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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
«L’heure est grave», «déclin», «point de rupture», a dit le ministre Simon Jolin-Barrette. Or, qui parle aussi fort doit livrer beaucoup. Qui parle ainsi fait monter les attentes...
«L’heure est grave», «déclin», «point de rupture», a dit le ministre Simon Jolin-Barrette. Or, qui parle aussi fort doit livrer beaucoup. Qui parle ainsi fait monter les attentes...

Faire aimer la langue française

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CHRONIQUE / «L’heure est grave et il nous faut agir pour freiner le déclin du français. Nous faisons face à un point de rupture à Montréal.»

Le ministre Simon Jolin-Barrette a formulé cette déclaration en début de semaine. L’Office québécois de la langue française venait tout juste de dévoiler deux études inquiétantes sur le futur de la langue officielle du Québec.

M. Jolin-Barrette a pris acte de la situation avec plus de force que jamais. «L’heure est grave», «déclin», «point de rupture»… Plus le temps avance, plus les mots du ministre sont musclés. Un recul à Montréal concerne tout le Québec, a-t-il rappelé.

En se montrant déterminé à agir fortement, le ministre emprunte un chemin qui ne peut pas lui nuire pour l’instant, non plus qu’à son gouvernement. Un sondage Léger paru lundi dans Le Devoir indiquait que huit Québécois sur dix estiment que «la langue française a besoin d’être protégée au Québec». Il s’agit d’un très fort consensus politique et social.

D’un strict point de vue de communication, le ministre se devait de réagir d’autant plus fortement qu’il savait bien qu’au Parti québécois et chez Québec solidaire on allait de nouveau marteler qu’on attend depuis des mois son projet de refonte de la Charte de la langue française.

Les deux dernières études de l’Office québécois de la langue française ont été réalisées par Statistique Canada.

La première prévoit une diminution au Québec de la population utilisant le français à la maison (de 82 % en 2011 à environ 75 % en 2036) et une légère augmentation de celle employant l’anglais à la maison (de 11 % en 2011 à environ 13 % en 2036). Peu importe les mesures qui pourraient être prises en immigration, le rapport indique que le poids des francophones de langue maternelle et des personnes dont le français est la langue surtout parlée à la maison diminuera d’ici 15 ans.

L’autre étude affirme qu’en 2018, 49 % des francophones du Québec et 68 % des francophones qui travaillaient sur l’île de Montréal utilisaient régulièrement l’anglais ou une autre langue que le français au travail. Attention tout de même : «régulièrement» ne veut pas dire «le plus souvent».

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«L’heure est grave», «déclin», «point de rupture», a dit le ministre. Or, qui parle aussi fort doit livrer beaucoup. Qui parle ainsi fait monter les attentes.

Au fil des mois, le gouvernement Legault s’est en quelque sorte condamné à agir fortement.

La situation le commande clairement. Au ministre, maintenant, de livrer à la hauteur des attentes qu’il suscite depuis des mois.

Le Québec n’a, par exemple, pas le luxe de rater son coup en ce qui a trait à la francisation des immigrants et des non-francophones — ou de ne réussir qu’en partie.

Le verbe et l’action

Le gouvernement sait que les Québécois accordent leur fort soutien d’abord et avant tout à un principe. C’est l’appui au principe d’une action puissante qu’ils plébiscitent à travers les enquêtes d’opinion.

Au gouvernement, on sait très bien aussi que le niveau de soutien différera d’une mesure à l’autre lorsque le ministre dévoilera son plan. Certaines seront plus majoritairement appuyées que d’autres. Les moyens proposés divisent toujours plus que l’énoncé d’un beau principe général.

Québec pourra jouer là-dessus le cas échéant. Le danger est peut-être là : dans un verbe haut; dans un verbe qui serait plus fort que les actions.

Des ambassadeurs

À côté de mesures qu’on espère fortes, nos attitudes individuelles contribueront à faire une différence positive ou négative sur l’avenir de la langue française dans ce coin du monde.

L’État a des responsabilités prépondérantes et incontournables en la matière. Il nous appartient cependant à nous tous, en tant que citoyens — ou au plus grand nombre d’entre nous, en tout cas —, de faire aimer la langue française. De la faire aimer non seulement aux personnes qui, venant d’ailleurs, ne la connaissent pas ou peu, mais aussi à de très nombreux francophones eux-mêmes.

Tous ceux qui ont à cœur l’avenir de la langue française au Québec doivent en être non seulement des défenseurs, mais des ambassadeurs. Un gouvernement ne peut jamais tout.