«Du dialogue, il en faudra à l’Assemblée nationale lors de la commission parlementaire sur le projet de loi déréglementant le secteur du taxi», écrit notre chroniqueur.

Quand il nous reste le dialogue

CHRONIQUE / Taxi, laïcité, «désobéissance civile»… C’est fou comme des tensions peuvent s’amplifier à vitesse grand V dans une société! Quand les éléments se crispent, il ne reste qu’une chose : le dialogue. C’est ce qu’il faut mettre au centre de la table.

Ah oui, c’est vrai; pour certains, le dialogue est un aveu de faiblesse. Pourtant, on n’a jamais rien fait de mieux.

Du dialogue, il en faudra à l’Assemblée nationale lors de la commission parlementaire sur le projet de loi déréglementant le secteur du taxi. Et le dialogue suppose quoi? Il suppose de l’écoute.

Si le gouvernement persiste à aller de l’avant avec sa déréglementation de l’industrie du taxi — ce dont je suis persuadé —, il serait bon qu’il déplace plusieurs curseurs inscrits dans sa proposition législative. Il devrait par exemple sérieusement accroître la redevance payée lors de chacune des courses d’Uber et compagnie, et en faire bénéficier sur une base annuelle le secteur du taxi.

Concernant le projet de loi sur la laïcité, personne ne doit imaginer que le gouvernement reculera sur le personnel enseignant des écoles primaires et secondaires du réseau public. Compte tenu de cette situation, je plaide pour que la clause de droit acquis suive les personnes concernées. Selon ce qui est actuellement prévu, cette protection serait perdue dès lors qu’une personne visée n’exercerait plus la même fonction au sein de son organisation.

Il devrait au moins être possible de dialoguer là-dessus en commission parlementaire.

La ligne rouge

Où s’en vont des villes de l’ouest de Montréal en réclamant l’exclusion de leurs employés du projet de loi sur la laïcité, sous peine de ne pas l’appliquer...? Il ne s’applique déjà pas vraiment à elles directement! Par principe, elles suivent néanmoins une voie tracée par certaines commissions scolaires de la métropole.

Mais toutes ces institutions franchissent une ligne rouge en laissant planer une menace de désobéissance. C’est une préoccupante remise en cause de l’autorité de l’État québécois. C’est aussi un film dans lequel le Québec a joué il n’y a pas si longtemps.

En octobre 2017, le maire de Montréal d’alors, Denis Coderre, avait indiqué qu’il entendait faire fi de la loi sur la neutralité religieuse du gouvernement de Philippe Couillard, celle qui s’appuyait sur le «visage découvert».

Personne ne peut choisir les lois qui s’appliquent à lui. Elles ne se choisissent pas à la carte.

Pour l’heure, il faut appeler, là aussi, à un dialogue — entendu qu’en bout de course, l’autorité de l’État québécois devra prévaloir.

Pourquoi le dialogue, alors? Entre autres parce que le gouvernement Legault a le devoir de chercher à faire baisser l’incompréhension et le désarroi de plusieurs devant le projet de loi de Simon Jolin-Barrette.

Lors de son intervention de dimanche, le premier ministre ne s’est malheureusement adressé qu’aux convaincus. C’est une occasion ratée.

Le spectre de la partition…

On n’en est pas du tout à quelque spectre que ce soit de division du territoire québécois, mais l’idée de désobéissance civile évoquée par certains, et émanant surtout de l’ouest de Mont­réal, rappelle à quelques-uns à l’Assemblée nationale de vieux débats sur la «partition».

Il est politiquement ironique que cette évocation survienne quelques jours après le retour dans l’actualité de la loi 99. La semaine dernière, l’Assemblée nationale a réaffirmé son soutien à cette loi adoptée en 2000 sous le gouvernement de Lucien Bouchard. Cette législation affirme veiller au maintien de l’intégrité territoriale du Québec.