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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
«Le Canada, comme pays du G7, avec une ambassade en Chine, un siège à l’OMS, n’a pas du tout joué son rôle pour informer les partenaires de la fédération du danger imminent. Il n’y a eu aucun signe du premier ministre Trudeau, aucun signe de l’appareil fédéral pour dire : ‘Écoutez, c’est très très inquiétant’», a déploré M. Koskinen dès l’amorce de l’entrevue.
«Le Canada, comme pays du G7, avec une ambassade en Chine, un siège à l’OMS, n’a pas du tout joué son rôle pour informer les partenaires de la fédération du danger imminent. Il n’y a eu aucun signe du premier ministre Trudeau, aucun signe de l’appareil fédéral pour dire : ‘Écoutez, c’est très très inquiétant’», a déploré M. Koskinen dès l’amorce de l’entrevue.

Les sonnettes d’alarme

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CHRONIQUE / Le gouvernement canadien n’a pas tiré la sonnette d’alarme à temps à l’approche de la pandémie. Et Ottawa a agi tardivement une fois la COVID parmi nous. Pas besoin de revenir sur l’épisode des frontières en mars de l’an dernier pour s’en convaincre.

Dans un entretien accordé au Soleil sur l’irruption de la pandémie au Québec il y a un an, le chef de cabinet du premier ministre Legault, Martin Koskinen, a déploré l’indolence d’Ottawa dans les jours et les semaines ayant précédé cette crise.

«Le Canada, comme pays du G7, avec une ambassade en Chine, un siège à l’OMS, n’a pas du tout joué son rôle pour informer les partenaires de la fédération du danger imminent. Il n’y a eu aucun signe du premier ministre Trudeau, aucun signe de l’appareil fédéral pour dire : ‘Écoutez, c’est très très inquiétant’», a déploré M. Koskinen dès l’amorce de l’entrevue.

L’alter ego de François Legault a raison. Mais il convient tout de même d’ajouter un peu de perspective. Car une semblable indolence — ou paralysie ou désarroi devant l’inconnu — s’est produite dans bien des pays du monde. Entre autres en France et en Espagne — pour ne citer que deux pays desquels certains Québécois rentraient de vacances il y a un an.

Durant cet entretien, M. Koskinen a par la suite pris les choses plus globalement, dépassant la seule mise en cause d’Ottawa. Il a finalement parlé des États en général. «Est-ce que c’est tous les États...?» Quoi qu’il en soit, a-t-il enchaîné, «je trouve que les États ont failli à leurs tâches au niveau de l’“intelligence” sanitaire».

Si, au Canada, l’information n’est pas redescendue dans les temps d’Ottawa, elle n’est pas remontée non plus dans les temps jusqu’aux bonnes personnes à Québec.

On le sait, c’est lors de la fameuse réunion du 9 mars 2020 que le premier ministre François Legault et d’autres ont tenue avec Horacio Arruda que tout a basculé. C’est à ce moment seulement qu’une réelle prise de conscience du danger s’est faite au sommet de l’État québécois. Et que des décisions ont été prises rapidement par la suite.

Cela dit, des spécialistes québécois, y compris à la Santé publique, s’étaient inquiétés bien avant cette réunion du 9 mars avec Horacio Arruda. Mais l’information n’était pas vraiment remontée.

Un rappel au passage : le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé décrétait l’état de pandémie. Mais c’est tout de même le 30 janvier, cinq semaines plus tôt, qu’elle avait déclaré que la flambée du nouveau coronavirus constituait «une urgence de santé publique de portée internationale».

À partir du 5 février, l’organisation a même tenu des points de presse quotidiens sur le sujet. L’information était disponible pour tous. Y compris pour le Québec.

D’ailleurs, la Colombie-Britannique n’a pas attendu qu’Ottawa tire la sonnette d’alarme pour se préparer, et ce, bien avant le Québec. M. Koskinen l’a lui-même admis dans cette entrevue réalisée le 25 février.

Qui?

Chacun a fait ce qu’il a pu devant une situation inédite et mal anticipée.

Qui aurait aimé être à la place de François Legault ou de Justin Trudeau ces 12 derniers mois? Ou de tout autre dirigeant ayant dû prendre les décisions les plus difficiles prises depuis longtemps par des gouvernements en dehors de périodes de guerre?

«Ça va bien aller», disait François Legault au début de la pandémie. Ça n’a pas bien été du tout pendant des mois.

Mais qui pourrait prétendre qu’il aurait fait mieux?

Il est malheureux que le gouvernement Legault ait obstinément refusé de tenir une enquête publique et indépendante sur toute la gestion de cette crise au Québec. Il est par contre heureux que la vérificatrice générale Guylaine Leclerc ait décidé de scruter une grande partie des mesures prises par Québec dans cette lutte. Son champ d’investigation touchera à de très nombreux aspects de la crise. C’est ce qu’elle a annoncé cette semaine.

Son travail s’ajoutera à celui du Protecteur du citoyen, à celui de la Commissaire à la santé et au bien-être, ainsi qu’à celui du Bureau du coroner. Beaucoup de pierres seront re­tour­nées. Il le faut.