La semaine dernière, la députée indépendante Catherine Fournier a présenté à l’Assemblée nationale un projet de loi sur l’interculturalisme. Elle estime qu’il est «primordial» que le Québec consacre officiellement son modèle d’intégration en immigration par une loi.

La CAQ voulait une loi sur l’interculturalisme...

CHRONIQUE / Le gouvernement de François Legault ne s’est pas montré particulièrement intéressé jusqu’ici à l’idée de présenter un projet de loi sur l’interculturalisme «comme modèle d’intégration et de gestion de la diversité» — pour reprendre les termes de la députée indépendante et indépendantiste Catherine Fournier. Pourtant, alors qu’elle était dans l’opposition, la Coalition avenir Québec (CAQ) plaidait la nécessité d’une telle législation. Mais peut-être ne faut-il pas présumer de l’avenir dans ce dossier…

Car il est bien possible que le gouvernement caquiste trouve un intérêt politique à avancer sur ce front d’ici les prochaines élections, puisqu’il pourrait inclure cette éventuelle loi dans le corpus de sa fameuse «gouvernance nationaliste» — celle qui lui a permis jusqu’ici de gagner des points dans l’électorat au point parfois de faire écran à des erreurs. Je ne reviendrai pas encore une fois ici, en guise d’exemple, sur les futurs remboursements aléatoires des trop-perçus d’Hydro-Québec.

Catherine Fournier

La semaine dernière, la députée Catherine Fournier a présenté à l’Assemblée nationale un projet de loi sur l’interculturalisme. Elle estime qu’il est «primordial» que le Québec consacre officiellement son modèle d’intégration en immigration par une loi. Elle fait valoir que «cela est nécessaire pour faire contrepoids au modèle canadien du multiculturalisme».

Le gouvernement Legault a repoussé une résolution parlementaire qui lui demandait de se saisir de ce projet de loi ou d’en produire un de son cru.

Pourtant...

Pourtant, en mars 2015, le député caquiste Simon Jolin-Barrette, en conférence de presse, avait plaidé en faveur d’une loi sur l’interculturalisme. Assis aux côtés de François Legault, il expliquait alors que cette législation devrait inclure les principes suivants : le français est la langue publique et officielle de la nation; la nation québécoise, en tant que francophonie nord-américaine, est titulaire de droits collectifs et sa culture doit être préservée; le Québec est une société qui s’emploie à respecter ses minorités ethnoculturelles; et le Québec prône le respect des valeurs communes inscrites dans la Charte des droits et libertés de la personne.

Payant plus tard?

Pour beaucoup, cette éventuelle loi ne ferait que consacrer ce qui existe déjà au Québec. C’est ce que suggère Catherine Fournier et c’est aussi ce que laissait entendre la Commission Bouchard-Taylor en 2008. Les deux commissaires faisaient en effet valoir que c’est «pour mieux établir l’interculturalisme comme modèle devant présider aux rapports interculturels au Québec» que l’État québécois devait en faire «une loi, un énoncé de principe ou une déclaration en veillant à ce que cet exercice comporte des consultations publiques et un vote de l’Assemblée nationale».

Entendons-nous : il existera toujours des nuances sur ce que recoupe l’interculturalisme. Et ce n’est pas parce qu’une loi consacrerait essentiellement ce qui existe déjà que chaque porteur de ballon n’irait pas d’une touche ou de touches reflétant sa propre vision des choses.

Dans sa proposition, la députée Catherine Fournier préconise par exemple d’«aider les individus issus de la diversité ethnoculturelle à lutter contre toute discrimination».

En passant, la libérale Dominique Anglade a promis que sous sa gouverne, un gouvernement libéral doterait le Québec d’une loi sur l’interculturalisme. 

Oui, l’idée traverse les lignes de parti.

Mais elle n’est souvent depuis longtemps que tactique. Prenons-en conscience.

Pour l’heure, le gouvernement de François Legault ne paraît plus vouloir aller dans cette direction — si l’on se fie à sa réaction à la proposition de Catherine Fournier. J’insiste sur le verbe paraître.

Car il est bien possible qu’il attende tout simplement pour agir un moment qu’il considérera plus stratégique, c’est-à-dire plus payant sur le plan politique — s’il juge alors qu’une telle loi pourrait avoir cet effet.