Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
François Legault a décliné les décisions de son gouvernement en fin de journée. À l’heure où il a tenu sa conférence de presse, c’était une «adresse à la nation». Elle n’en portait pas le nom. Mais elle en avait le contenu, la solennité et la triste gravité.
François Legault a décliné les décisions de son gouvernement en fin de journée. À l’heure où il a tenu sa conférence de presse, c’était une «adresse à la nation». Elle n’en portait pas le nom. Mais elle en avait le contenu, la solennité et la triste gravité.

Nous avons le coeur gros

CHRONIQUE / Pour que le gouvernement Legault reconfine partiellement trois régions du Québec pendant 28 jours, il faut que ses craintes sur les capacités hospitalières soient très sérieuses. Il faut aussi qu’il ait de très graves inquiétudes sur ce qu’il adviendra de nos écoles si l’on ne parvient pas à casser la deuxième vague de cette pandémie.

Il faut qu’il soit convaincu en son âme et conscience qu’en n’agissant pas ainsi maintenant, tout devra fermer complètement à terme. Nous reviendrions alors à la case départ, celle du terrible printemps dernier.

Pour les restaurants et les bars, et pour bien des activités, le couperet annoncé lundi vers 17h30 est terrible. 

Ne doutons pas que cette décision a été très difficile à prendre.

Ne doutons pas qu’aucun gouvernement ne s’y résout sans juger les raisons impérieuses.

Lorsque M. Legault a ouvert sa conférence de presse, il a dit qu’il avait le «coeur gros». Il a certes prononcé ces mots pour bien faire comprendre que c’est à contrecoeur que son gouvernement s’est résigné à se rendre jusqu’à ces nouvelles fermetures.

De tels mots témoignaient et témoignent néanmoins aussi d’un sentiment réel. Car, il ne peut être que difficile de prendre une telle décision sur un plan économique, et également dans un contexte de cynisme et de grogne montante.

Qui aurait envie de prendre une telle décision ou d’avoir à décider de ce qu’il faut faire? Personne!

Au gouvernement, on n’ignorait pas la colère et surtout le dépit que susciterait ce couperet dès lors qu’il s’abattrait. Et pour cause : l’impact sera réel et dur. Pensons seulement à des employés à temps partiel, à des étudiants, par exemple. Ils ne se qualifieront pas nécessairement aux nouvelles aides fédérales, aux nouveaux paramètres de l’assurance-emploi qui prend le relais de la Prestation canadienne d’urgence.

Tout le monde ne loge pas à la même enseigne. Tous ne sont pas égaux dans la vie, dans nos sociétés. Et tous ne le sont pas devant cette pandémie.

Le gouvernement du Québec promet de soutenir les responsables des activités et les propriétaires des commerces touchés, mais les détails sont à venir. Des inquiétudes bien compréhensibles envahissent déjà toutes ces personnes.

À Québec, on estime toutefois que l’impact serait plus grand, plus large et plus terrible encore sans intervention ferme et résolue immédiate. Comment croire que ce ne serait pas le cas si cette deuxième vague n’est pas stoppée? 

Il faut absolument protéger le système hospitalier comme la prunelle de nos yeux. On n’a pas le choix.

Mais seul le temps révélera si les décisions annoncées lundi sont toutes les bonnes, sont toutes adéquates. D'ici là, une question taraudera de nombreux citoyens: toutes nécessaires ces mesures, même dans des lieux où très peu d'éclosions ont été enregistrées? Cette question est normale et légitime dans les circonstances.

À nous d’aider collectivement et sérieusement ceux qui seront directement et immédiatement touchés.

François Legault a décliné les décisions de son gouvernement en fin de journée. À l’heure où il a tenu sa conférence de presse, c’était une «adresse à la nation». Elle n’en portait pas le nom. Mais elle en avait le contenu, la solennité et la triste gravité.