de nombreux autres éléments. La «Grande alliance» entre le gouvernement Legault et la nation crie ne doit pas faire illusion.

Au passage, et bien qu’il s’agisse d’une question secondaire, il faut répéter ici que la signature lundi de cette entente de «nation à nation» aurait dû se faire non pas à Montréal, mais à Québec. Selon l’esprit du statut de capitale nationale octroyé à Québec par l’État québécois en décembre 2016, ainsi que d’après une politique mise en place il y a plus de 20 ans, c’est dans la ville où se trouve le siège de l’État québécois que cette cérémonie aurait dû se dérouler.

Craintes

Il reste tellement à faire avec les nations autochtones… Les autorités canadiennes ont probablement joué leur dernière carte politique en annonçant jeudi que la GRC acceptait de quitter le territoire de la Première Nation Wet’suwet’en pour s’établir dans une municipalité avoisinante.

Pour l’heure, ceux qui persistent dans l’illégalité travaillent contre eux. Plus grave, ils travaillent contre les nations qu’ils prétendent vouloir défendre.

Dès le premier jour de l’irruption de protestataires sur les voies ferrées, on pouvait par ailleurs craindre que de tels moyens de protestation fassent tache d’huile. Si une telle crise a pris naissance en Colombie-Britannique, qui est dirigée par un gouvernement néo-démocrate bénéficiant de l’appui du Parti vert, des blocages de lieux névralgiques pourraient très certainement se reproduire un jour ailleurs pour bien d’autres raisons. Pensons à un projet minier ou à l’éventuelle construction du gazoduc de GNL au Québec.

Les activistes de Saint-Lambert, qui n’ont pas la moindre légitimité, l’ont confirmé. Ils sont tombés dans l’irresponsabilité la plus totale.

Il faudra désormais davantage parler en amont avec les nations autochtones, sans pour autant croire que cela apportera toujours des garanties de succès. Ne serait-ce que parce qu’elles sont divisées entre leurs représentants élus et leurs chefs héréditaires.

Ici comme ailleurs, dans ces dossiers comme dans bien d’autres, il restera toujours des positions irréconciliables.

C’est pour cela qu’existent les règles de droit et les tribunaux.