Le premier ministre François Legault reçoit sa copie du budget des mains du ministre des Finances Éric Girard. Le document porte la nouvelle identification visuelle qui accompagnera désormais toutes les initiatives du gouvernement caquiste et qui se lit ainsi : «Votre gouvernement». Ce «Votre gouvernement» est apparu pour la première fois sur les documents budgétaires présentés jeudi.

M. Legault peut remercier M. Tremblay [ANALYSE]

CHRONIQUE / Le gouvernement de François Legault peut distribuer les mercis. Il peut dire merci à M. Tremblay, à Mme Gagnon, aux citoyens en général, aux entreprises, à la croissance économique québécoise, canadienne et mondiale.

Il peut aussi dire merci à l’ancien gouvernement du Québec, ainsi qu’au 1,4 milliard $ supplémentaire provenant cette année de la péréquation canadienne— même s’il souhaite faire en sorte que le Québec puisse un jour se passer de ce programme gênant, une perspective malheureusement fort lointaine.

Jamais depuis deux générations, une équipe gouvernementale au Québec n’a possédé autant de moyens au début de son mandat pour commencer à mettre en œuvre son programme électoral, pour effectuer des choix sans trop de contraintes. Pour commencer à aller là où elle veut aller.

Que découvre-t-on de façon générale? Que le gouvernement de François Legault croit en l’État, qu’il croit en l’«interventionnisme» à la Bernard Landry.

Tout est affaire de perspective, mais ce premier budget du ministre Éric Girard est plus à la gauche qu’à la droite du centre. Il confirme l’élargissement et l’approfondissement de l’assiette des services publics. L’interventionnisme du gouvernement Legault se manifeste aussi du côté économique.

Les choix du budget 2019-2020 sont les siens. Mais les moyens viennent d’ailleurs.

Le ministre Éric Girard a eu l’élégance de rendre hommage au gouvernement précédent. C’est chic.

Ça va bien au Québec? 

Des marges de manœuvre? Regardons à travers la seule lorgnette de l’impôt des particuliers.

Il y a un an, il était prévu que cet impôt fasse entrer 30,5 milliards $ dans les coffres de l’État québécois. C’est finalement des centaines de millions de plus qui ont été récoltés. Et le ministère des Finances estime que ce seul impôt rapportera 38,1 milliards $ en 2023-2024!

En cinq ans, l’État aura donc cueilli près de 8 milliards $ de plus au seul chapitre de l’impôt des particuliers.

Le Québec a changé de paradigme budgétaire. En 2015-2016 et 2016-2017, les surplus découlaient principalement de dépenses gouvernementales inférieures à celles planifiées. Depuis, les excédents résultent de revenus supplémentaires.

Un record

Des mercis? Il en faut. Le gouvernement Legault n’a pas lui-même constitué la réserve de stabilisation record de plus de 9,5 milliards $, qui servira de pare-chocs en cas de coup dur.

Des mercis? Il le fait un peu à sa façon avec la toute nouvelle identification visuelle qui accompagnera désormais toutes ses initiatives et qui se lit ainsi : «Votre gouvernement». Avec ce «votre», il cherche et cherchera aussi à rappeler qu’il est «à l’écoute de la population». M. Legault rêve de faire de l’«écoute» son ADN politique.

Ce «Votre gouvernement» est apparu pour la première fois sur les documents budgétaires présentés jeudi.

Le logo «Votre gouvernement» est apparu pour la première fois sur les documents budgétaires présentés jeudi.

Plus de sous encore

Ce budget colle au programme électoral de la Coalition avenir Québec. Personne ne peut prétendre le contraire.

Mais il faudra des marges de manœuvre encore plus importantes que celles identifiées jusqu’en 2023-2024 pour honorer entièrement les engagements du gouvernement. Et peut-être beaucoup d’«efficience» et d’«optimisation»...

La nouvelle Allocation famille n’est pas entièrement budgétée, même si le cadre budgétaire présenté jeudi court sur cinq ans. Idem pour l’élimination complète des taxes scolaires.

Dans quelques mois, les quelque 500 000 employés de l’État cogneront à la porte du président du Conseil du trésor pour réclamer des augmentations. Ça aussi, il faudra le prévoir.

Bravo!

Un bravo tout particulier au gouvernement Legault pour avoir réglé une injustice dont l’Assemblée nationale parle depuis une dizaine d’années sans que quoi que ce soit ne change, soit la bonification de l’exemption des pensions alimentaires pour enfant à charge. Derrière cet énoncé, des femmes monoparentales à l’aide sociale qui étaient pénalisées ne le seront plus. Il était temps. Les trois gouvernements précédents devraient avoir honte.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau — dont les budgets s’écrivent à l’encre rouge —, ainsi qu’une partie du reste du Canada, ont aujourd’hui des motifs d’être jaloux des marges de manœuvre annuelles du gouvernement Legault, même si le Québec a encore pas mal de croûtes à manger sur d’autres plans, ne serait-ce qu’au chapitre de la dette totale.

Merci encore et bravo à Mme Gagnon et à M. Tremblay pour leur contribution à ces marges de manœuvre assez exceptionnelles.