Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
La ministre Marie-Eve Proulx
La ministre Marie-Eve Proulx

Faire amende honorable par la porte arrière

CHRONIQUE / Une semaine après avoir accusé à tort le député libéral Monsef Derraji, la ministre Marie-Eve Proulx a finalement fait amende honorable ce mardi. Ce n’était pas trop tôt.

Et moi qui pensais que c’était un naturel pour les membres du gouvernement Legault de se corriger rapidement lorsqu’ils avaient tort… Cette attitude a même souvent été présentée par eux comme une force politique. «Savoir reconnaître ses erreurs»…

Tout a commencé mardi dernier. La ministre déléguée au Développement économique a affirmé au Salon bleu de l’Assemblée nationale que «le député de Nelligan est allé à la radio pour dire aux gens de ne pas tenir les mesures sanitaires». Elle l’a tout bonnement accusé d’avoir appelé à défier les règles de la Santé publique. En cette période de pandémie, ce n’était pas banal.

En entrevue à Radio X, à Québec, Monsef Derraji avait certes parlé de l’impact économique de la fermeture partielle ou complète de certains commerces en zone rouge, comme les salles à manger des restaurants. Mais il n’a jamais prôné quelque désobéissance que ce soit aux restrictions sanitaires instaurées par les autorités publiques.

La semaine dernière, le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, a défendu bec et ongles l’accusation de Mme Proulx. Ce faisant, il n’a malheureusement pas du tout encouragé sa collègue à se rétracter. La ministre en a même rajouté par la suite, malgré les protestations non seulement des libéraux, mais aussi des solidaires et des péquistes.

La ministre Marie-Eve Proulx a été jusqu’à défier une demande du président de l’Assemblée nationale, François Paradis. Il lui avait demandé de s’excuser. Quand une personne remplissant le rôle de président dans un tel lieu demande à un élu de se rétracter, celui-ci doit s’exécuter sans chichi. Sinon, c’est la bonne marche des travaux parlementaires qui en pâtit.

Confusion

Ce qui a enfin permis de dénouer l’impasse est que le président François Paradis a déclaré, ce mardi-ci, une semaine après le tintamarre parlementaire, qu’il n’aurait jamais dû inviter la ministre à présenter ses excuses, mais plutôt à «retirer ses propos». C’est ce qu’il lui a demandé ce mardi. Et la ministre a finalement obtempéré.

M. Paradis s’est en quelque sorte attribué une partie de la responsabilité des débordements parlementaires de la semaine dernière.

On a sauvé la face. L’honneur de tout le monde est sauf, y compris celui de la ministre. Elle n’a pas eu à s’excuser comme tel…

Et nous sommes priés de comprendre que si elle n’avait pas fait amende honorable jusqu’ici, c’est parce que le président lui avait demandé de s’excuser plutôt que de «retirer ses propos». Il est vrai que c’est cette expression consacrée qu’il aurait dû mettre de l’avant.

Au gouvernement, on s’est accroché à des mots pour éviter de reconnaître l’essentiel, soit que la ministre avait erré, qu’elle avait faussement accusé un adversaire.

Au fond, ce qui avait agacé la ministre était qu’un député de l’opposition accorde une entrevue à une station de radio avec laquelle le premier ministre a déjà indiqué avoir de la «misère» — une station que François Legault a invitée à «demander à ses auditeurs de respecter les consignes» sanitaires. Or, ce n’est pas cet élément qu’elle avait visé, puisqu’elle avait soutenu que le député en question avait recommandé de faire fi des consignes. C’était une sérieuse confusion.