Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette

Faire l’autruche, tout simplement

CHRONIQUE / La discrimination à l’embauche contre les immigrants est répandue dans le monde, au Canada et au Québec. Il faut combattre cette tendance, qui est, chez nous, en contradiction avec la propension des associations d’entreprises à réclamer plus d’immigrants.

L’économiste Pierre Fortin n’a pas seulement été le premier, jeudi dernier, à s’exprimer lors de la commission parlementaire sur le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette portant sur l’immigration. Il est celui qui a pris le plus de hauteur et celui qui a parlé d’immigration avec le plus d’équilibre jusqu’ici — et en mettant quelques points sur des I. Les mots amorçant ce texte sont de lui.

Pour poursuivre sur sa lancée, on peut se demander pourquoi l’Assemblée nationale ne se pencherait pas sérieusement sur des propositions émises par le Parti québécois il y a deux ans pour lutter contre les discriminations de toutes sortes. Sur ces idées-là ou sur d’autres.

Dès lors qu’un problème est exposé, répété et réexposé, le devoir de nos parlementaires ne serait-il pas de s’y pencher? Leur devoir aurait même commandé qu’ils se soient déjà penchés sur celui-là, sur des actions concrètes. D’accord, admettons que l’acrimonie qui existait à la fin du mandat de Philippe Couillard pouvait difficilement le permettre.

S’il est vrai que les mêmes groupes parlementaires se tiraillent pas mal cinq mois à peine après le dernier scrutin, ils n’en sont pas du tout à un niveau qui empêche toute discussion entre eux. Ils pourraient donc avancer.

Si ce n’est pas l’Assemblée nationale qui s’y penche, le gouvernement de François Legault pourrait très bien le faire de son côté. Après tout, le ministère de l’Immigration porte aussi le mot inclusion dans son titre.

Rien à faire? 

Parmi les propositions présentées par le péquiste Jean-François Lisée en février 2017, rappelons celle visant à interdire, comme en Ontario, l’exigence d’une première expérience canadienne de travail. Notons aussi le projet de créer des projets pilotes de CV anonymes, l’idée d’établir un régime d’inspection sanctionnant la discrimination à l’embauche, celle de sanctionner les propriétaires pris en flagrant délit de discrimination et celle de lancer une vaste campagne de sensibilisation contre les comportements discriminatoires.

Toutes ces propositions ne se valent pas. Le CV anonyme, pour prendre cet exemple, est discutable, voire contestable. Mais toutes les idées du genre devraient au moins être débattues. Celles du Parti québécois peuvent encore aujourd’hui former un canevas de discussions.

Concernant la discrimination à l’embauche, de deux choses l’une : soit que nos ténors politiques, au fond, et malgré leurs discours, s’en balancent; soit qu’ils estiment que le problème de rareté de la main-d’œuvre finira par l’amoindrir. Dans les deux cas, c’est une abdication.

Ce n’est pas ce qu’on appelle faire face à la réalité. C’est faire l’autruche.

Le nouveau système d’immigration Arrima, tout porteur et souhaitable soit-il, ne résoudra pas tout à cet égard. Ce n’est pas par cette porte d’entrée que passeront tous les nouveaux arrivants — et cela, c’est sans compter tous ceux vivant déjà au Québec.

Le fait que l’Assemblée nationale et les gouvernements ignorent ces discriminations depuis trop d’années ne peut absoudre le monde du travail de ses propres responsabilités. 

Merci à l’économiste Pierre Fortin d’avoir évoqué ce problème au milieu de tout ce débat.