Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a ramené le sujet de la Loi sur la laïcité dans l’actualité, quelques jours avant le vote dans Jean-Talon. Une carte gagnante pour la CAQ.

Le cadeau de Noël de la CAQ

CHRONIQUE / L’élection de Joëlle Boutin a des allures de cadeau de Noël pour les caquistes. Car la victoire du gouvernement Legault dans Jean-Talon, en plus de lui permettre d’arracher une circonscription qui appartenait aux libéraux, intervient après une série de déboires politiques.

Citons ici un seul élément : la réforme du Programme de l’expérience québécoise, qui a viré à la controverse et que le gouvernement a dû suspendre récemment.

Cette bruyante controverse a de plus occulté les mesures présentées lors de l’exercice de mise à jour économique et financière du ministre Éric Girard, soit la bonification complète de l’Allocation famille, le retour du tarif unique pour les services de garde subventionnés, ainsi que la baisse à venir des tarifs de stationnement des établissements de santé.

La Coalition avenir Québec (CAQ) l’a aussi emporté malgré le «troisième lien». «Malgré», car ce projet est souvent perçu comme moins populaire dans cette partie de la capitale qu’ailleurs dans la région de Québec. On a en tout cas pu remarquer que le gouvernement Legault n’en a pas fait des tonnes sur le tunnel sous-fluvial pendant cette campagne.

Le PM du Manitoba...

Avant le déclenchement de la partielle, François Legault avait estimé que le scrutin dans Jean-Talon serait l’occasion pour les électeurs de manifester leur approbation à la Loi sur la laïcité. C’était à la fin octobre. Une éternité en politique.

Mais le premier ministre manitobain, Brian Pallister, s’est chargé de ramener cette carte gagnante pour la CAQ dans l’actualité quelques jours à peine avant ce vote...

Notons que c’est durant cette campagne dans Jean-Talon que le Parti québécois (PQ) a décidé de remettre l’indépendance au cœur de son action. Il a même fait inscrire le mot indépendance sur ses affiches électorales.

C’est aussi durant cette campagne que Québec solidaire a promis qu’un éventuel gouvernement solidaire poserait des «gestes de rupture» avec le reste du Canada avant même la tenue d’un référendum — mais sans toutefois s’afficher comme le PQ sur ce sujet.

Même si on se perd toujours à tenter d’analyser ce qui a pu faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, on peut certainement avancer que la loi 21 et une gouvernance qu’il qualifie avec fierté de «nationaliste» valent des indulgences au gouvernement Legault, compte tenu de la popularité de ces deux éléments dans l’électorat francophone. Indulgences, parce qu’ils amenuisent ses erreurs aux yeux de bien des électeurs. Celles-ci deviennent des éléments secondaires.

Victoire éclatante

Certes, ce n’est qu’une partielle. Et le taux de participation est à l’avenant. Ce n’est d’ailleurs pas enlever quelque mérite que ce soit à la CAQ de souligner au passage qu’une majorité d’électeurs de Jean-Talon n’a pas voté pour elle, même si elle a terminé première. C’est mettre le tout en perspective, même si c’est presque toujours ainsi que les choses se déroulent lorsqu’on tient compte des électeurs qui boudent les urnes.

Il n’empêche que la CAQ s’est emparée haut la main d’une circonscription libérale. Sa victoire est éclatante.

Statistiquement parlant, il n’arrive pas si souvent qu’un parti au pouvoir arrache une circonscription qui était représentée par un parti d’opposition lors d’une partielle.

Dans le contexte actuel, le gain de la CAQ dans Jean-Talon est une gifle au PLQ. D’autant qu’il s’est presque fait doubler par Québec solidaire.

Cette défaite libérale accentue l’image d’un parti rejeté par beaucoup de francophones. Le PLQ n’est plus du tout représenté à l’est de Montréal. La course à la succession de Philippe Couillard n’en revêtira que plus d’importance pour lui.

Et que dire du Parti québécois, qui termine quatrième dans une circonscription aussi francophone que Jean-Talon? Il avait beau ne pas avoir d’attentes, c’est tout de même terrible pour lui.

Sa course à la direction n’en aura que plus d’importance pour lui aussi.