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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
En début de semaine, la ministre Sonia LeBel a annoncé la tenue à la mi-juin d’un grand «Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes».
En début de semaine, la ministre Sonia LeBel a annoncé la tenue à la mi-juin d’un grand «Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes».

Francofrime et francodéprime

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CHRONIQUE / Si l’écho médiatique obtenu par un sujet illustre l’importance qu’une société lui accorde ou pas, on peut encore une fois dire que la francophonie canadienne hors Québec se heurte à un mur d’indifférence de ce côté-ci de l’Outaouais — sauf apparition d’une crise comme celle concernant l’Université Laurentienne en Ontario. Soyons honnêtes. Reconnaissons-le.

En début de semaine, la ministre Sonia LeBel a annoncé la tenue à la mi-juin d’un grand «Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes». L’écho médiatique de son annonce a été quasi inexistant au Québec. Ce silence dit quelque chose.

Vrai : ce n’est pas l’aboutissement d’un projet, mais le jalon d’une démarche. Son projet concret, lorsqu’il sera dévoilé, intéressera peut-être plus. Je dis peut-être, mais je demeure sceptique.

La ministre responsable des Relations canadiennes espère que l’exercice à venir marquera «une nouvelle ère de la relation entre le Québec et la francophonie canadienne». Il doit déboucher sur le renouvellement de la Politique québécoise relative à la francophonie au Canada.

Le lendemain de l’annonce de la tenue de ce sommet, la situation de l’Université Laurentienne dans le nord-est de l’Ontario a commencé à faire les manchettes. Le sujet est de fait et incontestablement incontournable.

Aux prises avec de graves difficultés financières, l’institution bilingue a décidé d’éliminer plusieurs programmes d’études en français parce que ceux-ci, regroupant moins d’étudiants, coûtent plus cher. Un nouveau choc pour les Franco-Ontariens. Le gouvernement de Doug Ford a laissé la situation pourrir. C’est très grave.

L’action

Mais je reviens sur le silence médiatique ayant suivi l’annonce de la ministre LeBel parce qu’il dit bel et bien quelque chose au-delà des différents moments de crise qui ponctuent malheureusement l’actualité.

Car, on peut bien au Québec, comme on l’a fait pendant des années, se gargariser de la francophonie dans le monde — celle que l’on cherche parfois même en vain dans des pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie —, il ne faudrait ni mépriser ni oublier comme c’est trop souvent le cas celle qui est à nos portes.

En tant que foyer de la francophonie en Amérique du Nord, l’État québécois a des responsabilités à assumer. S’il en a sur la scène internationale, il en a en terre d’Amérique, non?

La défense des francophones hors Québec a déjà servi d’alibi à Ottawa, du moins en partie. Pour le gouvernement fédéral, il s’agissait parfois, à travers eux, d’élargir le soutien de la minorité anglophone québécoise. Mais il faut en finir avec la suspicion qui a encore trop souvent cours chez de trop nombreux Québécois en raison de cette histoire.

D’autant que la première politique québécoise en faveur des communautés francophones canadiennes a été rendue publique en 1995 par le gouvernement de l’indépendantiste Jacques Parizeau. Elle invitait les uns et les autres à «une solidarité renouvelée».

Plus de 10 ans plus tard, en 2006, la nouvelle «Politique du Québec en matière de francophonie» se voulait un appel au rapprochement entre les francophones québécois et ceux des autres provinces. Elle avait été présentée par le libéral Benoît Pelletier, considéré comme un ministre «nationaliste» sous Jean Charest.

Oui, il faut en finir avec cette suspicion chez certains et chercher à établir de véritables ponts entre le Québec et les communautés francophones du reste du Canada; voir de quelle façon le Québec peut assumer un leadership utile. C’est ce qu’il faut déterminer politiquement.

Anecdote? Le mot «rapprochement» figurait déjà dans le document signé par Benoît Pelletier. Je dis déjà, car il figure dans l’intitulé du sommet à venir.

D’un rapprochement à l’autre, donc… C’est dire s’il y a encore tout à faire sur ce front! Comme si les plans de 1995 et de 2006 n’avaient servi qu’à se donner bonne conscience. Comme s’ils n’avaient été que de la frime.

Oui, il est bien temps d’aller au-delà de toute francofrime.

Concluons sur le projet que la ministre LeBel veut élaborer avec la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada en leur souhaitant le meilleur succès possible. Non pas pour suggérer que leur mission est impossible, mais pour dire qu’elle vaut la peine. Aucune francodéprime ne doit paralyser l’action.