Jean-Marc Salvet
Lundi, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un appel à un cessez-le-feu mondial.
Lundi, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un appel à un cessez-le-feu mondial.

Guerres et COVID-19: en rire ou en pleurer?

CHRONIQUE / Sans surprise, son appel est demeuré sans effet. Et sans beaucoup d’écho médiatique. L’homme a prêché dans le désert. Tant pis pour lui. Tant pis pour eux. Tant pis pour nous.

L’homme en question est António Guterres. Il est secrétaire général de l’ONU.

L’ONU? Ah oui, l’Organisation des Nations unies… Ce machin qui parle, qui parle, qui parle.

Imaginez : lundi, António Guterres a lancé un appel à un cessez-le-feu mondial. Il faudrait «mettre un terme au fléau de la guerre et lutter contre cette pandémie qui ravage le monde», a-t-il dit. La belle affaire!

Écoutons-le : «La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie.»

Il a lancé cela comme on jette une bouteille à la mer.

La différence est qu’on retrouve parfois de ces bouteilles lancées dans les flots des océans. Les guerres, elles, ne s’arrêtent pas.

Écoutons encore M. Guterres — soit pour savourer sa touchante naïveté et son angélisme, soit pour apprécier le fait que des gens parlent encore ainsi, malgré tout : «Le monde entier affronte un ennemi commun : la COVID-19. Pendant ce temps, les conflits armés continuent de faire rage dans le monde. N’oublions pas que dans les pays ravagés par la guerre, les systèmes de santé se sont effondrés. Mettons un terme au fléau de la guerre et luttons contre la maladie qui ravage notre monde.»

Des fleurs bleues avec ça?

Faut-il en rire ou en pleurer?

Ne nous moquons pas. L’ironie n’est pas de mise. Nous sommes tous en guerre, mais certains le sont tragiquement plus que d’autres depuis longtemps.

António Guterres a-t-il oublié qu’il s’adressait à des individus mus par des rancoeurs, des détestations, des soifs de possession, d’humiliation; à des chefs-bourreaux? Non, il ne l’a pas oublié. Il a simplement voulu l’oublier pendant un instant. Ce n’est pas pareil.

Même si, au pire, c’est dans l’indifférence générale et, au mieux, au milieu de haussements d’épaules, il est toujours heureux que des gens parlent encore ainsi; que de telles voix surgissent au milieu du chaos. Malgré tout.

Merci, M. Guterres. Sincèrement.

S’en réjouir

La semaine dernière, j’écrivais que la crise liée à la COVID-19 nous rappellera que l’État est un outil indispensable; que l’on peut gravement perdre individuellement et collectivement en l’abandonnant. Je parlais aussi du retour en grâce de l’État dans nos vies.

Un médecin de Lévis m’a écrit dans la foulée pour noter ceci : «J’ajouterais un constat que je fais depuis le début de cette pandémie : la science n’est plus aussi attaquée qu’elle l’a été ces dernières années par des hordes de ‘sceptiques de tout acabit’ qui pullulent un peu partout. Les décideurs écoutent les scientifiques et regardent les données probantes pour prendre leurs décisions.»

Bien vu! C’est un élément dont nous pouvons et dont nous devons nous réjouir.

Question tout de même : Combien de temps ceux qui subissent de plein fouet et directement l’effort de cette guerre à la COVID-19 appuieront-ils massivement les mesures de restriction et leurs conséquences sur l’emploi? 

S’en féliciter réalistement

On peut se féliciter des structures mises en place au fil des générations au Québec et au Canada, du grand filet de sécurité qu’elles tissent — même si l’on sait que trop de gens chuteront à travers les mailles dans la crise actuelle, malgré les mesures d’urgence lancées et celles à venir.

Lundi, je publiais un texte sur les «détresses domestiques et autres» liées à la COVID-19 — de l’insécurité financière vécue dans bien des familles jusqu’au sort des enfants actuellement reclus dans des milieux totalement malsains. Je rappelais que nous étions inégaux devant les conséquences socio-économiques de la pandémie. Nous n’habitons pas tous le même coin de la vie.

Me répondant en soulignant que les conséquences économiques seront difficiles à gérer après la levée des nécessaires mesures de restriction, un lecteur a noté que l’on verra alors la profondeur de la résilience d’une société comme la nôtre, ainsi que la stature et la vraie capacité de nos dirigeants politiques.

Jusqu’ici, a relevé ce citoyen, ceux-ci gouvernaient dans un contexte de plein-emploi. Une façon pour lui de dire que c’était assez facile par rapport à ce qui s’en vient probablement.

Le plein-emploi sera-t-il de retour après la crise sanitaire (après une période plus ou moins longue)? Pour l’heure, on peut penser que oui, vraisemblablement. Mais beaucoup dépendra de la vigueur de la demande. Donc, du nombre de laissés-pour-compte que cette crise sanitaire aura fait naître. Donc, de son impact. Donc, de sa durée.

De monsieur António Guterres à nous, c’est un bien petit monde.