Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet

Offrons des masques en cadeau, mais...

CHRONIQUE / Les réticences d’ordre juridique sur l’obligation qui pourrait être faite de porter un couvre-visage ont finalement été jetées par-dessus bord assez rapidement par François Legault et Horacio Arruda. En 24 heures seulement. Si les autorités québécoises n’en font pas une obligation pour l’instant, c’est maintenant en raison d’un manque de masques. C’est un autre ajustement assez rapide.

Mais il est le bienvenu, car il s’agit d’une explication qui tient beaucoup mieux la route que les écueils juridiques.

Après toutes les restrictions imposées depuis le début de la crise, celle d’obliger le port du masque dans certains lieux pour des motifs de santé paraît fort défendable devant un tribunal.

Cela étant, même si cet article de protection se trouvait tout à coup en quantité suffisante, il vaudrait quand même mieux avancer pendant quelque temps encore en recommandant «très fortement» son port là où une distance physique de deux mètres ne peut être respectée plutôt que de l’imposer tout de suite. «Très fortement», c’est-à-dire comme le suggèrent désormais les autorités gouvernementales.

Il faudrait procéder par étape parce que les autorités ont soufflé encore pas mal de tiède jusqu’à cette semaine sur cette protection.

S’il n’y en a pas suffisamment pour le grand public, c’est qu’elles n’ont pas estimé jusqu’à tout récemment qu’elles pourraient l’imposer dans certaines circonstances ou le recommander de plus en plus fortement. Dans les transports en commun, par exemple.

Au passage, le directeur national de la santé publique a noté que des citoyens pourraient en aider d’autres à obtenir des masques, puisque jour après jour et pendant des semaines, ceux-ci peuvent représenter un coût qui finit par se faire sentir pour certains.

Plusieurs en offrent déjà à autrui. Mais nous pourrions être encore plus nombreux à penser en offrir; à en offrir en cadeau même.

Offrons-en au cours des prochaines semaines et des prochains mois! Mais cela ne devra pas empêcher les autorités publiques de voir, à terme, à leurs responsabilités d’en fournir aussi aux plus vulnérables à travers les deniers publics.

Manque de précisions

François Legault répète aussi souvent que possible qu’il n’hésitera pas à repousser la levée des restrictions dans la grande région de Montréal au-delà du 25 mai — la plus récente échéance présentée par son gouvernement. Mais pourquoi subsiste-t-il ou a-t-il subsisté jusqu’ici des soupçons voulant qu’il ait voulu aller trop vite lorsqu’il a présenté les premières dates de déconfinement pour le Grand Montréal?

Parce que son gouvernement a mis des dates sur la table plutôt que d’y étaler les critères précis, objectifs et transparents sur lesquels il s’appuiera pour en arriver à ce déconfinement.

Cette situation a été exposée lors des deux périodes des questions un peu particulières tenues à l’Assemblée nationale ce mercredi. Elle a été exposée tant par le Parti libéral du Québec — entre autres par la nouvelle cheffe, Dominique Anglade, dont le ton a été exemplaire — que par le Parti québécois.

Le chef péquiste, Pascal Bérubé, a longuement mis en exergue le problème. «Un vrai plan de déconfinement, c’est plus qu’une liste de dates», a fait valoir l’élu de Matane-Matapédia. Il a donné l’exemple de l’État de New York, qui a publié un guide à l’intention de ses concitoyens.

On y explique que le déconfinement ne pourra devenir réalité que lorsqu’une série de critères seront atteints. Pascal Bérubé les a résumés ainsi: tant de nouveaux décès, tant de nouvelles infections, tant de nouvelles hospitalisations pendant 14 jours; 30 % des lits d’hôpitaux disponibles, 30 % des lits en soins intensifs disponibles; 90 jours de réserve d’équipements de protection pour les travailleurs de la santé; capacité de retracer les contacts des personnes infectées dans des délais prescrits, etc.

Ce plan de déconfinement s’appuyant sur des critères chiffrés et observables, c’est précisément ce qui a manqué et ce qui manque encore au Québec.

Le premier ministre François Legault insiste toujours pour dire que le Québec s’appuie sur les conditions fixées par l’Organisation mondiale de la santé.

Tout comme à New York, a-t-il répliqué mercredi.

Mais il n’a été précis que sur un élément. Il a expliqué qu’il faut un coussin «d’à peu près 30% dans le nombre de lits» aux soins intensifs.

Il manque encore bien des précisions de la part des autorités québécoises sur ces critères, même s’il n’y a pas vraiment de doutes à cultiver sur le fait que la grande région de Montréal ne sera déconfinée que lorsque la situation le permettra.

Le gouvernement a tout de même paru pressé de fournir des dates. Pour donner de l’espoir? Peut-être en partie.

Mais attention : des dates repoussées ou des faux espoirs peuvent décourager des citoyens et des commerçants. Surtout quand on ne fait pas la pédagogie des critères précis de levée des restrictions.

Pascal Bérubé

Une et même deux périodes des questions ne font pas une session parlementaire, mais Pascal Bérubé s’est illustré au Salon bleu mercredi.

Le chef par intérim du Parti québécois a insisté sur l’importance de faire connaître les critères précis devant mener au déconfinement. Il a aussi posé la question qui a fait admettre au chef du gouvernement québécois qu’il ne saurait être question de discuter à l’heure actuelle de l’obligation de porter un masque dans certains lieux non pas en raison d’écueils juridiques, mais en raison du manque de «disponibilité» de cet article — ce qu’il a répété plus tard en point de presse.