François Legault l’a-t-il fait avec sa déclaration sur l’inexistence de toute islamophobie au Québec? Aujourd’hui, trois ou quatre jours plus tard, on ne peut pas soutenir que c’est ce qu’il a fait.

Islamophobie: une rétractation indirecte [ANALYSE]

CHRONIQUE / Qu’un gouvernement divise en raison de ses projets, de ses visions, de ses décisions, c’est dans l’ordre naturel des choses. L’unanimité n’existe jamais au sein d’une population. Mais un gouvernement ne doit jamais jouer la carte de la division entre citoyens pour marquer des points.

François Legault l’a-t-il fait avec sa déclaration sur l’inexistence de toute islamophobie au Québec? Aujourd’hui, trois ou quatre jours plus tard, on ne peut pas soutenir que c’est ce qu’il a fait.

Car après sa phrase malheureuse — et c’en était toute une! —, son entourage et lui ont joué la carte de l’apaisement, reconnaissant ainsi, au fond, une erreur.

Si M. Legault ne s’est pas directement excusé d’avoir déclaré que l’islamophobie n’existe pas au Québec, c’est pour éviter de se mettre à dos ceux qui estiment qu’il s’est tenu debout... Mais il s’est excusé à sa façon, c’est-à-dire sans que qui que ce soit puisse affirmer haut et fort qu’il a reculé.

Et c’est ce que lui et son entourage voulaient. Pour des raisons aussi bien politiques que tactiques, ils ne voulaient pas que certains puissent dire qu’il a cédé à ceux voulant soi-disant instruire le procès des Québécois. On a donc tenté de réparer les pots cassés de façon indirecte.

Retournons à jeudi dernier. M. Legault et son entourage ont vite vu que la phrase sans nuances qu’il a soudainement laissé tomber ce jour-là était inexacte et qu’elle était susceptible de susciter une véritable incompréhension chez de nombreux citoyens.

Cette erreur a très vite été reconnue comme telle en coulisses. Et pour cause! Tout de suite après sa déclaration, toujours ce jeudi-là, un attaché de presse du gouvernement, Ewan Sauves, est allé voir des journalistes pour préciser que M. Legault voulait dire qu’il n’existait pas de «courant» islamophobe au Québec.

Certains pourront juger que c’est encore inexact, qu’il existe bel et bien un courant islamophobe, mais le fait est que c’était déjà une première correction. Cette précision reconnaît que des individus tiennent des propos et commettent des gestes haineux contre les musulmans du seul fait qu’ils sont musulmans. Cette première correction a cependant été peu répercutée dans les médias.

Restons sur le fil des événements, car il est éclairant. Il dit bien qu’on a réalisé qu’une erreur avait été commise. Le lendemain, vendredi, dans la matinée, le cabinet du premier ministre a recadré, et cette fois dans tous les médias, la petite phrase de M. Legault. On a répété, cette fois par écrit, qu’il n’existe pas de «courant» islamophobe au Québec en ajoutant que «trop d’actes racistes surviennent encore aujourd’hui dans notre société et qu’il faut tout faire pour dénoncer et combattre la haine et l’intolérance».

En fin de journée vendredi, M. Legault a même téléphoné au président du Centre culturel islamique de Québec pour l’assurer de son soutien.

Le PM de tous les Québécois

Depuis que son parti forme le gouvernement, et jusqu’à cet incident, François Legault était parvenu à rassembler plus qu’à diviser — du moins, à ne pas polariser à outrance.

C’est le premier ministre de tous les Québécois qui s’était toujours exprimé. Ce qui ne veut pas dire que ses choix politiques ont plu ou doivent plaire à tous, mais simplement qu’il n’a pas joué la carte de la division pour marquer des points — et qu’il ne doit pas le faire.

Dans ce dernier dossier, il s’est finalement récupéré. Il ne s’est pas excusé directement, mais il a reconnu son erreur. M. Legault doit continuer d’être habité par son rôle de premier ministre de tous les Québécois.