Cohérence et incohérence autour des finances

CHRONIQUE / Surprise! Le gouvernement Legault créera un poste de directeur parlementaire du budget. C’est du moins ce que l’on doit comprendre et même tenir pour acquis.

Les motions parlementaires ont beau n’avoir aucun caractère contraignant, on ne voit pas comment, désormais, l’équipe gouvernementale pourrait ne pas donner suite à celle qu’elle a appuyée à ce sujet cette semaine. Présentée par le Parti québécois, elle l’invitait à créer cette fonction. Et le gouvernement a dit oui par vote.

S’il n’allait pas de l’avant, il se ferait rappeler son vote de ce mercredi. Et il se ferait dire qu’il n’a voté de la sorte que par opportunisme, par crainte de perdre des points ou pour éviter de susciter une polémique sur le moment.

Ce directeur parlementaire du budget devrait dresser, à intervalles réguliers, un portrait indépendant et objectif de l’état des finances publiques. Et se pencher sur les prévisions du ministère des Finances du Québec. Ce serait entre autres son travail.

Il sera très certainement susceptible de fournir des éclairages bienvenus. Il le faudrait en tout cas. Sinon, à quoi bon?

On apprenait la semaine dernière que l’année financière terminée le 31 mars dernier affiche finalement un surplus budgétaire de 8 milliards $ — de 4,8 milliards $ après les versements effectués au Fonds des générations. Dire que le ministère des Finances avait prévu au départ qu’il faudrait puiser 1,5 milliard $ dans la réserve de stabilisation pour seulement parvenir à l’équilibre financier à ce moment-là. Au total, ce n’est pas un mince écart sur un budget global de 115 milliards $.

C’est entre autres ce grand écart qui a relancé l’intérêt des partis d’opposition pour un poste de directeur parlementaire du budget, comme il en existe un à Ottawa.

Les libéraux...

Au fil des ans, de très nombreux projets de loi préconisant la création d’un tel poste ont été présentés à l’Assemblée nationale. Toujours par des députés d’opposition. Ce qui ne mène jamais loin.

Le dernier en date a été présenté ce jeudi par le député Vincent Marissal, de Québec solidaire. En 2012, c’est l’actuel président du Conseil du trésor, Christian Dubé, qui était alors dans l’opposition, qui avait présenté un projet de loi semblable. Aucun n’a jamais eu de suite.

Incohérence? Ce mercredi, les libéraux ont voté en faveur de la motion du Parti québécois. Or, lorsqu’ils étaient au gouvernement, ils avaient refusé de créer une telle fonction. Ils disaient ne pas vouloir créer une nouvelle structure.

En lieu et place, le gouvernement Couillard a confié au Vérificateur général du Québec le mandat «d’exprimer son opinion sur la plausibilité des hypothèses et des prévisions présentées» par le ministère des Finances. À ce moment-là, il s’agissait surtout d’éviter qu’un nouveau gouvernement, en arrivant au pouvoir, découvre un portrait financier différent de celui annoncé par l’équipe gouvernementale sortante.

Question de fond : un directeur parlementaire du budget et son équipe prendraient-ils aussi sous leur responsabilité cette tâche spécifique confiée au bureau du Vérificateur? Ce serait logique. Lui et son équipe devraient également et nécessairement être capables de dresser un portrait impartial des finances publiques avant le déclenchement des élections, non?

Puisque le gouvernement a maintenant voté en faveur de la création de cette instance, le plus important pour la suite des choses sera d’éviter les dédoublements.