Récemment, la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, a été injuriée par un individu alors qu’elle se trouvait devant un cinéma avec ses enfants.

Honte à vous, honte à nous

CHRONIQUE / Tous les responsables politiques et tous ceux qui aspirent à le devenir devraient dénoncer les actes d’intimidation dont sont personnellement victimes des adversaires d’autres partis. Ce serait la meilleure façon d’établir un cordon de protection contre les intimidateurs — ou de tenter de le faire.

Sans le dire, certains politiciens pensent profiter indirectement de menaces personnelles dont des adversaires font les frais. C’est minable. D’autres, plus pusillanimes, craignent de pâtir eux-mêmes d’un mot de solidarité qu’ils adresseraient publiquement à des adversaires qui en sont ou en seraient victimes. Ils craignent de se faire eux-mêmes insulter dans la foulée...

Ce sont de petits calculs. Ne serait-ce que parce que tous devraient au moins avoir à l’esprit qu’ils pourraient un jour de toute façon être à leur tour la cible d’intimidateurs dans leur vie personnelle ou être l’objet d’attaques personnelles ignobles.

Le jour où des gens de bonne foi ne voudront plus plonger dans l’arène politique de crainte de se faire constamment insulter, non seulement sur les réseaux sociaux, mais dans la rue — y compris lorsqu’ils se trouvent avec leurs enfants —, nous ne serons évidemment pas plus avancés. Nous aurons perdu collectivement.

Le dernier exemple en date est celui de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, qui a reçu une pluie d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, mais pas seulement. Elle a été injuriée par un individu alors qu’elle se trouvait devant un cinéma avec ses enfants. Voilà qu’elle doit désormais bénéficier d’une protection policière rapprochée.

La situation n’est pas plus acceptable pour elle que pour tous ceux qui ont subi et qui subiront de telles insultes personnelles, que ce soit ici ou ailleurs. Et ce n’est pas parce que de telles régressions sont répandues ici et ailleurs qu’elles doivent être tolérées. Ne nous habituons pas!

Un autre exemple : il y a quelques mois, la secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes en France, Marlène Schiappa, avait dévoilé une série d’insultes misogynes et de menaces de mort qu’elle avait reçues les jours précédents. C’était à vomir.

Si Catherine McKenna serait une «Barbie climatique» et une «ordure», Marlène Schiappa, elle, était alors une «pute à juifs», «la putain de l’Élysée», «la chienne à Macron».

Honte à ces intimidateurs.

Honte à nous qui nous taisons trop souvent.

On a le droit

Des citoyens se sentent bousculés dans leur vie par des décisions politiques qui les dépassent. Des sentiments de colère et de dépossession peuvent envahir bon nombre d’entre nous à toutes sortes de moments. Il n’y a pas plus vrai.

Et il est certes facile de dire à des personnes s’estimant victimes de décisions politiques qu’elles devraient s’y prendre autrement que par l’attaque personnelle pour se faire entendre. Facile, certes. Mais c’est pourtant ce qu’il faut dire.

Car, personne ne demande à qui que ce soit de se taire. Il y a simplement des lignes rouges à ne pas franchir. 

Toutes ces personnes et nous tous avons le droit de nous exprimer dans nos sociétés. On a tous le droit de dire ce que l’on pense, ce que l’on vit, ce que l’on craint. On a tous le droit de manifester contre toute mesure qui nous déplaît ou que nous jugeons inique. On a tous le droit de fustiger toute idée avec laquelle on est en désaccord. On a tous le droit de tenter de convaincre autrui de la justesse de notre point de vue. On a tous le droit de voter contre une formation politique et pour une autre.

Les responsables politiques ne peuvent de surcroît réclamer la tranquillité dans le cadre de leurs fonctions. C’est impossible. Ils ne doivent pas espérer ne pas être critiqués, bien évidemment. Ils doivent s’attendre à du jeu robuste. Ça va avec la fonction.

Mais faire irruption dans la vie personnelle d’un responsable politique et se livrer à des attaques personnelles plutôt que de s’en prendre à des projets et des décisions politiques qui sont par ailleurs parfaitement acceptables dans une société démocratique et de droit demeureront toujours inadmissibles. En cette veille de déclenchement d’élections, il faut pouvoir se le rappeler.