Le premier ministre du Québec, François Legault

Pilule dorée et pirouette politique à la CAQ

CHRONIQUE / Sur les classes de maternelle 4 ans, la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait de l’aveuglement volontaire en campagne électorale en disant que leur coût de construction unitaire s’élèverait en moyenne à quelque 120 000 $. François Legault a reconnu la semaine dernière qu’il savait parfaitement à ce moment-là qu’il en coûterait beaucoup plus cher. Mais il n’avait pas cru nécessaire de parler de tout ce qui vient avec de nouvelles classes — du couloir à l’agrandissement d’une cafétéria, par exemple... La CAQ a doré la pilule. C’est la même chose avec le scrutin proportionnel.

Le projet de loi de la ministre Sonia LeBel stipule que les Québécois devront se prononcer sur le scrutin proportionnel par référendum lors des prochaines élections générales en 2022. Pourtant, en campagne électorale — pas plus qu’avant, d’ailleurs —, il n’avait jamais été question de référendum.

Au contraire, le chef caquiste et actuel premier ministre du Québec avait assuré que l’appui de trois partis sur quatre à l’Assemblée nationale suffirait à aller de l’avant dès 2022.

Il devait alors estimer que le projet était porteur électoralement parlant.

Encore en mai, je le rappelle une énième fois, la ministre Sonia LeBel indiquait ceci : «Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin...» Il était donc encore très clair il y a quelques mois à peine que le prochain rendez-vous électoral se déroulerait sous un mode de scrutin «proportionnel mixte compensatoire».

On sait maintenant officiellement que ce ne sera pas le cas.

Pirouette

Passer par une consultation référendaire peut parfaitement se justifier. Notre mode de scrutin est à la base de tout le reste.

En soi, l’idée d’un référendum est d’autant plus compréhensible que c’est toujours au nom d’un idéal démocratique que l’on promeut un mode de scrutin proportionnel. Il est donc normal de pousser la logique jusqu’au bout en demandant aux citoyens s’ils sont pour ou contre.

Le problème n’est pas là. Le problème est que ce n’est pas du tout ce qu’avait dit la CAQ.

Mercredi, le premier ministre Legault a fait une sorte de mea-culpa pour dorer la pilule. Il a reconnu avoir dit qu’un mode de scrutin proportionnel mixte serait instauré dès les prochaines élections, mais en ajoutant aussitôt que le dossier était plus complexe qu’il ne l’avait imaginé. C’est bien sérieux, ça?

Et qu’en raison de cette complexité, il fallait du temps. Et d’ailleurs, qu’«on ne se trompe jamais» en consultant les citoyens.

C’est une grosse pirouette politique.

Cynisme...

On imagine le soulagement de plusieurs caquistes. Si le modèle de proportionnel présenté mercredi s’était appliqué aux résultats électoraux d’octobre 2018, la CAQ aurait formé un gouvernement minoritaire. Elle aurait obtenu moins de sièges qu’actuellement, tandis que les libéraux, les péquistes et Québec solidaire auraient décroché davantage de circonscriptions.

Si elle était aujourd’hui dans l’opposition et qu’un gouvernement jouait ainsi avec un tel engagement, la CAQ l’accuserait d’alimenter le cynisme. Elle le fustigerait.

Non, le problème n’est pas le référendum comme tel. Le problème est que ce n’est pas ce qu’avait proposé la CAQ.