Une fois de plus, Jason Kenney et François Legault ont croisé le fer par médias interposés ces derniers jours.

Le culot de Jason Kenney

CHRONIQUE / Le premier ministre albertain, Jason Kenney, défend les intérêts de sa province avec fougue et culot. Mais aussi, et c’est plus grave, avec mauvaise foi, chantage et menaces. Péréquation contre pétrole? En 2019? Voyons!

Une fois de plus, Jason Kenney et François Legault ont croisé le fer par médias interposés ces derniers jours. Or, si la position du premier ministre de l’Alberta peut se comprendre de son strict point de vue, celle de M. Legault est légitime d’à peu près tous les points de vue.

Bien sûr que tous les Canadiens, financièrement parlant, ont bénéficié et bénéficient du pétrole albertain. Et c’est aussi pour cela que M. Legault n’a plus répété le mot «sale» pour le qualifier, un impair qu’il avait commis à la fin de l’année dernière. La diplomatie doit aussi exister entre les provinces.

Mais ni l’avenir du Québec ni celui du Canada ne peut passer par le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta.

Il faut du toupet pour brandir et rebrandir, comme le fait Jason Kenney, la menace d’une coupe dans les transferts de péréquation si le Québec continue de refuser le passage d’un pipeline de pétrole sur son territoire. Et pour brandir celle d’un référendum en octobre 2021 si l’Alberta n’obtient pas des changements profonds à la formule de péréquation, ainsi que des autorisations pour construire des oléoducs.

Qu’est-ce que c’est que ce chantage? La péréquation est un programme fédéral. Pas un programme de l’Alberta.

À quoi joue Jason Kenney? À faire pression, bien sûr.

À ce stade-ci, personne ne peut exclure que les pressions qu’il exerce finissent par aboutir à une modification de l’actuelle formule de péréquation. Mais ce ne devrait pas être avant 2024, puisque celle qui prévaut actuellement est valable jusque-là.

S’ils sont élus en octobre, les conservateurs fédéraux ouvriraient une boîte de Pandore en modifiant la formule substantiellement avant ce terme. 

Toute révision des modalités devra être «canadienne». Les voix du Québec et des autres provinces bénéficiant de la péréquation devront être prises en compte.

Constitution

La formule a déjà été modifiée et le sera encore dans l’avenir. Mais elle ne sera pas celle que le chef du gouvernement de l’Alberta voudra éventuellement dessiner seul dans son coin. La péréquation n’est pas et ne deviendra pas sa chose. Et le programme, sur le fond, continuera d’exister, peu importe ses modalités.

Ce programme fait bel et bien partie du contrat politique canadien. Il est même inscrit dans la loi constitutionnelle de 1982. Et la Constitution ne se modifie pas comme ça.

Le Québec tire 11 % de ses revenus actuels de ce programme. Cette année, il reçoit 13,1 milliards $ à ce titre. C’est trois fois plus qu’il y a 15 ans. M. Legault ne cesse de dire qu’il veut faire en sorte que le Québec n’ait plus recours, un jour, à la péréquation. On sait cependant que cet objectif prendra une génération à se réaliser. Au très bas mot.

Les tiraillements des derniers jours ne disparaîtront donc pas de sitôt. Mais il n’y a pas de marchandage possible entre oléoduc et péréquation. Toute la péréquation ne découle pas du pétrole de toute façon.

Au passage, ce dernier épisode a montré que François Legault s’est trompé s’il pensait que son appui au projet Énergie Saguenay contribuerait à tempérer les choses avec l’Alberta. Il s’est campé avec force derrière ce projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel transiterait du gaz naturel de l’Alberta avant d’être expédié ailleurs dans le monde.