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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Manon Massé de Québec solidaire
Manon Massé de Québec solidaire

Québec solidaire conteste avoir commis une faute 

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CHRONIQUE / Québec solidaire n’a pas commis une simple erreur en rejetant la semaine dernière une motion présentée par le gouvernement Legault pour condamner l’antisémitisme. Il a commis une faute. Une faute politique et morale à mes yeux, ce que conteste le parti, qui fait une toute autre lecture de la chose. Explications:

Vendredi, le ministre québécois responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, a présenté une résolution parlementaire déplorant «que plus de 75 ans après la fin de la Shoah, l’antisémitisme demeure présent dans le monde». Or, Québec solidaire s’est opposé à son adoption.

À l’instar du ministre Charette, je suis consterné par ce refus de Québec solidaire. La lutte contre le racisme ne peut pas être sélective.

Comme le ministre, je cherche les mots qui posent problème dans le libellé de cette résolution finalement restée sur la touche. Je n’en vois pas.

On y avait même pris soin de préciser «que critiquer ou manifester pacifiquement contre la position d’Israël dans le dossier israélo-palestinien n’est pas en soi de l’antisémitisme». Autrement dit, que ce n’était pas la critique de l’État d’Israël qui était visée par cette motion parlementaire.

Le refus de Québec solidaire est d’autant plus grand que cette précaution avait été prise. J'insiste là-dessus.

Les autres paragraphes du libellé se lisaient ainsi:

Que l’Assemblée nationale «dénonce les violences, menaces et agressions subies par la communauté juive québécoise, qui ont pris de l’ampleur ces dernières semaines tant dans nos villes que sur les réseaux sociaux; qu’elle se joigne à l’effort international renouvelé de combattre l’antisémitisme; qu’elle réitère la nécessité de maintenir un débat sain et démocratique concernant le conflit israélo-palestinien; qu’elle condamne sans réserve l’antisémitisme; qu’elle adopte la définition de l’antisémitisme comme étant une certaine perception des juifs, qui peut être exprimée sous forme de haine envers les juifs; qu’enfin, elle rappelle que les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visant des individus juifs ou non et/ou leurs biens, leurs institutions communautaires et les lieux de culte seront toujours condamnées sans réserve».

Lors de cette étape des travaux parlementaires, les partis n’expliquent pas les raisons de leur appui ou de leur rejet d’une motion. Ils «consentent» à son adoption ou ils ne «consentent pas». C’est tout, et c’est donc sans explications à ce moment-là que Québec solidaire a refusé.

Il faut dénoncer haut et fort toutes les manifestations de haine et de violences contre les musulmans — ce avec quoi Québec solidaire est d’accord. Avec raison et à bon droit. Mais rien ne peut justifier les condamnations sélectives.

Pas de condamnations sélectives! Ne fermons jamais les yeux lorsque des actes ou des propos racistes ou de haine frappent des personnes de confession juive ou musulmane ou chrétienne, ou qui que ce soit d’autre pour tout motif figurant dans nos chartes des droits et libertés ou allant à l’encontre de la fraternité. C’est la base du vivre-ensemble. C’est la base de la fraternité.

Sur le fond, chacun des députés solidaires à l’Assemblée nationale partage cette vision des choses. Alors, quoi?

Réplique de QS

Québec solidaire explique son refus en raison de la définition donnée dans cette proposition de motion à l’antisémitisme. D’autres opposants à cette définition estiment qu’elle menace la liberté d’expression et d’autres la rejettent en affirmant qu’elle assimile les critiques de l’État d’Israël à de l’antisémitisme — bien que la proposition dont il est question prend expressément soin de l’exclure.

La députée Ruba Ghazal affirme que «Benoit Charette savait en toute connaissance de cause que la définition qu’il tentait d’inclure dans les deux derniers paraphes de sa motion est contestée par des groupes de défense des droits et liberté, y compris une bonne partie de la communauté juive d’ici et d’ailleurs et l’auteur original de la définition. Tous les partis étaient prêts à adopter le reste de la motion qui condamnait clairement et fermement l’antisémitisme. Pourquoi a-t-il préféré s’entêter et faire battre une telle motion qui aurait obtenu l’unanimité de l’Assemblée nationale et fait consensus parmi toutes les parties?»

Les deux paragraphes de la proposition du gouvernement Legault auxquels s’oppose Québec solidaire sont les suivants, je le rappelle : Que l’Assemblée nationale «adopte la définition de l'antisémitisme comme étant une certaine perception des juifs, qui peut être exprimée sous forme de haine envers les juifs; qu'enfin, elle rappelle que les manifestations rhétoriques et physiques de l'antisémitisme visant des individus juifs ou non et/ou leurs biens, leurs institutions communautaires et les lieux de culte seront toujours condamnées sans réserve».

Je ne vois pas dans ces mots-là ce qu'on y voit chez Québec solidaire. Nos opinions divergent.