Jean-Marc Salvet
Andrew Scheer
Andrew Scheer

Andrew Scheer: démission forcée et sensée

CHRONIQUE / Peu de conservateurs regretteront Andrew Scheer. Je ne parle pas de la personne qu’il est. M. Scheer est un homme cordial et soucieux de rassembler. Je parle de l’obstacle à l’avancée des conservateurs sur l’échiquier politique canadien qu’il représentait.

Démocratiquement parlant, ce n’est jamais sain qu’un parti représentant l’opposition officielle ne puisse réellement prétendre remplacer une formation au pouvoir.

Pour l’heure, son départ soulagera pendant un certain temps le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Les conservateurs n’auront pas le choix de l’appuyer jusqu’à ce qu’ils aient un nouveau chef, quitte à ce que ce soit par la bande. Ce ne sont pas eux qui feront tomber les libéraux en tout cas.

Mais ces derniers regretteront-ils M. Scheer lorsque son successeur aura été désigné? Possible.

Marcher sur un fil

Le défi du successeur d’Andrew Scheer demeurera immense tant le parti est divisé entre les conservateurs sociaux et moraux — populaires dans l’ouest du Canada — et les autres; ces autres qu’on retrouve particulièrement au Québec, mais aussi en Ontario, notamment.

Parmi les chefs pouvant prétendre au pouvoir, Andrew Scheer s’était classé premier pendant la dernière campagne électorale en ce qui a trait aux gages donnés au Québec et au premier ministre François Legault. Pensons à son projet de déclaration de revenus unique.

Il a toutefois pâti de son projet alambiqué de «corridor énergétique», de son plan vert pâle pour lutter contre les changements climatiques et, surtout, surtout, de sa position personnelle sur l’avortement.

Il avait trébuché sur ce sujet dès le départ, ce qui a jeté un discrédit sur tout le reste. 

Il a bien tenté de rallier les conservateurs sociaux et les autres, car sa nature le porte à cela. Mais c’était mission impossible pour lui et ce le sera tout autant pour son successeur si celui-ci ne parvient pas à changer le parti. Comment marcher longtemps de manière écartelée sur un fil?

Humiliation évitée

Au soir des dernières élections, on ne pouvait voir comment Andrew Scheer pouvait demeurer à la tête de son parti, malgré les gains réalisés au suffrage populaire.

Il a finalement été poussé dehors par la situation politique et par de nombreux conservateurs qui ne croyaient plus en lui. On lui a montré la porte.

En annonçant qu’il passera la main, M. Scheer a dit qu’il voulait consacrer plus de temps à sa famille, ce qui est légitime. Il s’est beaucoup donné ces dernières années. Mais s’il n’avait pas été poussé de son siège et si des perspectives de victoire existaient à l’horizon, il serait demeuré en poste.

En partant, il s’évite un humiliant vote de défiance des militants conservateurs en avril.

Les révélations sur le fait que son parti payait une partie du coût des écoles privées de ses enfants ne l’auraient évidemment pas aidé lors de ce vote. En s’accrochant à son poste, il serait en plus devenu un donneur de leçons dans une maison de verre.

Le Parti conservateur a beau dire qu’une telle aide est conforme à ses politiques, le fait est que peu de personnes étaient dans le secret. La discrétion à cet égard relevait de la cachotterie, comme l’a été le salaire d’appoint de 75 000 $ versé par le Parti libéral du Québec à Jean Charest pendant un certain nombre d’années lorsqu’il était chef de l’opposition et même premier ministre du Québec.