Le ministre du Travail du Québec, Jean Boulet, veut faire en sorte que des problèmes de santé psychologique soient mieux reconnus par notre régime collectif de santé et de sécurité du travail.

La révolution du travail de Jean Boulet

CHRONIQUE / Mine de rien, c’est une petite révolution que le ministre du Travail du Québec, Jean Boulet, concocte. Il veut faire en sorte que des problèmes de santé psychologique soient mieux reconnus par notre régime collectif de santé et de sécurité du travail. C’est une ouverture qui doit être encouragée.

Il faudra voir jusqu’où les problèmes de santé mentale seront mieux pris en compte. Mais la volonté exprimée par le ministre Boulet d’avancer dans cette direction a déjà le mérite d’exister et d’être claire.

Il est évident que cette ouverture sera fortement balisée. Mais il ne serait que normal que nos lois en matière de prévention et d’indemnisation tiennent compte du harcèlement psychologique au travail — pour ne prendre que cet exemple.

Le régime de santé et de sécurité du travail a besoin d’être dépoussiéré. Il est né il y a près de deux générations sans jamais avoir vraiment évolué. Or, tout a changé depuis. Certaines maladies professionnelles ont disparu ou presque; d’autres sont apparues. Elles doivent être reconnues comme telles.

Ce dossier a paralysé bien des gouvernements. Puisque les représentants d’employeurs et de salariés sont généralement divisés sur ces questions, il était plus commode pour eux de ne pas agir. En n’agissant pas, ils achetaient une forme de paix.

En avril 2012, la ministre du Travail Lise Thériault avait présenté un projet de loi ad hoc. Il est resté sur une tablette. Personne n’en voulait vraiment. Le gouvernement de Jean Charest n’avait de toute façon pas la force de s’aventurer sur ce terrain où les parties ne s’entendaient pas — et où elles peuvent difficilement s’entendre d’emblée.

Par la suite, rien ne s’est passé sur ce front sous l’éphémère gouvernement de Pauline Marois.

Rien non plus sous Philippe Couillard. La ministre Dominique Vien a consacré ses énergies à la mise en place d’un mécanisme de hausses annuelles du salaire minimum et à l’amélioration de la loi sur les normes minimales du travail. C’était déjà pas mal, mais le fait est qu’elle est restée loin du régime de santé et de sécurité du travail, qui est toujours considéré comme une boîte de Pandore.

L’ouvrir, c’est courir des risques, se disait-on.

Avantages

Toutes les mesures que proposera Jean Boulet dans le projet de loi qu’il entend présenter cet automne ne plairont pas à la fois aux associations d’employeurs et aux représentants des employés. Le ministre voudra donc offrir des choses aux uns et aux autres et en retirer aux uns et aux autres, de manière à obtenir un équilibre global à leurs yeux.

À côté de la reconnaissance de problèmes de santé mentale — qui plaira au monde syndical —, on découvrira des mesures visant à faciliter le retour au travail (dans les meilleurs délais possible) de salariés blessés et d’autres, facilitant la procédure dite d’«assignation temporaire» — des dispositifs qui, eux, plairont d’abord aux employeurs.

Jusqu’à preuve du contraire, le ministre Boulet ne cherche pas de façon doctrinaire à favoriser les employeurs au détriment des employés, pas plus qu’il ne cherche l’inverse. Pas de conclusion hâtive, mais c’est bien parti.

Il faut dire que Jean Boulet jouit d’avantages que ses prédécesseurs ne possédaient pas. Cet avocat connaît les subtilités du dossier. Aussi, il est membre d’un gouvernement jouissant d’une forte popularité. Celle-ci est un moteur qui rend capable d’avancer.