Jean-Marc Salvet
Les «offres» du président du Conseil du trésor d’alors, Martin Coiteux, tablaient sur un gel salarial les deux premières années du contrat de travail à venir, ainsi que sur des hausses de 1 % annuellement les trois suivantes.
Les «offres» du président du Conseil du trésor d’alors, Martin Coiteux, tablaient sur un gel salarial les deux premières années du contrat de travail à venir, ainsi que sur des hausses de 1 % annuellement les trois suivantes.

«Le père Noël est une ordure»

CHRONIQUE / Les offres salariales présentées jeudi par le gouvernement Legault, tout comme les demandes des syndicats des secteurs public et parapublic, sont des positions de négociation; de départ, autrement dit. Si le passé est garant de l’avenir, les choses seront bien différentes au fil d’arrivée. Entre ce qu’on dit et ce qu’on fait… L’entente entre le gouvernement et les médecins spécialistes, tout juste conclue, est là pour nous le rappeler.

Les dernières grandes négociations du genre se sont déroulées en 2015. Le gouvernement Couillard avait présenté ses offres à la mi-décembre 2014. Elles étaient faméliques.

Les syndicats étaient remontés. Il y avait de quoi. «À la veille de Noël, c’est à se demander si le gouvernement n’a pas voulu faire une suite au film Le père Noël est une ordure», avait laissé tomber le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette.

Les «offres» du président du Conseil du trésor d’alors, Martin Coiteux, tablaient sur un gel salarial les deux premières années du contrat de travail à venir, ainsi que sur des hausses de 1 % annuellement les trois suivantes. Dit autrement : 0 % la première année, 0 % la deuxième et 1 % chacune des trois autres. Un quasi-gel salarial pendant cinq ans. C’était de l’austérité pure et dure.

Les organisations syndicales réclamaient, elles, 13,5 % sur trois ans, soit 4,5 % par année.

Pendant des mois, une loi spéciale paraissait inévitable. Le scénario de 2005 flottait dans l’air. Une loi spéciale avait été adoptée par le gouvernement Charest. Québec avait alors décidé seul du salaire de ses employés.

Tadam! 

Onze mois après la présentation de ses offres initiales, en novembre 2015, le grand argentier de l’État qu’était Martin Coiteux avait «modifié» sa proposition. Son gouvernement proposait désormais 0 % la première année, 1 % la deuxième, 1 % la troisième, 1 % la quatrième et 0 % la cinquième. Le gel prévu l’année 2 était reporté à l’année 5… Wow!

Moins d’un mois et demi après ce maquillage de dernière minute, et au terme d’une année de négociations ardues, le gouvernement et les syndicats membres du Front commun concluaient une entente de principe prévoyant une hausse salariale moyenne d’un peu plus de 9 % sur 5 ans — en tenant compte de sommes liées à la «relativité salariale» et de montants forfaitaires. À ce moment-là, le gouvernement Couillard calculait que le coût total pour l’État s’élèverait à 10,25 % en incluant la rémunération liée aux ententes «sectorielles», celles touchant à l’organisation du travail. Au départ, rappelons-le, ce gouvernement avait dressé la table en y déposant 3 %.

Évidemment, aucune négo n’est comme une autre. Mais il est rarissime que les offres et les demandes initiales demeurent semblables au fil d’arrivée. C’est le propre d’une négo comme celle qui s’amorce.

Surtout que depuis quelques années le gouvernement du Québec a toujours plus d’argent qu’il ne le dit. Les syndicats ont non seulement des arguments de fond à faire valoir dans cette ronde-ci, mais ils auront beau jeu de tirer sur le fil des surplus non prévus pour revendiquer le «rattrapage» réclamé. L’année financière terminée le 31 mars dernier affiche un surplus de 8 milliards $ — de 4,8 milliards $ après les versements au Fonds des générations.

Dire que le ministère des Finances avait prévu au tout départ qu’il faudrait puiser 1,5 milliard $ dans la «réserve de stabilisation» pour seulement parvenir à l’équilibre financier!